‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 38 sur 267 · T. MICHA COLLEGE · texte numérisé non relu

T. MICHA COLLEGE

staufen à la couronne impériale, devait se confondre, en quelque sorte, avec la lutte permanente entre l'Empereur et l'Eglise. Pour tenir tête à Frédéric et aux évoques intrus qui l'appuyaient \ les catholiques élurent duc Berlhold de Zâliringen, frère du légat Gcbhard, de Constance, et gendre du roi orthodoxe Rodolphe, qui avait été aussi duc de Souabe". Les comtes de Montfort, de Hellenburg, de Toggenburg, de Kiburg, de Bregens, et tous les grands vassaux de la province', reconnurent solennellement les deux frères Berthold comme ducs, et Gebhard comme légat, à la diète provinciale d'Ulm (1095). Ils y proclamèrent en outre la trêve de Dieu jusqu'en l'an 1096, afin de protéger les monastères, les voyageurs, les marchands; et celte dernière clause leur valut l'assentiment même des villes, toujours dévouées à l'Empereur. Chaque comte la fit jurer, dans son comté, par tous les seigneurs et hommes libres*.

1 . Ceux de Coire, Bâle, Lausanne et Strasbourg. On comprenait alors dans le duché de Souabe ou d'Alamanie, l'Alsace et la Suisse allemande.

2. Berthold, fils de Rodolphe, avait été d'abord opposé à Frédéric parles catholique s; mais il mourut en 1090. Berthold de Zsehringcn, son beau-frère, le remplaça alors; il est la tige de la maison actuelle de Bade.

3. Signalons parmi les preuves des dispositions catholiques des feudataires souabes, à cette époque, la fondation des abbayes de Neresheim, en 1095, par Hartmann, comte de Kyburg et Adélaïde sa femme, et d'Isny, en 1090, par les comtes de Wreringen.

4. Stentzel, I, 549. Pfeffel, Histoire et droit public de V Allemagne, ann. 1092.

Manegald

réconcilie

l'Alsace

avec

leSainl-Sié^e

102 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE IL Le chanoine L'Alsacc était maintenue dans la droite voie par un chanoine régulier, nommé Manegald, si savant qu'on le surnommait le maître des docteurs^ et déjà connu par ses écrits en faveur de Grégoire YII. Il fit abjurer le schisme à presque toute la noblesse alsacienne, et la réconcilia publiquement avec le saint-siége. L'Empereur essaya en vain de le gagner; furieux, il le fit jeter en prison, où il le retint longtemps. Cetle captivité prolongée était la récompense de l'indomptable résistance que Manegald avait si longtemps et si généreusement opposée à toutes les tentatives de corruption \

Cependant, Henri IV venait de repartir pour l'Italie, le théâtre principal de la guerre. Le parti catholique y avait été affaibli, dès 1089, par la mort de deux de ses plus vaillants défenseurs, saint Pierre Jgnée, cardinal-évêqued'Albano% et l'héroïque Bonizon, évêque de Sutri, puis de Plaisance, martyrisé par les schismatiques de sa ville épiscopale, qui lui crevèrent les yeux et lui coupèrent ensuite tous les membres l'un après l'autre*. Urbain convoqua, au mois de septembre de cette année, un concile de soixante-dix évêques et de douze abbés à Melfe% où

1. AxoN. Mellic. in Fahr. Bibl. Ecclcs. c. 105. Berthold., ad ann, 1095-98. Hist. littér. de France, t. IX, p. 280-88.

2. In causa S. Pétri ferventissimus. Berth. ad ann. 1089. 5. Voy. plus haut la manière dont il gagna le surnom d'Ignée.

14 juillet 1089.

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