‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 102 sur 174 · Chef-lieu de canton dans l'Allier · texte numérisé non relu

Chef-lieu de canton dans l'Allier

Les fils de ciovis G'est encoFe à Grégoire de Tours que nous de-

les m^oines. VOUS de savoir comment le premier-né de Ciovis, Thierry, roi de Metz, chef de ces Francs Ripuaires qui constituèrent le royaume d'Austrasie, et père de

Thierry I" cc Théodcbcrt qui fut le protecteur de saint Maur, rabbé^izier. subissait avec docilité les libres remontrances que lui adressait publiquement, contre les immoralités de sa vie, l'abbé Nizier. Loin de lui en vouloir, ce 527-566. roi le fit monter sur le siège épiscopal de Trêves. Il envoya plusieurs de ses principaux officiers le chercher dans son monastère pour le mener à Trêves. A la halte la plus voisine de la ville, ces seigneurs lâchèrent leurs chevaux au milieu des moissons. A cette vue, l'abbé Nizier indigné leur dit : c( Retirez sur-le-champ vos chevaux de la réc( coite du pauvre, ou bien je vous excommunie. » c< Eh quoi ! » dirent ces Francs, révoltés de l'outrecuidance du moine, « tu n'es pas encore évêque, et c( déjà tu nous menaces d'excommunication ! » c( G'est le roi, » répondit le moine, « qui m'arrache c< de mon monastère pour me faire évêque : que la « volonté de Dieu soit faite, mais quant à la volonté c( du roi, elle ne se fera pas quand il voudra le c( mal, en tant que je pourrai Tempêcher. » Làdessus, il se mit à chasser lui-même les chevaux des champs qu'ils dévastaient. Et pendant tout son pontificat, le roi Thierry et son fils Théodebert, dont les mœurs étaient dissolues comme celles de tous les Mérovingiens, eurent à subir le zèle aposto-

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lique de Nizier. Il disait toujours : « Je suis prêt a à mourir pour la justice. » Il brava de même le terrible Clotaire qu'il priva des sacrements et qui, après beaucoup de menaces, finit par prononcer contre lui la peine du bannissement. Tous les autres évêques, devenus, s'il faut en croire Grégoire de Tours, les adulateurs du roi, l'avaient abandonné, ainsi que tout son clergé. Un seul diacre lui était resté fidèle et l'accompagnait sur la route de l'exil. Nizier l'engageait à faire comme les autres, a Vive « Dieu ! » répondit ce brave homme, « tant que « j'aurai un souffle de vie dans le corps, je ne t'ac( bandonnerai pas. » Tous deux cheminaient encore vers la terre étrangère , quand la nouvelle de la mort de Clotaire vint les arrêter et garantir au courageux évêque la liberté de reprendre le gouvernement de son diocèse \

Clodomir, roi d'Orléans, le second des fils de Clovis, vit éofalement la noble fio^ure d'un moine, ciodomir

d'Avitus, abbé de ce monastère de Micy, en Orléa- l'abbé Avit. nais, que son père avait fondé, se dresser devant lui lorsque, au moment d'entreprendre sa seconde cam-

1. ExpeUite quantocius equos vestros a segete pauperis, alioquin removebo vos a communione mea... Qusenam est haec causa quam loqueris? Adhuc cum episcopalem apicem non es adeptus, et jam .. Fiat voluntas Dei : nam régis voluntas in omnibus malis, me obsistente, non adimplebitur... Libenter raoriar pro justitia... Cum jam ad exsilium ductus, ab episcopis reliquis qui adulatores régis effecti f uerant removeretur... Yivit Dominus Deus meus, quia usqucquo spiritus meusinfrahos artus contentus fuerit, nunquam derelinquam te. Greg. TuRON , De Vitis Patrum, c. 17.

pagne contre les Burgondes, il voulut se débarrasser de son prisonnier, le roi Sigismond, qui avait clierchéen vain un refuge dans sonbien-aimé cloître d'Agaune. Le religieuxvenaitlui rappeler les droits de la pitié et lui prédire les arrêts de la justice divine, a 0 roi! » lui dit-il, « songe à Dieu : si tu renonces « à ton projet, si lu. fais grâce à ces captifs. Dieu (( sera avec toi et tu seras de nouveau vainqueur : c( mais si tu les tues, toi et les tiens vous subirez c( le même sort\ w Clodomir répliqua : a C'est un (( sot conseil que de dire à un homme de laisser « son ennemi derrière lui. » Il fit égorger et jeter dans un puits Sigismond, sa femme et ses deux enfants. Mais la prédiction d'Avitus s'accomplit. Clodomir fut vaincu et tué ; sa tête, fixée au bout d'une pique, fut promenée triomphalement dans les rangs des Burgondes. On sait quel fut le sort de ses enfants ; comment ses frères Childebert et Clotaire, s'armant d'une parole échappée à leur mère Clotilde, qui avait dit qu'elle aimerait mieux voir ses petits-fils morts que tondus^", massacrèrent les

1. Si respiciens Deum emendaveris consilium luum, ut hos homines interfici non patiaris, erit Deus tecum... Greg. Tcron., Hist., \. III, c. 5.

2. Il est probable qu'il ne s'agissait pas ici de la tonsure monastique, mais du retranchement de cette longue chevelure qui était, chez les Francs comme chez les paysans bas-bretons d'aujourd'hui, le signe de la liberté, et chez les Mérovingiens un attribut particulier de cette dynastie et de leur droit héréditaire. Solemne est Francorum regibus nunquamtonderi... Cœsaries tota decenter eis in humeros propendet. Agathi^ Histor., ap. Thierry, Récits méroving., t. II,

sous LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 295 deux aînés , et comment le troisième n'échappa à leur couteau que pour subir la tonsure religieuse et porter, sous le nom de saint Cloud, l'un des saim cioud. noms monastiques les plus connus de notre histoire.

Ces féroces assassins n'en subisent pas moins à leur tour l'ascendant des leçons et des exemples chudebert

l'ami des moines.

donnés par les moines. Ghildebert surtout aurait été le roi monastique par excellence, s'il fallait en croire toutes les légendes qui ont probablement concentré sur lui diverses anecdotes relatives à d'autres princes du même nom ou de la même race. Quelques-unes méritent d'être rappelées, par leur caractère particulièrement authentique ou par la

p. 17. « Un prince mérovingien pouvait subir de deux façons cette déchéance temporaire : ou ses cheveux étaient coupés à la manière des Francs, c'est-à-dire à la hauteur du col, ou bien on le tondait très-court, à la mode romaine, et ce genre de dégradation, plus humiliant que l'autre, était ordinairement accompagné de la tonsure ecclésiastique. » Ibid. — Du reste, les rois et les grands de l'ère mérovingienne apprirent de bonne heure et pratiquèrent souvent l'odieux usage d'imposer des vocations forcées aux princes dépossédés, en les faisant tondre malgré eux. L'histoire de Mérovée, fils de Chilpéric, et mari de Brunehaut, dégradé par la tonsure sur l'ordre de Frédé gonde, est connue de tout le monde. Un autre exemple, encore plus frappant, est celui de Thierry III, roi de Neustrie, déposé en 670 par les grands révoltés contre la tyrannie d'Ébroin, et remplacé par son frère Ghildéric II. Son frère lui demandant ce qu'on doit faire de lui, il répond : « Ce qu'on voudra : injustement déposé, j'attends le jugement du roi du ciel... » Tune ad monasterium S. Martyris Dionysii residere est jussus ibique est salvatus, donec crinem quem amputaverantenutriret : et Deus cœli, quem se judicem est habere professus, féliciter postmodum ipsum permisit regnare. Anon. /Edtien. Vit. S. Leodegarii, c. 3.

lumière qu'elles projettent sur l'histoire contemporaine. On aime à voir le premier roi de Paris, en traversant le Berry pour aller combattre les Yisigoths, s'arrêter à la porte de la cellule occupée par Ses relations le moine Eusicc et lui offrir cinquante pièces d'or.

avec

l'abbé Eusice, c< Pourquoi faire? » lui dit le vieux reclus : a don-

en Cerry, nr. i • •

c< nez-les aux pauvres ; il me suffit de pouvoir prier ((Dieu pour mes péchés. Toutefois, marchez en (( avant, vous serez vainqueur, et puis vous ferez (( ce que vous voudrez. » Childebert inclina sa tête chevelue sous la main du solitaire pour recevoir sa bénédiction et lui promit que, si sa prédiction se vérifiait, il reviendrait lui bâtir une église. La prédiction s'accomplit et la promesse du roi fut tenue. Après qu'il eut défait les Yisigolhs et pris Narbonne leur capitale, il fit construire S sur les bords du Cher, un monastère et une église qui servit de sépulture au solitaire. Cette donation s'accrut de celle que fit le noble Yulfin, un des principaux Francs de l'armée, et qui, dans la distribution des récompenses que fit Childebert au retour de sa campagne, ayant demandé et obtenu un domaine royal, ou ce

1. A Selles en Berry, près Romoranlin. « Quid mihi ista profers... Vade et victoriam obtinebis, et quod volueris âges. » Greg. TuRON., De Glor. Confess., c. 8-2. — Crinigeram cervicem sancti manibus... inclinât. Dom Bouquet, 111, 129. — Eusice avait commencé par être moine à l^errecy, en Bourgogne [Pairiciacum], qui l'ut plus tard un des prieurés les plus célèbres de l'Ordre bénédictin. — La magnifique église abbatiale de Selles-sur-Cher fut pillée de fond en comble, en 1562, par Coligny, qui fit abattre la voûte de la nef.

qu'on appelait déjà un honneur^ sur les bords mêmes de cette rivière du Cher, courut en faire hommage au saint moine dont la renommée l'avait séduite Cet Eusice ou Eusitius devait être, d'après son nom, d'origine romaine ou gallo-romaine, comme tous les autres religieux que nous avons signalés jusqu'ici. Mais Childebert eut des relations du même ordre avec un autre religieux dont le nom, Mar- etavecVabbé culphe, indique une oris^ine franque et qui est le Marcuiphe,

^ . ^ . ^ , ^ ^ en Neuslrie.

premier de tous les saints moines dont le nom porte cette empreinte \ Il était d'ailleurs issu d'une race riche et puissante établie dans le pays de Bayeux, et tout, dans le récit de sa vie, témoigne de l'union contractée chez lui par la fière indépendance du Franc avec la rigoureuse austérité du moine. Il avait consacré la première moitié de sa vie à prêcher la foi aux habitants du Cotentin ; puis on le voit partir, monté sur son âne, pour aller trouver Childebert en un jour de grande fête, au milieu de ses leudes, et lui demander un domaine à l'effet d'y construire un monastère où l'on prierait pour le roi

1. Vulfînus ejusdem generis vir nobilissimus... remunerationis suce prœmiuin... preestolabatur... nihil petiit sibi dari nisi super Char fluviuin quem rex habebat honorem. Vil. S. Eusicii, ap. Ladbe, Nov Bibl. MSS., II, 575.

2. Parmi les saints moines dont le nom indique une origine germa nique, je ne vois avant Marcuiphe ou Marcoul, qui mourut en 558 que Théodoric ou Thierry, mort en 553, disciple de saint Rémi, premier abbé du grand monastère qui a gardé son nom, près de Reims et dont Guillaume de Saint-Thierry, l'annalyste du xn^ siècle, a tiré le sien.

Marculphe

met en fuite

les

pirates saxons.

et pour la république des Francs. Ce ne fut point à Tadulation habituelle aux Romains du Bas-Empire qu'il eut recours pour se faire écouter : a Paix et « miséricorde à toi, de la part de Jésus-Christ, » lui dit-il, (( prince illustre: tu es assis sur le trône de c( la majesté royale, mais tu n'oublieras pas que tu « es mortel, et que l'orgueil ne doit pas te faire c< mépriser tes semblables. Rappelle-toi le texte du (( Sage : Les hommes font constitué prince ; ne c( f élève pas, mais sois l'un (Feux au milieu d'eux, a Sois juste jusque dans ta clémence, et aie pitié «jusque dans tes justices. » Childebert exauça sa demande. Mais à peine eut-il achevé cette première fondation que, pour mieux goûter les attraits de la solitude, Marculphe alla se réfugier dans une île du littoral de la Bretagne, à peine habitée par une poignée de pêcheurs. Une bande nombreuse de pirates saxons étant venue s'abattre sur cette île, les pauvres Bretons accoururent tout épouvantés aux genoux du moine franc. « Ayez bon courage, » leur dit-il, « et si vous m'en croyez, prenez vos c< armes, marchez contre l'ennemi, et le Dieu qui a c( vaincu Pharaon combattra pour vous. » Ils l'écoutèrent, mirent en fuite les Saxons , et une seconde fondation marqua l'emplacement de cette victoire de l'innocence et de la foi, enflammées par le courage d'un moine, sur la piraterie païenne ^

1. Ex nobilissimis ditissimisque christianissimis Bajocassinis civibiis exortus... Asello cul sedere consueveiat ascenso... Cum Rex

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multa suorum procerum turba... Licet in solio majestatis sedeas, tamen te unum mortalium esse considerans... Tibi subditis et cum justitia parcis, et cumpietate corrigis... Pro tua totiusquereipublicœ sainte sedulo oraturi... Piratée... ex inexhaustis scaturiginibus gentis saxonicse prorumpentes... Si meis vultis acquiescere monitis, arma constanter capessite... Pro vobis ipse pugnabit, qui quondam Pharaonem, etc. Acta SS. 0. S. B., tom. I, p. VIO, 124. — Cette île, appelée Agnus ou Agna dans les deux vies de saint Marculphe, est probablement celle de Harme ou Herms, près de Guernesey. — La translation des reliques de saint Marconi, au ix« siècle, donna lieu à la fondation du grand monastère de Corbéni [Corpus Benedictum), entre Laon et Reims, où les rois de France allaient prier après leur sacre et obtenaient la grâce de guérir les écrouelles, en disant : Le roi te touche, Dieu te guérisse.

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