‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 97 sur 267 · Il débarqua à Douvres le 25 septembre · texte numérisé non relu

Il débarqua à Douvres le 25 septembre

mariage avec Mathilde, fille de sainte Marguerite d'Ecosse, et issue de la race des anciens rois anglosaxons*; et, en second lieu, il sentait la nécessité de défendre sa nouvelle royauté contre son frère aîné, Robert, revenu de la croisade, et qui réclamait la couronne.

Matliilde, avant la mort de Guillaume, s'était réfugiée dans un monastère afin de se mettre à l'abri des violences de la conquête normande, et elle y avait reçu le voile noir des mains de l'abbesse, sa tante ; mais elle affirmait que c'avait été contre sa volonté formelle. Après avoir pris l'avis d'un concile d'évêques, de seigneurs et de moines, Anselme, jugeant que Mathilde était en effet absolument libre, bénit son mariage et la couronna comme reine, mais non sans prendre de solennelles précautions pour faire constater la validité de ses motifs ^ 11 n'en fut pas moins accusé de complaisance coupable pour le roi\

Après cela, comme le duc Robert était sur le point de débarquer en Angleterre*, Anselme, en

1. V., dans Thierry, Hist. de la conq. des Normands, t. Il, p. ôij, rimportance politique de celte alliance pour le roi normand.

2. Pater ipse totam regni nobilitatem populumque minorcm pro hoc circumlluentem.... sublimius cseleris stans in commune edocuit quo ordine causa Viryinis quam fama vulgarat, per episcopos, etc., determinata fuit. Eadm., 59.

3. Anselmuiri in hoc a rectitudine déviasse nonnulla pars hominuni, ut ipsi audivimus, blasphemavit. Eadm., 58.

4. On voit, par la lettre du pape Pascal II à Anselme {Ep III, 42), que le pontife favorisait assez Robert, en sa qualité de croisé.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 277 qualité de représentant de la noblesse et du peuple d'Angleterre, reçut les serments de Henri \ qui jura de nouveau de gouverner toujours son roynume selon de justes et saintes lois, et promit en particulier à l'archevêque de lui laisser pleine liberté d'exercer tous les droits de TEglise et d'obéir au pape. Anselme, non-seulement se joignit à l'armée royale, de sa personne avec ses vassaux, mais encore il exerça, par son influence et ses exhortations, tant d'influence sur les principaux seigneurs, que Robert, se voyant sans appui , du t renoncer à ses prétentions \ Le danger passé, Henri, selon sa coutume, oublia tous ses serments et recommença ses attaques contre l'Eglise. Anselme eut à subir toute la série d'épreuves qu'il croyait avoir épuisées sous Guillctume,et cela sans rencontrer plus d'appui et de fermeté qu'alors parmi ses collègues dans l'épiscopal. Le Roi, après avoir restitué au siège de Canturbéry les biens usurpés par Guillaume, ne cessait de se plaindre, avec amertume, de l'innovation qu'on avait introduite, disait-il, en prohibant les investitures et l'hommage. C'en était une en effet^

Le

roi (J'Anglctcrre

oublie dans

la prospérité

ses

serments

et

ses promesses.

1. Tola regni nobilitas cuin populi numerositate Anselmum inter se et regein mcdiuin l'ecerunl, quai anus ei vice sui manu in manurn porrecta promit teretjiistis et sanctis legibus setotum rcgnum quoad Tiveret, in cunctis administralurum. Eadmer.

2. Si post gratiam Dei fidelitas et industria non intercessisset Aiiselmi, Henricus rex ea tcmpestale perdidissct jus Anglici regni. Ihid.

o. Divers passages d'Ordénc Vital (surtout 1. lU, p. 125, éd. le

OU plutôt c'était un retour nécessaire à l'indépendance primitive de l'Église, trop longtemps méconnue, surtout en Angleterre où la prépondérance abusive de la royauté avait acquis force de loi depuis un temps immémorial.

Anselme avait reçu pour mission d'achever, en Angleterre, l'œuvre entreprise, dans TEglise universelle, par saint Grégoire VII. La réponse du pape Pascal à la première consultation du roi, après le retour de l'archevêque, avait été décisive. Voici ce qu'il disait : « Le Seigneur a tenu le langage (( suivant : c'est moi qui suis la porte : Ego sum ((• ostium. Et celui qui entrera par moi sera sauvé. (( Mais, si les rois prétendent être la porte de l'É- « glise, ceux qui entreront par eux dans l'Église « ne seront pas des pasteurs, mais des voleurs. »

Et, après avoir rappelé la résistance de saint Ambroise à l'empereur Théodose, le saint-père ajoutait : « La sainte Eglise romaine a vigoureusement « résisté, en la personne de nos prédécesseurs, à « l'usurpation royale et à l'abominable investiture, « malgré les cruelles persécutions des tyrans. Nous (( avons la pleine confiance que le Seigneur ne ^er- (( mettra pas que Pierre perde de sa force en notre

« personne Ne croyez pas, ô roi, qu'en renon-

« çantàune puissance usurpée, toute profane, vous

Prév., 1. VIII, p. 098, éd. Ducli.) prouvent que l'investiture par la crosse fut pratiquée en Normandie, comme en Ang-ietene, pendant tout le onzième siècle.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE H. ii79 (( affaiblirez votre autorité ; loin de là, cette autoce rite n'en acquerra que plus de vigueur, de respect « et de gloire, lorsque le Seigneur Jésus régnera « dans votre royaunle^ »

Mais, tentatives vaines ! le roi n'en persista pas moins à réclamer d'Anselme soit l'hommage, soit la consécration des évêques qu'il avait investis, sous peine de sortir du royaume : « Je n'ai souci de « ce qu'on pense à Rome des protestations d' Ance selme, répondit le monarque. On ne me fera pas « renoncer aux us de mes prédécesseurs, et je ne (( souffrirai personne dans mon royaume qui ne « dépende de moi-. » Malheureusement, parmi les évêques anglais, c'était à qui se prêterait le plus servilement aux volontés du roi\ Anselme lui déclara formellement qu'il ne sortirait point du royaume et qu'il attendrait qu'on lui vînt faire violence dans son église.

En une telle occurrence, on convint d'envoyer à Menaces Rome une nouvelle ambassade composée de person- "^' '•^ssees;»u j)ai)c nages considérables, pour notifier au pape qu'Anselme serait exilé et l'Andeterre soustraite à l'obéis-

1. Ecclesia romana.... regiae usurpationi et investiturœ abomina bili obviare.... et gravissimis persecutionibus per tyrannos affecta.... non destitit... Tune validius, tune robustius, tune honorabilius regnabis, cum in regno tuo divina regnabit auctoritas. Ap. Eadm., 60.

2. Quid ad me? usus antecessorum meorum noio perdcre, nec in jegno meo qui mous non sit queniquam sustincre. Eadm., 00.

3. Episcopis.... in singulis regiie volunlati parère certanlibus, imo ne romane pontifici subderetur sunimopere insistentibus.

Henri d'Anglelovvo.

^m LES! P/RÉDEGESSEURS DE CAtlXTB II.

-sanee pôiîliûcialéy sila daiu juo ii'ëlaitpûii^'lin^intenjut:' L'^r.olmevêfue ■ changea ; douxi |de, sesnàftipes de la reprëseh ler^ et le foi !co»iat}a ses .inliéiîèlSj h IfiOis évêques*. L'un de ces derniers pu t^apprécieç^iàl sos |)r(>piies dépensai quelle tirtiparossiofl) profandçJjÇ^remiei: exiilidu ptiiUiaiL âvail; l^J9S(5e ^n^ Ftaop^, Jmêwv f)aj mi 'les moines les pjitô étjFangerfe aux éymemeî\\$ d!u imonde/ieail, jayarjbtuéité/afjrQlé., ^n]lr^v^*sa>«li.lo Lvibrinaisiieidépoufllé par»wddfeieigneur pill^'^inprnîn^ Cêui^^.û^lui-eiilie: conpeïîLlil hM xeàodmr qw'c'Jprès aivûdj: ûbtenu'jde luiij^usla foL diAi sjepmenl^ilajpromessÊs .expi?esse ^qulii lue^ fej^aitf i men là. jR/qiïîq jçpftli'ti il'Jao!npeMri'aujlr''iBtéréit!!d^i llar.elievêque Atifielm^^- ! lie pape^ on léipeiiseiMen, nlaceut^illit pointj^ j-oquiêLfi'de^s évêqiies^ et repQu^^aayiep indigi^atiaoïla propoisilion qu'on lui ifaisoiil desiacrifier les idéorèitiS des saints pâr^s aujX JUji^naicfis d'uti b9mme^]jG'e§t( dansée sens que fut rédigée - la réppnse ad>;esséel^ii* i'^m&y^ firinçe estàTaiîeilieA^êque deC^nîtoiirWvy^^ Dans la Wtl-re à €& dernier^jlo-^aiintrpèise^^^mppelajt qm-, [\m^ûw^\àH mûéïh q^'il Yenmtide tenir au Latran» ilayaiijpr nouvleié les anciens décrets portés cqntr^ .l'invçisUr lure et les hommages rendus aux souverains, et il aJQMki t mt h^mimxlM 'iu^%Gràm; à ffmmi l'ay iQri^é

...Bbitllii dOimaiii 'ux] «iJiliiioiJiJoy^'ioq ainii^^^ivfiT^ )9 .. .O'Hiivdo ilid

-'. i >»iiii.fr.'ioi((Ml Miiil >i)ii>i)(l(»i :'!!i)) ,'.!iiIm!i.' -oiiijT ... Jili]>;îil) non

rf2à■(i.uu*VM|^l4il.p$t(Ji!lflfl♦5llEARMEJ^»|,|l04i'*.'>oyJ^l^> «Ji-u ?'Hii bu biuO A' r». Deciieta, dioéUs indijîrwndQ, et institulioiiiea sanctonqnirpatRurai n

iriini^ac&iSiUîiiujs liomiiiis dissii,vaL'cm IiEadiuhi;; ai ....alio-jikiA .ù 4, Y. sa lettre au reiapoEADM-.^ûl^ i.. ; . ;j:'du>: lailUmni ou«moi 9a

-.l'an/;b i'if»'.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE IL 281 « cpiscopale n'a pas défailli en loi ; placé au milieu (( des barbares, ni la violence des tyrans, ni la fa- « veur des puissants, ni le fer ni le feu n'ont pu « feinpecher de proclamer la vérité. Nous te con- ,c( jurons de continuer d'agir et de parler comme ,(^i{ju l'as fait. Tu peux compter que nous serons ^iftVQC toi. L'esprit de nos Pères est toujours le .«' upUlôy .et la parole de Dieu n'est pas encore en-

i<Mnmnée/.. »

jirÛMpMililesijônvoyés furent de retour, le roi con- ^oqiiiaison parJmnent à Londres, le jour de la Saint- Michel idtjl'iafli! (1102, et il somma de nouveau

4\nt^ipiie/;'de lui r^bffirj ou de sortir du royaume, l/^i^ilinivéquo ife'<è4iiréférà aux lettres récemment âiU'ijYée^i 4$ iRôifle^lii^, jQu'il montre les siennes, « â'|ili(jiftit(^Ut^^.iji^^ondit/le r^Oi ;.mais, cette fois-ci, «(lj*ioî(i[ieil) diiïuij&rai i^msil, .cooïQ^ïïiunication des v;-iiiienniè&;^i]iMis'agili pasij (J'aijlQurs, de corres- <()ipMndaftCQ)î\âlusufii^,i(|[mei.iei pîlimrat,,iJise, oui ou

ji Ai^selimÈi ^'empt-^ftçsl deiÇomiiiU^îqii^t à.);.a}$semblée les lettres^i^éile|>âpje;|wii^)Ya|itj40riiteSniiîftAis,

1. héû afUteHfl..^'1'atia^iquiaiin teisemper «piÉcopalisanctouitasIper-' sivcrat.... Eumdein enim cum patribus nostris spiritum bîibeMes' iirieri diiûus^ proptep quod et loquimurwEt verburifi^qiwdeiïi DeiiHou est alli^atiiinoAMs. £>. ;in, Ai, du 15, avril il02 .. .o-. i .i| -, ^i.b.iniii <\\U'i

'2. Si vultsuœ videantur; meee Itaojviceiimom TOide}juii»luffiiett;^<: .1'

• iSiMputirola lettve dontnbus venons de donnaiiiiii paî^sagœg Aniebfïie

eii iwodubiL unô.autre^ du 12 décembre 1| I ai; awolo nient citûe. par

E.ibiiEii, où Pascal lui rapi)uluil la cQndanuiatioii de^i iavci^litures au

.Macliiavrlisiiic des

«•iivoycs à lioiiie ]iar le roi.

pour en dcUruiie l'effet, les trois ambassadeurs du nnbaScnrs ^oi déclarcrent , sur leur parole d'évêques , que le saint-père les avait chargés, de vive voix et en secret, de dire au roi que, tant qu'il vivrait en bon prince, il n'eût pas à s'inquiéter des investitures, et que, si cette concession n'avait pas été accordée par écrit, c'était uniquement pour que d'autres princes n'eussent pas la tentation d'usurper le même privilège \ Le moine Baudouin, l'envoyé d'Anselme, toujours zéléetcourageux^ nia formellementquelepapeeût parlé autrement qu'il n'avait écrit. Les barons étaient très-perplexes : les uns disaient qu'il fallait s'en rapporter aux lettres scellées du sceau papal, et qui s'accordaient avec la parole des moines ; les autres soutenaient, au contraire, qu'on devait ajouter foi au témoignage des trois évêques, plutôt qu'à des parchemins noircis d'encre et scellés de plomb, et ils ajoutaient que, dans des affaires séculières, les affirmations de moinillons [monachellorum) étrangers au siècle devaient être tenues pour nulles^. « Mais, s'écria le moine Baudouin, il ne s'agit « nullement ici d'affaires séculières!

concile de Bari, auquel ils avaient l'un et l'autre assisté. Flecky, 1. LXV, n. 21.

1. Contestât! sunt in episcopali veritate papam ipsum régi verbis puris mandasse pcr se.... se clam illis alla egisse, palani alia.

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