‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 224 sur 267 · M.\Trn.,xiv · texte numérisé non relu

M.\Trn.,xiv

5. Il leur appliqua ce qui est dit dans la Genèse (xxxi, 58) du soin que Jacob prenait des troupeaux de Laban. Des quatre historiens protestants que nous avons sous les yeux, Raumer, Stentzel, Luden et Gervais, pas un ne cite cet appel du pape et du premier des cardinaux à l'autorité de l'Écriture sainte, dans cette occasion solennelle.

L'érudition philosophique prétend que la Bible n'a été respectée et connue que depuis la Réi'orme 1

4. Domini patres et fratres, causa pro qua vos de terra longinqua etremolis regionibus ad concilium vocavinius.... IIksso Scholast., in Cod. Udalr., p. 503.

LES PRÉDÉCESSEURS DE C.VLIXTE II. hll

et à l'évèque de Chàlons de ré[)éter ce récit vu français, pour rinstruction des clercs et des laïques'.

Le roi de France, la comtesse de Poitiers et diverses autres parties plaignantes exposèrent, à leur lour, les divers griefs dont ils demandaieut justice au concile; mais le pape en renvoya la décision, et aussi celle de toutes les autres affaires, à la fin du concile \

Après avoir pris le conseil des évéques sur la question de savoir s'il convenait qu'il se rendît à l'entrevue stipulée avec l'empereur, et s'il pouvait se fier à la bonne foi d'un tel homme % Calixte 11 annonça sa résolution départir pour Mouzon. Il lit défense à tous les prélats de s'éloigner pendant son absence*, désirant les retrouver tous, afin de confirmer la paix, si Dieu permettait qu'elle fût accordée, d'annoncer tout de suite la nouvelle au monde entier, ou bien, si Henri agissait en ennemi

1. Ex prpcceplo domini papse hoc idem clericis et laicis materna lingua exposuit. Ihid.

2. Cum autem reversus fuero, clamorcs vestros et ratiocinationcs, ut reclius potuero, dilig'cnter discutiam, opitulante Domino. Okdeh.

3. Cum in hoc consilium episcoporum sedisset, ut dominus papa ad diem coUoquii, pro componenda pace acccderet, et ulrum in verilate homo ille ageret, pcr seuîclipsum tcntaret. IIesso. Scnot,.

4. Il déclara qu'il n'exceptait pas môme l'abbé de Saint-Thierry, dont l'abbaye était à la porte de Reims. Okdep.. Vital.

Cet auteur îijoute que les prélats souffraient avec la plus grande impatience un retard qui prolongeait leur absence et augmentait leurs (lépensjs : Ibi nihil ar/culei^, infructuose sua dislra/teOaiit, siianim" quecuram dumoimn cum tnœrore intcrm'Utcbaiil.

MOiXES l'occ. vh. r»7

et avec sa ruse ordinaire, d'en appeler au jugcmenl du Saint-Esprit et à celui des évoques, avant de brandir le glaive de saint Pierre contre le coupable \ Le pape enjoignit en outre aux Pères de consacrer tout le temps de son absence, et surtout le jour de la conférence, à offrir à Dieu des oraisons et des sacrifices, et à se rendre, pieds nus, en procession, de la métropole à Saint-Piemy. Ces recommandations faites, Calixte partit, le 23 octobre, pour Moiizon ^ où il arrivalejeudi 24, extrêmement fatigué. Là, il appela dans sa cbambre les évêques, les abbés et les docteurs qui l'avaient suivi en assez grand nombre % et leur fit lire les deux écrits rédigés au nom de l'empereur et au sien. Ces pièces furent examinées en détail, et les évêques dirent qu'il importait d'abord de bien déterminer la clause où Henri déclarait renoncera toutes les investitures^ afin qu'il ne

1. Si Deus iiobis pacem dederit, commune gaudium univcrso mundo annuncietiii ... Si autem, quod Deus avertat, adversariiis nobiscum in doloagere temptaverit.... in commentorem fraudis.... judicio Spiiilns sancti et vestro gladium B. Pclri vibrarc tentaljimus. Ihid.

2. Mouzon, abbaye et château sur la Jleuse, entre Sedan et Stenay, était une seigneurie de rarclievêché de Reims, et passait pour avoir été donne à ce siège par Clovis. Dr. iv Haut, Annales cl'Yvois cl de Mouzon, p. 245, Paris. 1822.

5. C'étaient, entre autres, le cardinal Jean de Crrma, les archevêques de Reims et de Rouen, les évêques de Châlons et de Viviers, l'abbé de Cluny, Ilesso et Ordéric.

4. Maxime illud capituhmi, ubi dicebatur : dimilte omnem investi liiram omnium ecclesiarum, diccntes : si quidem rex simpliciter agit, verba ista suiliciunt : si autem.... aliquid cavillare conatur, determinationo nobis videntur indigcre. IIesso.

À Mou/.on.

Li:S [MIÉDECESSEURS DE CALIXTE II. 57'J vînl pas revendiquer les anciennes possessions de rÉi^lise, e( en investir encore des éveques. En second lieu, les prélats crurent indispensable d'examiner sérieusement dans le traité, la clause où le pape promettait une vraie paix à tous ceux qui avaient pris part à la guerre, de peur qu'on en inférât qu'il reconnaissait les éveques intrus ou canoniquement déposés ^

Cependant, les compagnons de voyagedu chef de i/empereui' rÉglise avaient appris, non sans frayeur, que l'empereur étaitvenuau lieu indiqué pour la conférence, entre Mouzon el Yvoy", à la tète d'une armée de trente mille hommes. Craignant de voir se renouveler l'attentat commis contre Pascal II, ils arrêtèrent que le pape ne sortirait point du château de Mouzon \

Au lieu de Calixte, ce furent les anciens plénipotentiaires, Guillaume de Champeaux, Pons de Cluny, et, avec eux, le cardinal Jean de Créma, qui allèrent trouver l'empereur dans son camp. Ils lui montrèrent les décrets, et en déterminèrent les

1. Ne forte in dantla pace plus intelligerent quam reddendani coiiimunionem Ecclesise. Ih/'d.

2. Brévilly-Sur-le-Chières, à une lieue et demie d'Yvoy. Cette dernière ville s'appelle aujourd'imi Carignan. De la Haut, Ann. d'Yvo/s et (II- Mouzon, 1. c.

3. Iloc ut animadvcrtimus.... papam in prœfato caslro.... inclusiiiiiis, et.... exire oinniuo proliibuimus.... Meinores (juain IVaudulenter idem ipse llomam intravcrit, et ante arain in basilica S. l'elri aposloli l'asclialeni papani cepcrit. Discours du cardinal Jca)i, ap.

0l.I)EltIC.

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clauses comme on était convenue L'empereur commença par nier qu'il eût rien promis de tout cela ^ Mais l'évêque de Ghalons, enflammé d'un zèle^ admirable, ceignit le glaive de la parole divine et répondit : « Seigneur roi, si vous contestez l'écrit « que nous avons en main, et l'explication que (( vous venez d'entendre, je suis prêt à jurer, sur « les saintes reliques et sur l'Evangile, que vous a avez garanti toutes ces conditions devant moi, (( et que je les ai acceptées dans ce sens *. » Henri, vaincu par ce témoignage et par celui de tous ceux qui se trouvaient là, ne put plus nier ^; mais il leur reprocha amèrement de lui avoir fait promettre ce qu'il ne pouvait tenir sans porter atteinte à son autorité royale. Guillaume répéta les explications qu'il avait déjà données à Strasbourg; il déclara que le pape ne voulait en rien diminuer la puissance de l'empire ou Téclat de la couronne, qu'il prescrivait, au contraire, à tous, de servir fidèlement le souverain, à la guerre comme en temps de paix% et qu'au surplus, la puissance impériale

1. Ostendcrunt scripta, detcrininaverunt capitula prout omiiiuin consilio definilum erat. IIesso. Fleury, 1. 67, n. 6.

2. Prima fronte se iiiliil proniissum horum omnino abnegabat. Ibid.

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