CHAPITRE V La royauté et Tindépendance de i'Église
Un grand contemporain d'Urbain II et de Pierre l'Ermite. — Anselme d'Aoste et sa philosophie. — Influence d'Anselme sur les intelligences au moyen âge. — L'abbé du Bec est aussi populaire en Angleterre qu'en France. — Ses amis non moins nombreux dans le siècle que dans le cloître. — Le cœur d'Anselme débordait de tendresse pour ses amis et de charité pour ses ennemis. — Anselme est arraché tout à coup à la solitude du cloître. — Le roi Guillaume le Roux et Uaoul Flanibart son ministre. — Hugues le Loup, comte de Chester, attire Anselme en Angleterre. — Maladie subite du roi, son repentir, ses vaines promesses. — Anselme est violenté afin qu'il accepte la primatie d'Angleterre. — L archevêque de Rouen ordonne à Anselme d'obéir au désir du roi.
— Sacre d'Anselme par saint Wulstan. — Guillaume le Roux est infidèle à toutes ses promesses. — Belles paroles de saint \Yulstan.
— Anselme ne veut pas acheter à prix d'argent la laveur du roi. — L'évêque de Durham prend parti contre Anselme. — Paroles admirables d'un chevalier. — Intervention des barons en faveur d'Anselme.— Le roi Guillaume envoie à Rojue deux clercs de sa chapelle.
— Il refuse à Anselme l'autorisation d'aller à Rome. — Les évoques d'Angleterre abandonnent leur métropolitain.
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LKS PRKDÉCESSKURS DE CALIXTE II. 175 armes, il y en avait un Iroisiùine, en Angleterre, qui, forcé de lutter contre tous les abus et toutes les ruses du pouvoir temporel, préparait à l'Église et au monde une gloire encore plus éclatante, tant, à cette époque, le monde chrétien, l'Eglise et surtout l'ordre monasticjue étaient riches en lioninies de cœur et de génie !
Né à Aoste, en 1055, d'une famille patricienne et très-riche^ Anselme avait, de bonne heure, subi ces épreuves où se forment souvent les grandes âmes. Enfant, il avait vu mourir sa mère, et, comme s'exprime le pieux auteur" de sa vie « le vaisseau de son cœur avait perdu son ancre, et il était
1. Juxta seculi dignitatem nobilitcr nati, nobiliter sunt inAugusta conversai!.... ambo divitiis non ignobiles. Eadm., Vit. S. Ansehn.p.2.
2. Eadmer, moine de Canlorbéry, et plus tard arclievê(iiic de Saint- .\ndré en Ecosse, fut le comijagnon d'exil et de voyage d'Anselme, qui s'astreignit envers lui à un vœu d'oljéissance spéciale, d'après l'autorisation du pape Urbain. Il a raconté, inconciissa veritale, dit-il, la vie de son ami dans deux ouvrages intitulés : De Vila S. Ansclmi et llistoria novorum. L'un renlernie les détails de la vie monastique et intime du saint, l'autre les événements de sa lutte avec le roi d'Angleterre. D, Gerberon les a publiés, avec des notes du savant Selden, à la suite des œuvres, de S. Anselme. In-iol. 1721. Eadmer raconte qu'Anselme avait découvert un jour le travail dont il s'occupait, et après l'avoir d'abord examiné et corrigé^ il lui avait prescrit de détruire ce qu'il en avait déjà transcrit sur ses tablettes de cire sur parchemin; mais Eadmer n'obéit qu'après en avoir fait secrètement une autre copie> Supplcm., c. 68, p. 215. L'bisloricn, du reste, se montre parfaitement d'accord avec Guillaume de Malmesbuiy, écrivain très-favorable à la dynastie noi mande, l'arnii les modernes, nul n'a mieux raconté la vie d'Anseln.e que l'auteur anonyme de deux articles insérés dans les n»" CG et G7 du Urilish Ci i/ic, recueil di' la nouvelle secte anglo-tatliolique.
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resté comme abîme dans les flots du siècle S » objet d'aversion pour son père et forcé de quitter sa patrie.
La renommée de Lanfranc attira le jeune homme au Bec où, avec un zèle infatigable, il se livra au travail. L'amour de l'étude le conduisit peu à peu à l'amour de la solitude et de la pénitence monastique. Après quelques efforts, il réussit à dompter la passion de la gloire littéraire, qui d'abord l'avait poussé à s'éloigner des lieux où la réputation de Lanfranc semblait rendre toute rivalité impossible \ 11 triompha encore plus facilement des tentations que lui offrait la grande fortune laissée par son père : dès l'âge de vingt-sept ans il alla se faire moine dans l'abbaye du Bec, où il devait bientôt remplacer Lanfranc comme prieur^, puis, quinze ans plus tard*, à la mort du vénérable Herluin, h fondateur du monastère^ se voir nommé abbé par les cent trente-six moines de la communauté, malgré la plus vive résistance de sa part.
Le malheureux jeune homme s'était jeté tout on larmes aux genoux des moines, les suppliant
i Defuncta vero illa, illico navis cordis ejus, quasi anchora per- Wila, in fluctus seculi pêne tota dilapsa est. VU. S. Atis., p. 2.
2. Ecce monaclius fiam, scdubi?... Becci supereminens prudentia Lanfranci, qui illic monaclius est, me aut nulli prodcsse, aut niliil valere comprobabit.... Kec dum eram edomitus, necdum in me vigebat mundi contemptus.... Eadm., p. 5.