‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 19 sur 267 · Le dimanche après l'Ascension, 9 mai · texte numérisé non relu

Le dimanche après l'Ascension, 9 mai

son sacre, l'ami de Grégoire YII, déjà consumé par la maladie qui devait bientôt l'enlever, retournait à son monastère; mais il fut rappelé presque aussitôt à Rome par la comtesse Malliilde, qui venait y saluer le successeur du grand pape qu'elle avait si noblement défendu. Cette célèbre princesse, fille du marquis Boniface de Toscane, et veuve du duc Godefroy de Lorraine, gouvernait seule, depuis dix: ans, en Toscane, en Lombardie, en Ligurie, dévastes domaines dont sa mère, Béatrice, lui avait laissé, en mourant, l'administration \ Pendant plus d'un

1. Béatrice, fille de Frédéric, duc de la haute Lorraine, et de Mathilde de Souabe, belle-sœur de l'empereur Coiu^ad II, était issue des deux côtés du sang de Cliarlemagne : en 1036, elle épousa, en premières noces, Boniface de Toscane, dont elle eut la Grande Comtesse Mathilde, et qui lui laissa l'usufruit de ses Etats. Elle se remaria en 1055 à Godefroy le Barbu, duc de Lorraine, dont nous avons raconté ailleurs la mort, et qui avait vivement combattu la suprématie impériale tant en Allemagne qu'en Italie, et rendu des services importants aux papes Nicolas II et Alexandre II, quoiqu'on ait pu le soupçonner souvent d'être conduit par des vues d'ambition personnelle étrangères à la noble nature de sa femme et de sa belle-fille. Godefroy avait eu, d'un premier mariage, un fils, Godefroy le Bossu, auquel Béatrice et lui firent épouser, en 1065, Mathilde née en 104G, et devenue, pai' la mort de son frère en bas âge, l'unique héritière du marquis Boniface. Cette double alliance, entre Godefroy le Barbu et Béatrice d'une part, et leurs enfants Godefroy leB )ssuet Matliilde, de l'autre, importait au plus haut point à l'indépendance de l'Église, car elle mettait sous la même main des États éloignés, tels que la Lorraine et la Toscane, dont l'un donnait prise sur l'Allemagne, et l'autre formait un foyer de résistance à la prépotence impériale en Italie. Mais l'union G onjugale de Mathilde et du second Godefroy ne tourna pas bien : ce prince se rapprocha de Henri IV; il mourut assassiné en 107tj. Voy. Dissertât, sur Béatrice et Mathilde dans Muratori, et saint Marc, His- (uire cVltalic, t. IV, p. l'298 à 1315.

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demi -siècle, ces deux illustres femmes mirent au service de l'Église non-seulement leur puissance et leurs soldats, mais encore une énergie toute virile, tempérée par une humilité profonde. Béatrice, qui avait demandé qu'on inscrivît sur sa tombe, avant tous ses litres , celui de pécheresse', était digne d'être la mère de Mathilde dont les actes publics commençaient ainsi : « Moi, Mate thilde, par la grâce de Dieu si je suis quelque « chose, elc.^ » Belle, instruite, savante même, pour son temps, surtout dans les langues % plus pieuse même que les prêtres ou les évêques*, la comtesse commandait le respect et l'admiration de son siècle. Presque tout le nord de l'Italie re-

1. Quamvis peccatrix, sum domna vocata Beatrix. In tumulo missa jaceo quœ comitissa.

On voit encore au Campo Santo de Pise le mausolée qui porte cette épitaphe « encore plus grossière que simple », dit le philosophe gallican Saint-Marc. Hist. d'Italie.

2. Mathildis, Bel gralia id quod sum , ou si quid est, ou fjtiidquid est,

5. Russi, Saxones, Guascones atque Frisones, Arverni, Franci, Lotharingi quoque, Britanni Hanc tantum noscunt, quod ei sua plurima poscunt..,. Omnibus ex istis équités hahet alta Mathildis. Uesponsum cunctis hœc dat sine murmure turbis.... Haec Apices dictât, scit teutonicam bene linguam ; H?ec loquitur quin francigenamque loquelam. .. Libros ex cunctis habet artibus atque figuris....

DoMMzo, 1. II, Prol. et c. 20.

4, Ista sacerdotes de Christi vincit amore....

Nullus ea prœsul studiosior invenietur.... Ibid,

connaissait ses lois^ Son austère justice imposait un frein salutaire aux petits tyrans qui abritaient leurs violences sous le drapeau impérialiste \ Auprès d'elle, comme dans un port tranquille, venaient se réfugier les évêques, les moines, les catholiques de tout rang et de tous pays, exilés ou dépouillés par l'oppression allemande : elle les nourrissait et les habillait souvent de ses propres mains". Elle conduisait elle-même, avec un cou- uéroïsme rage chevaleresque, ses soldats au combat contre fa comtesse les ennemis de 1 hghse*, car elle haïssait ceux-ci de cette haine achevée dont parle le psalmiste^. Seule en Italie, jusqu'au jour où fut conclue l'alliance définitive des Normands avec l'Eglise, elle

1. Ad instar fortissimi principis totam terram illam suo dorainio subjugavit. Chr. Ursperg., ad ann. 11125.

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