‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 103 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les Moines en Armorique.

Émigration des moines bretons en Armorique : persistance du paganisme dans cette péninsule : traditions poétiques. — Conversion de r Armorique par les émigrés bretons. — Les bardes chrétiens : Ysulio et Hervé l'aveugle. — Monastères armoricains : Rhuys; Saint-Matthieu-du-Bout-du-Monde; Landevenec; Dol; Samson, abbé de Dol et métropolitain. — Les sept saints de Bretagne, évêques et moines. — Leurs rapports avec Childebert.

Ces Saxons, qui venaient troubler la solitude du

Émigration saint homme Marculphe dans son île , avaient de-

moines bretons puis longtemps envahi et saccagé la Grande-Bre-

en Armorique. ^

tagne. Pour échapper à leur joug sanglant, une armée de religieux bretons, servant de guide à une population entière d'hommes et de femmes, de libres et d'esclaves, se jetant dans des barques, non de bois, mais de peaux cousues ensemble^, chantant

1. Quin et Aremoricus piratam saxona tractus Sperabat ; cui pelle salum sulcare Britannum Ludus, et assuto glaucum mare fmdere lembo.

Sm. Apollin., Paneg. adAvitum., v, 369.

Festus Avienus, qui vivait à la fin du iv* siècle, dans son poëme

011 plutôt hurlant, sous leurs voiles déployées, les lamentations du Psalmiste*, était venue chercher un asile dans l'Armorique et s'y refaire une patrie. 45o-5bo. Cette émigration dura plus d'un siècle et versa toute une population nouvelle, mais de race également celtique, dans la partie de la Gaule que le fisc romain et les invasions barbares avaient le moins maltraitée, et où le vieux culte celtique avait conservé le plus de vie.

A l'exception de trois ou quatre cités épiscopales, presque toute la péninsule armoricaine était Persistance

du

encore païenne au yf siècle \ Tous les symboles et paganisme

. .en Armorique.

les rites, les mythes et les arcanes du paganisme, semblaient s'être concentrés dans cette contrée

curieux intitulé : Ora maritima, parle aussi de ces nacelles en cuir dont usaient les Bretons :

Navigia junctis semper aptant pellibus, Corioque vastura saepe percurrunt salura.

Édit. Panckoucke, p. 110.

La légende les a quelquefois transformées en auges de pierres qui, après avoir servi de lits aux saints missionnaires pendant leur vie solitaire dans la Grande-Bretagne, leur servaient encore d'esquifs pour traverser la Manche et débarquer en Armorique. Voir la légende de sainte Ninnoc et celle de saint Budoc, dans le Propre des anciens diocèses de Dol et de Léon. Albert le Grand, Vie des SS. de Bretagne, éd. Miorcec de Kerdanet, 1839.

1. Cum ululatu magno ceu celeusmatis vice, hoc modo sub velorum sinibus cantantes : Dedisti nos tanquam oves escarum... Gildas, de Excidio Britannise.

2. La vie de saint Mélaine, évêque de Vannes, au concile d'Orléans en 511 , atteste que longtemps après l'arrivée des premières colonies bretonnes, le pagus de Vannes était encore à peu près païen : « Erant pcne omnes gentiles. » Act. SS. Bolland., Act. 6 Junii.

sauvage et brumeuse où les avenues et les cercles de pierres levées, les dolmens^ les menhirs^ se dressaient, tantôt au milieu d'immenses forêts de chênes et de houx, et des landes couvertes d'impénétrables buissons d'ajoncs, tantôt sur le haut des rochers granitiques de cette côte déchirée et rongée par l'Océan qui la bat au nord, au midi, à l'ouest, de Traditions SCS flots infatigables. Dans une des îles de cette

poétiques.

extrémité de la Gaule, les écrivains grecs avaient placé la prison où Saturne était détenu par son fds Jupiter, sous la garde du géant Briarée. Là était, selon la plupart des poètes, la demeure des génies et des héros, le jardin des Hespérides, les champs de l'Elysée. Ailleurs, mais toujours dans les mêmes archipels d'îlots presque inabordables, les druidesses célébraient, la nuit, à la lueur des torches, leurs mystères inaccessibles aux hommes, comme ceux d'Eleusis ou de Samothrace , et remplissaient de terreur l'âme du nautonier qui les apercevait de loin. Les sacrifices humains et surtout l'immolation des enfants s'y pratiquaient, comme chez les Carthaginois, en l'honneur de Saturne ^ D'autres prêtresses, vouées comme les Vestales romaines à une virginité perpétuelle, et investies comme la Velléda germaine du don de prophétie , savaient soulever et calmer la mer à leur gré, guérir toutes les maladies et annoncer l'avenir à ceux qui osaient

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