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(514 LES rRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II.
cclalant avertissement de la justice divine. «Votre Guillaume, écrivait un moine, rêvait la grandeur de son futur royaume ; mais Dieu lui a repondu : Non, impie, non, tu ne régneras pas ; et, en effet, au lieu d'être ceinte d'une couronne d'or, sa tôle a été broyée contre les rochers de la mer\ »
Pendant ce temps, dans toutes les églises d'Allemagne, on jeûnait, on priait avec ferveur, en faisant des processions solennelles pour le salut de Mayence et pour le rétablissement de la paix. Des envoyés du pape parurent, sur ces entrefaites : Galixte, loin d'être enivré et d'abuser de son triomphe à Rome, se montrait, comme avant l'excommunication de Reims, toujours prêt à traiter; il manifestait les dispositions les plus conciliantes, le plus ardent désir de donner, sous son pontificat, la paix à l'univers chrétien ". Deux de ses cardinaux, Lambert d'Ostie et Grégoire, qui tous deux devaient monter, après lui, sur le trône pon-
1. QuîB res multorum menles exterruit atque turbavit et de occultis justi Dei judiciis in adiriirationem concussit. Eadm., Hist. nov., 1. 5. ad fin.
2. nie de regno future cogilabat, Deus autem dicebat : Non sic, impie, non sic : contigit autem ei quod pro corona auri, rupibus marinis capite scinderctur. Iîenric. Hdntingdon., Epist. de contcntpt. viundi in Anglia sacra, II, 09G, cité dans Thierry, Conquclc de V Angleterre.
3. Per litteras et nuntios vcstros cognovimus circa lia?c maxime scmper versari vestrœ pietatis desideria, ut Apostolica dispensatione vestris potissimum dicbus pax et concordia descendcrent in univervcrsum mundum. EpiU. Adalb. ad CaJixt. Ampl. Collect., t. I", p. 071.
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 015 tificaP, Cl qui déjà s'étaient abouchés avec Henri Y, avaient été chargés, aussitôt après la prise de Burdin, de retourner en Allemagne ^ et de ne rien négliger pour arriver au résultat que poursuivait la noble ambition du pape. Leur influence contribua certainement - à faire prévaloir les dispositions pacifiques qu'on vit se manifester parmi les plus grands seigneurs des deux armées et qui les portèrent, au lieu d'en venir aux mains, à se rapprocher et à chercher les conditions d'un accommodement ^.
L'empereur dut céder cet irrésistablc mouvement des esprits et consentir à ce que la solution des graves questions en litige entre l'Eglise et Tempire fût confiée à vingt-quatre princes choisis parmi les plus pieux : douze dans son parti, et douze dans .«st convoquée celui de l'Eglise *. Une diète générale fut convoquée wmtzhourg.
1. Ils eurent pour collègue Saxo, card. prêtre de Saint-Etienne.
2. Ils retournèrent à Rome à la fin d'août 1121. Cf. PA\n. Pisan. et Falco Bekev. ap. Pagi, Oit, ann, 1 121, c. 6 et 9, d'où il est naturel de conclure qu'ils prirent part aux négociations des mois de juin et juillet en Allemagne. Gervais qui, volontairement, représente sous un faux jour la position de l'Eglise à la fin de la lutte, ne fait aucune mention de cette première mission des trois légats.
5. Missis utrimque quibusdam sapicntissimis atque religiosis proceribus, de concordia sua scilicet fraterna lionorabiliter tractare cœperunt. CJiron. Irspcrg., ann. 1121.
4. Mentibus universorum tam in uno divinrc voluntatis assensu connexis....ut ipse prœsens negocium non suo, scd optimatumutriusque partis arbitrio terminandum decrcverit.... ex utraquc parte XII primates, quorum corda limor Dei possidens inveteratam discordiam inter regnum et sacerdotium scdare.... résistons sufficerct. Ibid.
à Wurlzbourg, pour la Saint-Michel (1121), afin d'y conclure cette paix tant désirée.
Quand les deux armée^ se retrouvèrent en présence, sur les bords de la Wernitz, campées à un jour de marche l'une de l'autre, il y eut bien quelques velléités de renouveler les hostilités ^ ; mais l'empereur resta, cette fois, fidèle à son serment, et consentit à ce que toutes les questions fussent vidées d'après la décision des princes ^ Ceux-ci, tant laïques qu'ecclésiastiques, mais parmi lesquels les évêques occupaient la première place % se montrèrent dignes de leur haute mission : ils manifestèrent un esprit de justice, de modération et de générosité, qui témoigne de la grandeur de leur àme, de la hauteur de leur intelligence et prouve combien ils étaient dignes de fixer les destinées de leur patrie, et d'intervenir, en guise de médiateurs, entre l'Eglise et la royauté^ qu'ils avaient
i. Licet nonnulli pacera odientes scandala nova veteribus superseminare tentaverunt. Chron. Ursp., ann. 1121.
2. Imperator sponsionis suœ non immemor.... quantum.. . non sui arbitrio.... scd juxta senalusconsultum concludi pcr omnia in omnibus concessit. Ibid.
3. Nous ne trouvons nulle part l'énumération de ces seigneurs ; admettre avec Gervais (t. I", p. 524, note 5) que les princes dont la décision fut reconnue souveraine étaient tous, ou en très-g-rande majorité, laïques, ce serait contredire toutes les données de l'histoire et tous les usages de l'époque, surtout en Allemagne. D'ailleurs, nous voyons par Charton, 1. 1", p. C71, et Chron. Ursp., p. 11'21, qu'Adalbert et Ollin de Bamberg y eurent un rôle important.
4. Stentzel (I, 701) et Gehvais (I, 550), ont fort bien exposé l'importance et le mérite de l'intervention des princes dans cette occa-
Tune et l'autre si vaillamment servies. Fidèles à l'esprit des conventions arrêtées entre l'empereur et les plénipotentiaires du pape à Strasbourg, ils commencèrent par décréter, sous peine de la vie, l'établissement d'une paix générale, complète, la restitution réciproque de tous les domaines et liérilages enlevés au lise royal, à l'Eglise ou aux liéritiers légitimes; le rétablissement des justices et des privilèges de chaque ordre'; la poursuite rigoureuse des pillards. C'était pourvoir, avec sagesse et équité, aux intérêts temporels de l'empire; mais il restait à résoudre la question spirituelle, la principale cause de la lutte. La pratique des investitures, pour la majorité des seigneurs laïques, était un apanage héréditaire de la dignité impériale, et quand l'archevêque Adalbert avait exposé le droit de l'Eglise, il s'était entendu qualifier par plusieurs de destructeur de l'empire-. Ces princes, auxquels
sion ; mais ils nous semblent avoir trop insisté sur la nouveauté d'une pareille intervention, dont l'histoire antérieure d'Allemagne et de tous les Etats de l'Europe fournissent des preuves nombreuses.
1. Omnique personaî val conditioni propriam adjudicatam est justitiam. Chron. Ursp.
2. Tarn impeiium quam imperator tanquam Iicrcditario quodam jure baculumet annulum possidere volcbanl, pro quibus universa laicarum multitudo imperii nos destructores inclamabat. Epist. Adalb. ad Pap. ap. Martex., 1. c. Il est évident que cette unanimité ne pouvait pas s'entendre à la lettre, ni s'appliquer à tous les seigneurs, puisque la moitié au moins d'entre eux se battait depuis cinquante ans contre le droit d'investiture impériale. Si elle eût existé, le droit précité n'aurait pas été, à coup sûr, abandonné du consentement de tous par le concordat qui fut le résultat de ces négociations.
Tempereur abandonnaitsa prérogative, ces hommes de guerre tout-puissants, devenus les arbitres de l'avenir spirituel et temporel de l'empire, donnèrent alors les preuves les plus admirables de leur modération et de leur véritable sagesse, en s'abstenant de juger par eux-mêmes ce côté delà cause, et en renvoyant au pape, en concile général, la décision de tout ce qui touchait aux investitures et à Admirable Tcxcommunication impériale. Dominés par la derpdnces craiutc dc Dicu, ils voulurent remettre au jugement de l'Esprit-Saint une question qu'ils trouvaient insoluble à l'aide de lumières purement humaines ^ Ils se bornèrent donc, en ce qui dépendait d'eux, à recommander à l'empereur de ne jamais perdre de vue l'obéissance due au saint-siége % et à lui promettre solennellement que tous feraient les efforts les plus sincères pour le réconcilier avec l'Église, et pour que la solution de la querelle des investitures fût compatible avec l'honneur de la couronne impériale''.
1. De verbo autemexcommunicationis.... niliil est definitum, tamen ad Apostolicam audientiam concorditer in divine timoré dilatum.... quatenus indicto per auctoritatem Apostolicam generali concilie quœcumque, liumano non possent Spiritus Dei judicio terminarentur. Chron. Ursp., 1. c. Judicio et consilio domini Apostolici, causam imperatoris determinandam reservantes. C/iron. Hildcsheim. ami. 1121
2. Cette formula pacis renferme les bases de raccommodement, telles qu'elles furent sans doute soumises au pape et communiquées aux princes absents. Cf. Geuvais, I, 529; Sentzel, I, 700.
5. Principes sine dolo et sine dissimulationc clal)orare intendunt, ut in hoc regnum lionoreui suum retineat. Formula pacis, 1. c.
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. GlU Ce n'est pas tout : ils ordonnèrent que les évéqiies légilimement élus et consacrés par Adalbert seraient maintenus ou rétablis dans leur diocèse. Les catholiques étaient autorisés à communiquer provisoirement avec l'empereur, jusqu'à ce qu'une réponse fût arrivée de Rome^; mais, préalablement, les princes s'engagèrent à interposer leur autorité, dans le cas où l'empereur entreprendrait de venger, sur qui que ce fut, les injures reçues pendant la guerre; et ils ne se séparèrent qu'après avoir fait serment de maintenir les bases d'accommodement arrêtées entre eux, quand même l'empereur les violerait^ L'évéque de Spire et l'abbé de Fulda furent chargés de porter à Rome le résultat de la conférence; ils revinrent au commencement de H 22, avec les trojs cardinaux Lambert, Grégoire et Saxo, qui avaient déjà, l'année précédente, rendu témoignage des dispositions pacifiques de Calixte^ Ils arrivèrent à temps pour empêcher la paix d'être de nouveau troublée au sujet d'une élection contestée au siège de Wurtzbourg, où l'empereur s'était em-
1. Donec id fiât, episcopi et omnes catliolici, sine ulla injuria et periculo communionem suam custodiant.
2. Si autem impcrator hoc consilium prœtcrierit, principes sicut adinvicem fidem dederunt, ita eam observent. On ne sait sur quoi Gervais (I, 331) se fonde pour prétendre qu'ils prirent un engagement semblable, à rencontre du pape : c'est une affirmation certainement gratuite et en outre absurde, puisqu'ils s'en remcllaicnt précisément à la décision même du pape.
5. Voir, sur le double voyage de ces trois légats, Pagi, Cril. anii. 1122, c. 9.
Honri V.
pressé d'user encore une fois de son droit d'investiture en faveur d'un candidat de sa façon, le comte Gebhard de Neisseberg. L'archevêque Adalbert, d'accord avec la plupart des princes, et même avec les deux neveux de Henri', opposa à son protégé un sujet plus digne en la personne du diacre Rudiger^, qui fut sacré dans l'abbaye de Schwarlzach. Les légats reconnurent le nouvel élu, malgré l'em- Letdes pereur^ qui dut subir cet échec, tempéré, du
tle Calixte II , . vi i •
à reste, par les lettres afIecLueuses qu ils lui appor-
taient de la part du pape Galixte, et dans lesquelles il était dit qu'ils devaient traiter ensemble, nonseulement de pontife à monarque, mais comme des parents ' plus rapprochés par les liens du sang qu'aucun de leurs prédécesseurs. « L'Eglise, « ajoutait le pape, ne veut rien s'arroger de les « droits, elle qui, comme une mère, fait don à « chacun de tout ce qui lui appartient. Elle ne préce tend rien enlever à la gloire de l'empire. Nous ne
1. Indignatus ab imperatore siio avunculo suo discedere. Chron. Urs])., 1. c. C'étaient Frédéric, duc de Souabe, et Conrad, duc de Franconie, celui-ci spécialement intéressé à la question, puisque son duché lui avait été donné aux dépens de l'évêché de Wiirlzbouig.
2. Gerviiis (I, 538) reconnaît; que Rudiger était un sujet plus digne que Gebhard, et que les détails d:3 cette contestation sont assez obfcurs, ce «lui ne l'empêche pas de suivre aveuglément la version intéressée du candidat impérialiste (m Cod. Epist. Udalr., n» 555) et d'en profiter pour accuser de nouveau l'archevêque Adalbert.
5. Contra voluntatem imperatoris per auctoritatem archicpiscopi Adalberti cetorumque legatorum papic. Chron. Ursp., 1. c.
4. L'impératrice Agnès, grand'mère de Henri Y, était nièce du comte Raynaud I", grand-père de Calixte 11.
LES l'IlÉDÉCESSEUUS DE CALIXTE II. 021
« voulons, en offel, que servir Dieu dans sa juslice, « Rentre donc en toi-même, et réfléchis à ce que tu es « devenu. M'accorde pas confiance à la superbe des « méchants, car Dieu résiste aux superbes. Tu as « des soldats pour le défendre; mais TÉglise, elle, « a pour défenseur le Roi des rois, qui Ta rachetée « de son sang; elle a, de plus, les saints apôtres « Pierre et Paul, qui sont ses seigneurs et ses pa- « trons. Abandonne donc ce qui n'est pas de ton « office, afin de mieux le remplir. Que l'Eglise « obtienne ce qui est au Christ, et que César garde « ce qui est à lui 1 — Que chacun se coniente de sa « part, et que ceux qui doivent rendre justice à « tous n'aillent pas empiéter l'un sur l'autre par « esprit d'usurpation. Si tu consens, de l'avis des « hommes les plus sages et les plus religieux, à « nous écouter et à nous obéir, tu procureras une « joie à Dieu et au monde, et tu joindras l'éternelle « gloire à ta couronne impériale. Tu nous enchaî- « neras, nous et toute l'Eglise, par les liens d'un « tel amour, que tu paraîtras à tous comme un « vrai roi et un véritable empereur. Mais si tu préce fères les conseils des fous et des flatteurs, qui « veulent te dominer, si tu refuses à Dieu et à l'E- « glise l'honneur qui leur est du, nous pourvoirons « à l'Église de Dieu par le ministère d'hommes « sages et religieux, mais à ton détriment, car les « choses ne peuvent rester ce qu'elles sont^ »
1. Mliil, llenrice, de tuo jure vindicai'c silii qurcrct Ecclesia, quœ
Les légals apostoliques, après s'être concertés avec Adalbert à Mayence, et secondes par son zèle sincère pour la paix^, parvinrent à calmer l'irritation produite de part et d'autre par l'affaire de Wurtzbourg% et convoquèrent, pour la fête de la Nativité de Notre-Dame, une assemblée générale, où avaient été conviés l'empereur, les prélats, les moines, les clercs instruits d'Allemagne et même de France % par des lettres qui respiraient le désir le plus sincère de la concorde et de la
sicut mater sua omnibus gratuite administrât. Nec regninec imperii gloriam affectamus, sed soli Deo in Ecclesise suce justitia deservire optamus. Redi ergo ad te ipsum, redi.... liabes milites adjutores tuos: habet Ecclesia Regem regum.... obtineat Ecclesia quod Christi est, habeat imperator quod suum est.... sit pars utraque contenta suooflicio, nec sibi ad invicem ambitione aliqua sua usurpent, qui debent omnibus justitiam observare.... IIos et tolani Ecclesiam ita tibi nexibus dilectionis divincies.... quod si stultorum et imperare tibi volentium adulationibus.... adliœseris.... Ecclesiœ Dei curabimus provideri, quoniam sic esse diutius non valemus. Lettre du 19 février 1 122 Neugart, Cod. DipL, II, 841.
1. Stentzel, plus juste ici que Gervais, reconnaît qu'Adalbert fut le médiateur de cette paix tant désirée. T. P% p. 710, not. 57.
2. Cl. Epist. Adalh. ad Calixt., ap. Mart., 1. c. Benignus et aniator Jésus per industriam servorum suorum..,. legatorum qui tune Moguntiœ morabant, immo per habitantem in eis Spiritum suum, spiritum principum paci contrarium auferre caritatemque in eorum cordibus diffundere cœpit. Chron. Vrsp., 1. c.
5. Omnibus Galliarum archiepiscopis, abbatibus, monachis, clericis prœcipue in sacris Scripturis eruditis, et omnibus principibus. Cod. Udalr., n. 551. On ne voit pas qu'aucun prince ou prélat français ait répondu à cette invitation, et il nous paraît probable que le mot Galliarum provient de l'erreur d'un copiste qui aura complété ici l'initiale G, placée pour Germaniœ. De telles erreurs ne sont pas rares dans les manuscrits.
et
traité (î(> Woniis.
LES PRÉDÉCESSEURS DE GALIXTE II. 6*25 [)aix^ Cette assemblée se tint à Worms; et, pcn- AsseMi.i.o dant que les légats, l'empereur et les princes délibéraient dans la ville, la foule nombreuse qui formait leur cortège campait sur les bords du Rhin. La délibération dura plus d'une semaine, au milieu d'une anxiété générale\ Mais, enfin Celui qui tient dans ses mains le cœur des rois, fléchit, au delà de toute espérance, l'orgueil de l'empereur, et le courba sous le joug de Tobéissance apostolique^. Henri V renonça au fameux droit d'investiture, que ses prédécesseurs avaient si longtemps exercé et qu'il s'était tant de fois promis de n'abandonner qu'avec la vie*. Le 23 septembre 1122, le traité célèbre, connu dans l'histoire sous le nom de Concordat de Worms, fut conclu par l'échange des deux engagements solennels rendus au nom du pape et de l'empereur, au nom de la sainte et indivisible Trinité. Voici l'engagement signé par l'empereur : « Moi, Henri, c( par la grâce de Dieu empereur auguste des Ro- « mains, pour l'amour de Dieu, de la sainte Eglise