Traduction de Fleury, 1, LXIV, n
« et je préférerais renoncer à l'épiscopat que de « m'exposer à vos reproches, justes ou injustes. « Si cette satisfaction vous suffit, recevez-la : S'il « vous en faut d'autres, dites ce que je dois faire « de plus. Que si je cesse d'être votre serviteur, a que je ne cesse pas au moins d'être votre fils \.. « Ce que je veux faire avec votre autorisation, je dece vrai le faire par nécessité, à cause de l'inimitié « toujours plus profonde du roi de France contre « moi. »
Cette inimitié avait pris naissance depuis la rechute de Philippe dont l'évêque avait si vigoureusement poursuivi l'adultère. Le monarque avait en effet rappelé près de lui cette même Bertrade enlevée à son mari, le comte Foulques d'Anjou, alors que la femme légitime du ravisseur était encore vivante; mais ce dernier, frappé d'excommunication, avait été obligé de renvoyer Bertrade, qui exerçait autour d'elle un empire tellement extraordinaire, qu'elle s'était fait pardonner son double adultère par son mari, le comte Foulques, qui poussait la complaisance jusqu'à s'asseoir publiquement aux pieds de cette reine souillée de bigamie ^
1. Ivo minimus Sanctitatis Suœ filius.... Hanc si placet, accipite, si plus placet, addite. Si desislo vester esse servus, non de^^islam vester esse filius. Ej)ist. 07. — Baronius, Fleury et V Histoire littéraire de France placent cette lettre en 1099. Mais Pagi a démontré qu'elle doit cire du commencement de 1098.
2. lia mollilicavcrat, ut eam tanquara dominam veneraretur, el sca-
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 257 Un tel retour au scandale auquel on croyait scandale
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avoir mis iln, força naturellement l l^i^dise à re- «i"
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nouveler le châtiment redoutable qui avait déjà frappé Philippe de France. Lorsque ^e prince, violateur de la loi divine, arrivait dans un diocèse, les cloches de toutes les églises se taisaient, les chants ecclésiastiques cessaient; le culte du Seigneur ne se célébrait plus publiquement; partout le deuil des âmes se manifestait ainsi. Pendant les quinze années de sa vie, où son ardente et funeste passion pour Bertrade le retint hors de la communion de l'Eglise, le roi Philippe eut du moins assez de conscience pour respecter, jusqu'à un certain point, la douleur publique : il se contentait d'entendre la messe en secret, quand les [)rélats dont il était le Seigneur temporel le lui permettaient; il s'abstenait de toutes les pompes de la royauté, alors confondues avec celles de l'Église, <'t aussi de porter solennellement sa couronne aux grandes fêtes de l'année \ Toutefois, le jour de Noël de l'an 1097, malgré la défense formelle
bîllo pedum ejus ssepius residens ac si praestigio fieret, voluntati «•jus omnino obseqiicrctur. SucEit, VU. Liid. VI, c. 17.
1. Nec purpuram induit, iieque solemnitatcm alicpiam regio morc: celebravit. In quodcumque oppidum vel urbetn (Jalliai-uin rex advenissel.... cessabat omnis clangor campanarum, et geiioralis cantus clericorurn. Luctus itatiuo publicus agcbalur et doiniiiicus cultus privaliin cxercebalur, ([uaindiu Iransgrcssor princeps in cadem di(Ecesi commorabaiur. l'ciiinissu tamen prsesulum quorum dominus crat, etc. OriDEn. Vit., VIII, 0!)9.
M ll\l,> It «x.C. VII.
(lu légat apostolique \ un archevêque se rencontra, Raoul de Tours, qui ne craignit pas, à l'occasion (le la solennité, de ceindre publiquement la couronne au monarque adultère. Cet acte de coupable faiblesse valut, dès le surlendemain, au prélat prévaricateur une nomination d'évéque au siège d'Orléans pour l'une de ses créatures, nommée Jean et dont l'extrême jeunesse et la vie débauchée faisaient scandale dans toute la cité. Yves de Chartres, avec sa vigueur habiluelle, dénonça le honteux marché au pape et au légat Hu- "^^Vénonce^'^^ gucs^ Il accusa le nouvel élu et son protecteur des ^rToLrr^ plus honteux excès % et se plaignit amèrement de la conduite de l'archevêque de Tours, qui disait hautement qu'il n'avait que faire de se munir de bons clercs et de recourir aux canons, puisqu'il avait, dans sa bourse*, de quoi se procurer tout cela. « Quoi qu'il puisse arriver, quel que soit le « parti que vous preniez, mandait au pape l'évêque « de Chartres, j'ai mis ma conscience en repos, j'ai « délivré mon àme, j'ai élevé la voix pour la vérité « et pour la charité, pour le bien de l'Eglise et « pour votre honneur \ »
1. Contra interdictum legati vestri. Yvox., Epist. ad Pap., 1. c. « 2. Ep. 66, 67, 68.
3. Rex Francorum non private sed publiée milii tcslatus est quod prœdicti Joannis succubus fucrit (Radulphus arcliiepiscopus). Ep.Ç>Çt
4. Se non indigcre bonis clericis vol canonibus cuni bœc omnia prœslo sint ci in marsupio suo. Ibid.
T). Quidquid autem vos facialis, cgoliberavi aniniam mram. Ep. 66
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 259 Cependant les différends d'Yves de Cliarlres avec rarclievèque Hugues avaient laissé si peu de trace dans le cœur de ce grand évoque que, vers la même époque, il f)riait le saint-siége de renouveler au prélat roffice de légat qu'il élait, disait-il, plus capable que nul aulre de remplira La vive contestation qui, depuis si longtemps, régnait entre les métropoles de Lyon et de Sens, et qui avait divisé les deux principaux prélats de l'Eglise de France, l'archevêque Hugues et l'évèque Yves, fut réglée % en avril 1099, à la satisfaction de tous, dans ce même concile de Rome où l'on a vu Anselme de Cantorbéry entouré des hommages de l'épiscopat, et défendu, comme il le méritait, par l'évèque de Lucques. Ce fut aussi le même jour que le pape prononça, au milieu des acclamations de toute l'assemblée % une nouvelle et définitive sentence contre les investitures conférées par des laïques, et contre les hommages qu'exigeaient les princes des dignitaires ecclésiasti(jues. A ces acclamations, qui attestaient le maintien de la liberté spirituelle des
Et vere dixi et pro veritatc et caritate dixi : providcns quantum in me est, et Ecclesise utilitati et vestrce honestati. Ep. 68.
11 faut ou que Jean se soit repenti complètement de ses crimes, ou qu'Yves ait recoimu l'injustice de ses accusalions, puisqu'on le voit plus tard rentrer en relations avec ce même Jean qui occupa d'une manière satisfaisante le siège d'Orléans pendant vingt ans.
i. Ep. 109.