‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 106 sur 174 · Le P. Maunoih, Epistre au glorieux saint Corenlin · texte numérisé non relu

Le P. Maunoih, Epistre au glorieux saint Corenlin

MOINES d'oCC. II. 20

gaulois des ennemis presque aussi redoutables que ceux dont ils fuyaient la persécution. Le paganisme Hésistance ccltique sc défendit avec acharnement. Les bardes

des

barde païens, cherchaient à enflammer le peuple contre ces étrangers qui venaient audacieusement imposer une nouvelle religion au sanctuaire inviolable du druidisme. On a souvent cité les menaces prophétiques lancées par un de ces poètes de la vieille rehgion contre les nouveaux apôtres : « Un jour viendra où les hommes du Christ seront poursuivis, où on les huera comme des bétes fauves. Ils mourront tous par bandes et par bataillons. Alors la roue du moulin moudra menu : le sang des moines lui servira d'eau ' . »

Treize siècles devaient se passer avant que de nouveaux païens, plus atroces mille fois et plus inexcusables que les compatriotes du barde Gwenchlan, vinssent vérifier cette prophétie. Mais alors elle s'éteignit sous les succès et les bienfaits dont les moines bretons inondaient l'Armorique. Les Eux aussi apportaient avec eux leur poésie, qui

allait désormais prévaloir sur la poésie druidique, en l'épurant sans l'effacer. Eux aussi, fidèles aux traditions immémoriales de la race celtique, comptaient des bardes dans leurs rangs. Le fameux Taliesin, qui prenait le titre de prince des bardes, des prophètes et des druides de l'Occident, et qui passe

1. Hersart DE LA ViLLEMARQuÉ, Chaiits popiilaïres de la Bretagne, t, I, p. 20, 38.

bardes monastiques

sous LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 507 pour avoir été converti par le moine Gildas, les accompagnait en Armorique \ Mais parmi eux on signalait encore des bardes qui depuis ont pris place ysuUo. parmi les saints. Tel fut Sulio, ou Ysulio , qui, encore enfant et jouant dans les jardins de son père, le comte de Powys, entendit des moines qui passaient, la harpe à la main, enchantant les louanges de Dieu, et fut si ravi de la beauté de leurs hymnes, qu'il voulut les suivre pour apprendre d'eux à composer et à chanter ces beaux cantiques. Ses frères coururent annoncer sa fuite à leur père, qui envoya trente hommes armés avec ordre de tuer l'abbé et de lui ramener son fils. Mais l'enfant était déjà parti pour l'Armorique et réfugié dans le monastère dont il fut plus tard prieuré

Tel fut encore saint Hervé, dont le nom mérite de figurer parmi les plus suaves souvenirs de la Hervé raveugi poésie chrétienne. Il était le fils du barde Hyvernion, qui avait figuré parmi les nombreux musiciens que les rois mérovingiens aimaient à réunir autour de leur table ^ Ce barde insulaire avait charmé le

1. Ingomar, Vit. Judicaelis, apud D. Morice, Hist. de Bretagne, preuves, t. I. — Cf. La Villemarqué, p. 9, et Kerdanet, éditeur d'AL- BERT LE Grand, p. 218.

2. DoM LoBiNEAu, Vie des saints de Bretagne, p. 2ô5 ; La Villemar- QUÉ, op. cit., p. 11.

5. L'Italien Fortunat nous a conservé le souvenir de ces concerts où, la lyre à la main, il fai.^ait sa partie, tandis que « le Barbare, dit-il, jouait de la harpe, le Grec de l'instrument d'Homère, et le Breton de la rote celtique. » La Villemarqué , Légende celtiquC) p. 252.

roi Childebert, « tant il étoit, » dit le vieux légendaire breton, « parfait musicien et compositeur de ballets et chansons ^ » 11 était venu en Armorique épouser une jeune orpheline du pays de Léon, qu'un ange lui avait montrée en songe, en lui disant: c( Vous la rencontrerez demain, sur votre chemin, (c près de la fontaine. Elle s'appelle Ri vanonn. » 11 la rencontra en effet ; elle était de la même profession que lui , elle chantait : a Quoique je ne sois « qu'une pauvre fleur du bord de l'eau, c'est moi « qu'on nomme la Petite Reine de la Fontaine. » Il l'épousa, et de ce mariage naquit un enfant aveugle, que ses pare.nts avaient nommé Hervé, c'est-à-dire amer^ et qui dès l'âge de sept ans parcourait le pays et demandait l'aumône en chantant des cantiques composés par sa mère. Plus tard l'orphelin aveugle, initié par son oncle à la vie cénobitique, fut placé à la tête de l'école qui joignait son monastère, où il put mettre en pratique l'aphorisme que la tradition bretonne lui attribue: « Mieux vaut instruire le petit enfant que de lui amasser des richesses % » et où il apprenait à ses élèves des chants dont la mémoire du Breton moderne a gardé la trace dans cette version trop rajeunie :

c( Approchez, mes petits enfants ; venez entendre une chanson nouvelle que j'ai composée exprès pour

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