Spiritu fervens et boni amans
5. Trium potius episcoporum assertionibus (piam vorvecum pellibus alranicnto denigratis, i)lnnibisque massula oneratis lore credenduni.... objecto nionacbellorum testimonio.
n — Vous êtes, lui ful-il répondu, un homme « consciencieux et docle; mais la convenance « exige que nous en croyions plutôt un archevêque (( et deux évêques qu'un simple moi ne comme vous!»
Baudouin insista : « Des lettres du pape, vous « ne tenez donc aucun compte? dit-il.
« — Eh quoi! répliquèrent les hommes du <( roi, nous repoussons le témoignage des moines « contre les évêques, et nous nous rendrions à cece lui de ces porteurs de peaux de mouton ! »
« — Hélas ! hélas ! répondirent les moines \)vé- « sents, l'Évangile aussi est écrit sur des peaux « de mouton M »
Anselme, qui redoutait le scandale, ne voulut pas démentir publiquement les assertions des trois évêques. Il se borna à demander l'envoi d'une troisième ambassade à Rome, pour éclaircir l'équivoque, et il écrivit au souverain pontife une lettre qui renfermait les paroles suivantes :
« Je ne crains ni l'exil, ni la pauvreté, ni les « tourments, ni la mort ; mon cœur est préparé à « tout endurer, avec le secours de Dieu, pour ne (( point désobéir au siège apostolique, et pour con- « server la liberté de ma mère, l'Eglise du Christ. <( Je ne m'inquiète que de remplir mon devoir et « de respecter votre autorité. J'ai entendu, dans le
1. Ast lioc r.eçolium soculare non est.... Et quitlem te virum pru- (lenleni et strcnnurn scimus, sed ipse ordo exposlulat.... Vœ, v;e, nonne et Evangclia pellibus ovinis inscribuntur !
u concile de Rome, le seigneur Urbain, de vénéra- K ble mémoire, excommunier les rois et les laïques, « sans exception, qui donneraient l'inveslilure des '< églises, et ceux qui la recevraient de leurs mains. ( Daigne Votre Sainteté dispenser TAngleterre de u cette excommunication, afin que je puisse y de- « meurer sans péril pour mon âme, ou bien me (( faire dire que vous voulez la maintenir, quoi « qu'il puisse en arriver ^ »
En attendant la réponse, le primat tint à Westminster, avec la permission du roi et le concours des prélats et des barons, un concile national, le premier depuis la mort de Lanfranc. Les principaux barons y assistèrent, à la prière d'Anselme. On y déposa six abbés convaincus de simonie ; on y rendit plusieurs décrets pour assurer le célibat du clergé et réprimer une foule de désordres. On y défendit de vendie les hommes comme des bêtes, ainsi que cela s'était pratiqué jusqu'alors en Angleterre^; enfin on y prononça l'analhème contre les débauchés infâmes dont les déportements avaient rendu nécessaire la prohibilion de porter les cheveux plus bas que l'oreille*.
4. Non tirneo exiliuni, non pauperlatein.... ceiiitudinem tantuin (jufcro.... Audivi in Romano concilio.... excommunicari reges, etc.... tp. m, 73.
'2. Ne quis illud nefarium negotium quo hactenus liomines in Aiiglia solebant vclut Lruta aniinalia veiiundari, deinceps ullatenus fa cere prsesurnat.
o. Hume, cet oracle de Tliistoirepliilosopliique d'Angleterre, et les
L'archevêque avait promis, pendant la trêve rcn- <lue nécessaire par la nouvelle mission à Rome, de ne pas excommunier ceux que le roi investirait dos évcclîés, mais aussi de ne les point sicrer. Henri s'empressa de conférer l'épiscopat à son chancelier et a son lardier, ou garde-magasin*. Sur le refus d'Anselme, le roi voulut les faire sacrer par l'archiîvêque d'York, en même temps que Guillaume Gif- (ard, nommé précédemment à Winchester et ac-
autres écrivains de son bord, ont plaisanté sur l'importance attachée par Anselme, pendant toute sa vie, aux prohibitions contre les criniti ou jeunes gens à long:ue chevelure ; ils ont affecté de méconnaître la cause qui faisait alors de ce genre de coiffure le signe des excès les plus monstrueux. V. ORotR. Vit., 1. VIII, p. 682. — Ceux qui ont été de nos jours en Orient savent à quoi s'en tenir. Plusieurs autres évêques illustres et sortis des rangs monastiques, se signalèrent, comme Anselme, par leur zèle contre les criniti. Godefroi, évoque d'Amiens, célébrant la fête de Noël à Saint-Omer, et rejetant les offrandes de ceux qui étaient intonsi, porta le comte de Flandre et ses chevaliers à se couper les cheveux avec leurs épées et leurs poignards, faute de ciseaux. Serlon, évêque de Séez, après avoir été abbé de Saint-Evroul, prêchant pour la fête de Pâques àCarentan, où le roi Henri P"" satis humiliter inter cistaa rusticorum in imo loco iedeOat, tira tout à coup des ciseaux de son manteau et coupa les cheveux du roi et des seigneurs qui l'accompagnaient. Son sermon à ce sujet est cité par Orderic Vital, 1. XI, p. 816. Il en voulait encore plus à la barbe qu'aux cheveux : In barba prolixa, disait-il des élégants de son temps, hircis assimilantur.... In nutrlmento autem comarum mulierum aequaces œatiniantur. Barbas suas radere devitant, ne pili suas in osculis arnicas prœcisi pungant.
1. Lnrdcrariuni. Ce lardier, comme le chancelier, s'appelait Roger. I e premier, nommé à Ilereford, mourut immédiatement après son élévation et fut remplacé par Rcinalin, chancelier de la rcino, qui, voyant qu'Anselme ne voulait pas le sacrer, renvoya sa crosse au roi, qui le punit de sa noble conduite en le faisant chasser de la cour.
286 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. Dciio cepté par le clergé mëlropolilain. La cérémonie (Je venait de commencer, lorsque Giffard, à qui l'ini-
quile misait horreur , déclara qu il était prêt a tout subir plutôt que de se prêter à une telle profanation. La multitude qui remplissait l'église s'écria d'une voix unanime que Guillaume Giffard était vraiment un homme de bien, tandis que ses confrères leur semblaient non des évêques, mais des prévaricateurs ^
Les évêques, pâles d'effroi et tout confus, s'en allèrent dénoncer au roi le digne prêtre^. Guillaume dut comparaître devant le prince. Debout, seul, parmi les courtisans dont les menaces et les injures arrivaient jusqu'à lui , il resta inébranlable. Dépouillé de tout ce qu'il possédait, il fut expulsé du royaume*. Anselme intercéda, mais en vain, pour le condamné dont il allait bientôt lui-même subir le sort. Le primat, du reste, ne fit entendre aucune plainte : écrivant à une abbesse du même diocèse que le courageux exilé, il disait : « Il est plus glorieux pour lui, devant Dieu et devant « les gens de bien, d'être ainsi spolié et proscril « pour la justice, que d'être doté, par les mains