‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 197 sur 267 · mai · texte numérisé non relu

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4. Polyrone dépendait de Cluny. Mathilde s'y était rendue en décembre 1115, pour visiter l'abbé Albéric, malade aussi. C'est ce que raconte la princesse elle-même dans son dernier diplôme : Cum ego, Malhildis..... apud S. Benedictum veniremus.... illani sanctam congrcgationem vidimus et super mortificalione corum compatiens, compunctione misericordise, devolione caritatis, ad eorum sustentationem qusedam transferre ex nostra largilate curavimus. Itaque coram illo venerabili collegio super sanctum altare B. Benedicti inveslituram posuimus, condonantes albergariam (jus liospilandi), etc.

5. Te, Bénédicte pater, moriens liœc curât amare, Cœnobiumque tuum ditatur corpore cujus

Cui prece demonstra cœli cognoscere portas.

DONMZO, 1. c.

elle les avait trouvés au premier rang des défenseurs de l'Ey lise, qu'elle avait aimée et servie avec tant de passion. Les dépouilles de l'héroïne y reposèrent pendant cinq cents ans, jusqu'au jour où la reconnaissance d'un pontife fit décider que l'illustre poussière serait enfermé dans le tombeau des papes et des martyrs, à Saint-Pierre de Rome*.

On se rappelle que deux fois Matliilde avait fait don au saint-siége de ses vastes domaines, qui comprenaient presque tout le nord de l'Italie jusqu'au Tibre". C'était une trop riche proie pour que Henri V la laissât échapper sans retour. Il se croyait un droit acquis sur la portion des biens de la comtesse qui relevait de l'empire*, et, de plus,

1. Cette translation cul lieu en 1G35, sous Urbain Vllf, cinq cent dix-sept ans après la mort de la grande comtesse.

2. Elle possédait toute la Toscane, le patrimoine de Saint-Pierre entre Radicoloni et le Tibre, les duchés actuels de Parme, Plaisance, Modène, Mantoue, une grande partie du Piémont et de la Ligmne, et beaucoup de domaines épars dans les villes de Toscane et de Lombardie, ce qui lui assurait dans les affaires de ces pays une inllucnce souveraine.

5. Voici les propres termes employés par Mathilde : Omnia bona mea jure proprietario tam quse nunc habueram quam ea quse in antea acquisilura eram sive jure successionis, sive alio quocumque jure ad me perlineant. Acte du 17 juillet 1102, ap. LEiBNrrz, Script, lirumw., et Mun., V. — Il est probable qu'elle n'appliquait pas les termes « jure proprietario et perlineant » aux fiefs impériaux, mais il est impossible de distinguer, parmi ces vastes territoires, ceux qui avaient celte qualité. Le terme de « propres » est encore employé vaec soin parDonnizo :

Propria clavigero sua subdidit omnia Petro.

Ailleurs :

Cui proprie telluris sortem subdidit omnein-.

Henri V met la main

sur les domaines

et

les forteresses

de

la comtesse

Mathilde.

MO LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE IL il revendiquait les alleux et les biens propres de la princesse, en vertu de sa parenté, qui cependant était fort éloignée et ne pouvait, en aucune façon, prévaloir contre la volonlé de la testatrice ^ Henri se rendit donc en Italie, au commencement de 1116. Il disposait de forces peu considérables, mais il sut s'attirer beaucoup partisans par le contraste de sa modération actuelle avec les violences d'une première expédition ".

Pour mieux s'assurer l'héritage qu'il convoitait, le prince resla quelque temps immobile dans le nord de l'Italie; mais, un peu plus tard, il mit la main sur Ganosse et sur les forteresses de l'Apennin, où Mathilde avait si longtemps bravé la puissance impériale.

Le pape, à cette époque, avait reconquis une partie de son ascendant en Italie; de leur côté, les Normands, dont le jeune duc Guillaume, petit-fils de Robert Guiscard, avait reçu de Pascal l'investiture de l'Apulie, de la Calabre et de la Sicile % les

1. V. Table généalogique, ap. Gervais, J, 160, ex Blnam, Ilist. de Frédéric Barbcrousse, p. 582. — Raumer déclare que cette prétention de Tempereur aux alleux et aux biens propres de Mathilde est absurde et inique. Hist. du Ilohenst., 1. ii, c. 3.

2. II fut surtout bien reçu à Venise. Chron. DandoL, ap. MunATon., XII, 27)0-266. Gervais, L c.

3. Octobre 1114. II y réyle, en outre, diverses contestations ontre les Normands et les Bénéventins, et, au concile de Troja (août 11 15), il fait reconnaître aux princes normands la trêve de Dieu pour trois ans. L'investiture de la Sicile, donnée à Guillaume, n'impliquait que la suzeraineté sur celte île qui était tenue en arrière-fief de l'Église

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 511 Normands s'étaient relevés. Dociles aux exhortalions du pape, les Pisans avaient dirigé une expédition sur les îles Baléares, pour y anéantir la piraterie sarrasine, et ils s'étaient glorieusement emparés d'Iviça et de Majorque \ Toutefois, l'appui de ces étrangers et des naissantes républiques municipales ne suffisait pas pour que le saint-siége osât disputer à l'empereur la succession formellement léguée par Matliiide à Saint -Pierre. Aussi, dans les écrivains du temps, n'est-il fait mention d'aucune tentative à ce sujet, de la part de l'Eglise. En ce moment, du reste, Henri manifestait les intentions les plus conciliantes envers le souverain pontife, à qui il envoyait, comme ambassadeur, Pons, abbé de Cluny ^, pour plaider la cause de l'empire dans le concile général assemblé au Latran, en mars 1116.

Le légat Conon, revenu de France, y assistait aussi avec une foule d'évêques, d'abbés, de ducs, de comtes, d'envoyés, venus de tous les pays catholiques". Les premiers jours furent consacrés à

par Roger II, fils de Roger, dit le Grand, comte de Sicile et frère de Robert Guiscard. Roger II réunit plus tard toutes les conquêtes de la maison et fut le premier roi des Deux-Siciles.

1. Pandulp. Pisax., vu. Pasc. II; Laur. Veron., Poem. de bello Baîearico, ap. Ughelli, Ital. sacr., t. III ; Pagi, Crit., in ann. 1114 et 1115. — Y. Lettre de Henri à Pascal.

2. Cod. Udalr. n* 273. Qui et inter utramque partem pro componendis pacifiée rébus fidelis et impiger apocrisiarius ii).... studuit. Ann. Sax., 1. c,

3. Synodus universalis concilii congregatis ibidem ex diversis regnis

ou le pape Pasca

raconte

?es douleurs

et celles

(le 1 K;; lise.

l'examen de diverses affaires locales. Dès l'une des premières séances, un évêque se leva et dit au pape qu'après avoir affronté, par terre et par mer, toutes sortes de dangers, les Pères de la nombreuse assemblée priaient le souverain pontife de leur faire connaître son opinion personnelle et la doctrine qu'ils devraient enseigner dans les églises, à leur retour \ ,. , Pascal leur raconta d'abord les scènes douloureu-

f\e Lairan, ^^^ j^j^j. jj j^^^jj. ^^^ j^ témoiu ct Ics maux infligés

à l'Église et au peuple de Dieu pendant sa captivité; puis il s'exprima de la sorte : « Lorsque le Sei- « gneur m'eut abandonné, moi son serviteur, avec « le peuple de Rome, entre les mains du roi Henri, « je vis tous les jours commettre des pillages, des « incendies, des meurtres, des adultères, et je « cherchai tous les moyens de détourner de l'E- « glisc et du peuple de Dieu ces calamités effroya- « blés. Ce que j'ai fait, je l'ai fait dans l'espoir

et provinciis episcopis et abbatibus, catholicis ducibus et comitibus, Icgatis universarum provinciarum quam plurimis. Chron. Vrsperg.^ ami. IIIG. On ne saurait dire si c'est à ce concile ou à celui de 1112 qu'assista Suger, et auquel s'applique le passage de la Vie de Louis le Gros ainsi conçu : Quod (privilegium) idem dominus papa in magno concilio trecentorum et eo amplius episcoporum judicio Ecclesiœ nob'S audientibus conquassavit, p. '290. h'Hist. l'Ut. (XII, 504) dit qu'il assista à ce concile de 1112 ; mais ce chiffre de 500 évoques ne s'accorde pas avec celui de 126, qu'on lit dans les actes de ce concile. y. plus haut.

1. Quidam episcoporum de medio surgens..., eipedicndum prius proptcr quod principaliter convenerant ut evidenlius pcrnoscatur quid dominus Apostolicus sentiat.... IbliL

« de délivrer le peuple de Dieu. Je Vin f;iiL comme « homme, car je ne suis rpie cendre et poussière. « Je reconnais avoir mal agi, et je vous supplie, « à cette heure, de demander à Dieu qu'il veuille « l)ien me le pardonner. Quant à ce fatal écrit, « dicté dans un cachot, je le frappe d'un ana- « thème perpétuel, afin que la mémoire en soit à « jamais odieuse, et je vous prie tous de l'oublier

« aussi ^ »

A ces mots, toute l'assemblée répondit : « Ainsi « soit-il ! Ainsi soit-il ! »

Bruno de Segni, toujours au premier rang des zélés, dit alors à haute voix " :

« Nous devons bénir Dieu d'avoir entendu le « pape Pascal condamner de sa propre bouche « un prétendu privilège dans lequel se cachait, « avec l'hérésie, une grande scélératesse \ »

Ces paroles excitèrent une sorte de scandale : « Si « ce privilège contenait une hérésie, dit l'un des as- « sistants, celui qui l'a rédigé a donc été hérétique*?»

1. Feci autem ut homo quia pulvis suin et cinis. Fatcor me maie egisse, sed rogo vos omnes.... istud autem malum scriptum quod in tcntoriis factum est, etc. — Le pape ajoute ici, en quelques mots qui se retrouvent dans la plupart des décrets et récits sur celte matière et qui sont intraduisibles : Quod pro praviiate sua pravilegium dicitur. Ailleurs on lit ; Non privilcgium, sed pravilegium.

2. Allius exorsus est. Ibid. Il lut couronné en 1185, par le pape Lucius III.

5. Quod pravitalem et hccresim continebat. Ihid. 4. AdlicTc quiJam cavillatore subjunxit : Si.... qui illud fecit liccreticus fuil.

UOIXES P'OCC. VII. 35

Mais le cardinal Jean de Gaclc' s'empressa de

Pascal s'indisne répondre à Bruno : « Eh quoi! c'est en plein con-

prono''nce, « cile et dcvant des évêques que tu oses appeler le

a son^s.jet, ^^ ^^^^^ hérétique ! Ccrtcs, l'écrit qu'il a signé était

mot diKr.-.=io. ^^ j^^j^^^^ais ; mais ce -n'était nullement une héré-

(( sic'. — Non-seulement, reprit un autre Père,

« il n'y a pas eu d'hérésie, mais il faut même re-

« connaître que chercher à délivrer le peuple a

(( été un acte louahle. »

Or, en entendant prononcer ce mot horrihle d'hérésie, Pascal perdit patience. Imposant silence de la main, il s'écria : « Mes frères et mes sei- « gneurs, cette Église n'a jamais connu l'hérésie ; « c'est elle, au contraire, qui a comhattu, renversé « toutes les hérésies. N'est-ce pas pour elle que le (( Fils de Dieu a prié dans sa Passion, en demnri- « dant (jue la foi de Pierre ne dé faillit jamais'' ? »

Le surlendemain, s'ouvrit une nouvelle et non moins vive discussion entre le cardinal Conon, de Palestrine, qui voulait promulguer encore vme fois

1. C'est par erreur que le cardinal Jean be trouve qualifié dcvêque de Gaëte dans la plupart des réimpressions de la Chronique (VAiiersperg. Baron., Mansi, Coletti, etc. — Ce titre ne lui est pas donné dans l'édition primitive de 1009. Le cardinal Jean n'était qu'abbé et cardinal-diacre, comme le prouve sa signature au concile de Latran, en 1112. C'est lui qui fut pape depuis sous le nom de Gélase II.

2. Tu ne bic, et in concilie, nobis prœsentibus, Romanum pontificein appellas liœreticum?... Malum quidem fuit, sed biLU'esis non luit.

5. Ad liœc patientia papaî borrendo bœresis nomine puïsata.... manu silentium indicens....

LES PllÉDÉCESSEURS DE C.VLlXïE II. al.') i'excommuuicalion contre l'empereur \ et Tabbc de Clunv, avec le cardinal Jean de (laëte et Pierre de Léon, le négociateur de Sutri, qui de leur côté s'y opposaient de toutes leurs forces ^

Le pape intervint de nouveau et dit : « L'Eglise (( primitive, du temps des martyrs, a été florissante (( devant Dieu sinon devant les hommes. Plus tard « les empereurs et les rois se sont convertis et ont (( honoré, en fils dévoués de l'Eglise, leur mère à « laquelle ils ont donné des terres, des alleux, des (( dignités séculières, les droits et les ornements « royaux, comme l'ont fait Constantin et autres. « Alors l'Eglise a été florissante devant les hom- « mes comme devant Dieu. Que cette sainte mère « conserve donc ce qu'elle tient des rois et des « princes, et qu'elle le dispense à ses fils comme « elle l'entend \ »

Après cela, Pascal renouvela la prohibition établie par Grégoire Vil, sous peine d'anathème, contre ceux qui donneraient ou recevraient l'investiture. Puis le cardinal Conon présenta la requête suivante : « Très-saint Père, dit-il, si je me suis « montré véritablement votre légat, et s'il vous « plaît de ratifier ce que j'ai fait, veuillez le dé- « clarer, de votre propre bouche, en présence de

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