‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 116 sur 174 · Chef-lieu d'arrondissement, dans la Haute-Vienne · texte numérisé non relu

Chef-lieu d'arrondissement, dans la Haute-Vienne

3. In villis amœnis... incumbens lectioii... laborans per agros, alimoniam corpori quœrebat... Codices sacros... Multitudo pauperum velut apes ad alvearium conflue])ant ad eum. Vita prolixior, p. 200.

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Marmoutier et s'y retremper dans l'esprit monastique, en visitant tous les lieux que Martin avait sanctifiés par son séjour; il en rapportait, en guise de remède pour les malades, de l'eau du puits que Martin avait ouvert par son propre travail. C'est là qu'il rencontra l'évêque Grégoire, dont il devint l'intime ami, et qui nous a conservé tous ces détails \

Il resta d'ailleurs toujours en relation avec les n intervient

auprès

princes mérovingiens, et il en usait pour intervenir des Mérovingiens

1 • • -ni 1) ^^^'^ alléger

au profit des populations opprimées. Plus dune les exactions fois , lorsque les tributs et les tailles étaient appliqués avec trop de rigueur aux villes des Gaules , d'après les rôles que les rois avaient fait dresser, il courait auprès de ces rois pour leur demander de diminuer cet intolérable fardeau. Un jour que, traversant Paris, il avait voyagé en toute hâte et secrètement jusqu'à Braine, où se trouvait alors le roi Chilpéric, celui-ci, qui était malade d'une grosse fièvre, informé de son arrivée, le fit aussitôt introduire, espérant qu'il obtiendrait saguérison par les prières du serviteur de Dieu. Mais Arédius, tout en lui tâtant le pouls, ne songea qu'à l'entretenir de l'objet du voyage. Le roi, touché ou effrayé par ses remontrances, lui livra les rôles des contributions qui pesaient si cruellement sur le pauvre peuple. Alors l'abbé fit allumer un grand feu et brûla de ses propres mains les funestes registres, en présence

1. Beatum sepulcrum orando deosculans... Anno transite. .. cuncta circuit, cuncta peragrat... De Mir. S. Mart., ii, 39. Cf. m, 24.

Il brûle d'une foule nombreuse. Il avait d'avance annoncé registres'du fisc, quc Ic Toi guérirait, mais que ses fils mourraient à sa place: et c'est ce quijarriva\

Une autre fois, ayant appris qu'il y avait à Limoges plusieurs condamnés à mort, il quilla son monastère pour se rendre à la ville et aviser aux moyens de les sauver. Ici la tradition populaire s'empare du souvenir delà compassion dont le cœur du saint abbé était inondé pour tous les genres de malheurs. Elle rapporte que, au moment oii il approchait de la prison, les portes roulèrent d'ellesmêmes sur leurs gonds et que toutes les serrures se brisèrent ainsi que les chaînes des captifs, qui purent ainsi prendre la fuite et aller chercher un asile inviolable auprès du tombeau de saint Martial, premier apôtre du Limousin \

1. Accidit ut populis tributa vel census a regibus fuissent descripta : qutc conditio universis urbibus per Gallias constitutis summopere est adhibita. Pro hac se virreverentissimuspietate motus ad régis prfesentiam properavit, ut suggestionem daret pro civibus, qui gravi censu publico fuerant edicto adscripti .. Alio quoque tempore, pro hujuscemodi conditione properavit itinere... Cœpit cum manibus suis palpare... Libros ipsos, quibus inscriptus pro gravi censu populus regni ejus tenebatur afllictus... Jussit prunas parari... Apprehensos manibus ipsis libros, niultis etiam circumstantibus, incendio concremavit. Vita prolixior, p. 205 — Les BoUandistes (p. ITO) et Ruinart pensent que ce roi, "qui n'fst pas nommé dans le récit contemporain, était Cbilpéric I", roi de ISeustrie, et fils de Clotnire; mais il est singulier que Grégoire de Tours, qui connaissait si bien Arédius, ne l'ait point nommé en racontant comment Frédégonde et Chilpéric se décidèrent à brûler les rôles d'impôt après la mort de leurs trois fils. Hist. Franc, lib. i, c. 55.

2. Confestim... vclut magno ferientis impulsu confractœ serœ^

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Jl nous reste un monument plus authentique de son testament. sa sollicitude pour ses inférieurs, dans son testament rédigé vingt ans avant sa mort et contîrmé à la veille du jour où, plein de jours et de travaux*, il allait paraître devant Dieu. Il y place son monastère avec ses moines, sa villa d'Excideuil avec tous les serfs ou mancipia qui cultivaient ses vignes, et dont il énumère soigneusement les noms et les familles, sous la protection de l'église de Saint-Martin de Tours, qui était alors le sanctuaire le plus vénéré de la Gaule. Il y stipule expressément que certaines femmes vassales qu'il y dénomme ne payeront chaque année qu'un triens par tête aux moines de son monastère. Enhn, il y désigne par leurs noms une cinquantaine d'hommes et de femmes, y compris une certaine Lucie qui était captive et qu'il avait rachetée: il confie leur liberté à la garde de saint Martin. « Ce sont là, » dit-il dans l'acte, « mes hommes libres et mes femmes libres, dont ft les uns m'ont élé confiés par mon père de bonne

dissipât! cardines, ostia carceris patefacta, et omnia vinciila compeditorum resoluta sunt, Viia prolixior, p. 201. — Grégoire de Tours raconte un autre trait qui démontre à quel point, dès lors, les religieux étaient regardés comme les protecteurs naturels et efficaces des condamnés. Un criminel avait été condamné à mort; quand il eut été pendu, la corde se rompit, et il tomba à terre sans être blessé. On le pendit de nouveau. A cette nouvelle, l'abbé du monastère le plus voisin courut auprès du comte supplier pour lui, et, après avoir obtenu la vie du coupable, l'emmena au monastère repentant et sauvé. De Mirac. S. Martini, ni, 55.

1. Post labores innumeros viril i ter ac fortiter toleratos. Vita prima, n°13.

« mémoire, dont les autres ont été affranchis par « moi pour le bien de l'âme de mon frère ; je c( te les donne à défendre à toi, mon seigneur saint c( Martin. Et si quelqu'un prétend exiger d'eux c< plus qu'ils ne doivent, et les inquiéter ou les opc< primer en quoi que ce soit, c'est à toi, saint Mar- « tin, qu'il appartiendra de les protéger ^ » Sa mort. A la distaucc où nous sommes des hommes et

des choses du \f siècle, il est facile de sourire de ce vieux moine qui n'imagine pas de meilleure sauvegarde pour la liberté de ses clients que l'intervention d'un saint mort et enterré depuis cent ans. Mais Grégoire de Tours constate la croyance universelle aux nombreux miracles que ce saint opérait pour venger les faibles et punir les tyrans. Pendant l'agonie de ce bienfaiteur des malheureux et des esclaves, une pauvre femme malade, une possédée, que le saint abbé n'avait pu guérir, s'échappa de la prison où on la tenait enfermée, et

1. Yolumus ut... sub defensione tua, sancte domine Martine, consistant... cum Lucia quam redemimus captivam... Ita libéras et libéras nostras, quos nobis bonae mémorise genitor noster Jocundus per testamentum suum commendavit, similiter et illos quos pro remedio animœ bonœ mémorise fratris nostri Eustadii liberos fecimus tibi, sancte Martine, defensando commendamus. Et si quis eis amplius prseter hoc quod eis injunctum et in quolibet inquietare aut dominare voluerit, tu, sancte Martine, defendas. Mabillon, Analecta, p. 209. — L'authenticité de ce testament, mentionné par Grégoire de Tours, publié et annoté comme authentique par Mabillon et Ruinart, a été contestée par Le Cointe. Les Bollandistes le discutent sans se prononcer. Il est très-long, et renferme une foule de dispositions qui en font un des documents les plus curieux de l'époque.

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se mit à courir jusqu'au monastère en criant : a Acc( courez, amis et voisins, et dépêchez -vous ; venez « bondir au-devant des martyrs et des confesseurs c( qui viennent célébrer les obsèques de notre saint « abbé. Yoilà Julien qui arrive de Brioude, Martin c( de Tours, Martial de notre ville de Limoges, Sa- « turnin de Toulouse , Denys de Paris , et tant c( d'autres qui sont au ciel et que vous y invoquez « comme martyrs et comme confesseurs de Dieu. » Arédius avait, quelque temps auparavant, prédit sa mort à son ami Grégoire de Tours et pris congé de lui en déposant un dernier baiser sur la tombe de saint Martin ; il mourut plus qu'octogénaire, et la pauvre possédée fut guérie par son intercession \

La foi, qui entr'ouvrait le ciel aux yeux de cette pauvresse et lui montrait les apôtres dont le martyre avait opéré la première conversion des Gaules, occupés à serrer leurs rangs pour y recevoir les nouveaux confesseurs enfantés par l'Ordre monastique, cette foi ardente et tendre enflammait naturellement le cœur des femmes chrétiennes de la Gaule et leur rendait de plus en plus chers les cloîtres d'où sortaient à la fois tant d'aumônes

1. Dixitnobis se haudlongsevotempore adhuc in hoc mundo retineri... Valedicens... gratias agens quod priusquam obiret, sepulcrum B. antistitis osculari promeruisset... Ciirrite, cives ; exsilite, populi ; exite obviam... Ecce adest Julianus... Martialis ab urbe propria... Dionysius ab urbe Parisiaca... quos vos ut confessores et Dei martyres adoratis. Greg. Tur.. x, 29.

et l'exemple de tant de vertus. Celles qui ne se rangeaient pas sous les lois de la vie religieuse y avaient des frères ou des sœurs, mais surtout des fils et des filles ; et l'amour maternel redoublait alors leur attachement à l'institution qui résumait le mieux pour elles les bienfaits et les devoirs du christianisme. Ce même Grégoire de Tours, qui nous a laissé des renseignements si inappréciables sur l'histoire non-seulement des premiers temps de nos pays, mais encore du cœur humain, raconte un trait touchant qui se rapporte aux annales de cette fameuse abbaye d'Agaune (dont nous avons déjà dit un mot*), élevée en l'honneur de saint Maurice et des martyrs de la légion Thébéenne, près de l'embouchure du Rhône dans le lac de Genève, et métropole monastique du premier royaume de Bourgogne. Une mère y avait mené son fils unique, qui y était devenu un religieux instruit et surtout habile à chanter l'office liturgique : il tomba malade et mourut ; sa mère, au désespoir, vint l'ensevelir, puis revint chaque jour gémir et pleurer sur sa L'amourrmiernei tombc. Uuc uuit, cllc vit cu rêvc saiut MauHce qui le chant voulut la cousolcr, mais elle répondait : « Non, non, « tant que je vivrai, toujours je pleurerai mon fils, « mon unique enfant. — Mais, » répliqua le saint, « il ne faut pas le pleurer comme s'il était mort : c( il est avec nous, il jouit de la vie éternelle, et de-

1. Tome I, page 276, et tomeIT, page 274, à l'occasion du voyage de saint Maur

et

chi

rnona tique.

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c< main, aux matines du monastère, tu entendras (( sa voix parmi le chœur des moines, et non-seuc( lement demain, mais tous les jours et tant que tu « vivras. » La mère, s'éveillant, se leva aussitôt et attendit avec impatience le premier coup de matines pour courir à l'église des moines. Le chantre ayant entonné les répons, lorsque les moines en chœur eurent repris l'antienne, la mère distingua et reconnut aussitôt la voix de son cher enfant Elle rendit grâces à Dieu, et chaque jour, trompant ainsi sa douleur et sa maternelle tendresse, pendant le reste de sa vie, dès qu'elle s'approchait du chœur, elle entendait la voix de son fils bien-aimé se mêler à la douce et sainte harmonie du chant liturgique \ Et nous aussi, il nous semble l'entendre retentir à travers les âges, cette voix enchanteresse, cette voix de l'enfant, vocem infantuli, de toutes les mélodies que l'oreille humaine puisse recueillir, la plus pure, la plus chère, la plus voisine du ciel.

1. Cucurrit mater orbata ad obsequium funeris plangens... per dics singulos veniebat, et super sepulcrum nati sui ejulabat... « Dum « advixero, semper dcflebo unicum meum, nec unquam migrabor a « lacryrais, donec oculos corporis hujus... mors concludat. — Scias « eum nobiscum habitare et sedenlem vitse perennis consortio nostro a perfrui... Surge crastina die ad matutinum, et audies vocem ejus « inter choros psallentium monachorum. » Surgit mulier, longaque ducit siispiria, nec obdormit in strato suo, donec signum ad consurgendum commoveatur a monachis... Ubi cantator responsorium, antiphonam caterva suscepit monachorum, audit genitrix, parvuli vocem cognoscit, etgratias agit Deo... Impletum est ut omnibus dicbus vittc suœ vocem audiret infantuli inter reliqua modulamina vocum. Gukg. TuR,, De Glor. Martyrum, c. 70.

La légende armoricaine, elle aussi, sait faire vibrer cette même corde de l'amour maternel. Elle nous raconte comment la mère du barde chrétien, du jeune aveugle Hervé, après avoir consenti pendant sept ans à le laisser vivre loin d'elle dans un cloître, où il apprit à exceller dans le chant, alla le rejoindre, et disait en approchant : a Je vois une « procession de moines qui s'avance, et j'entends c( la voix de mon fils; il y en aurait mille, chantant a tous à la fois, que je distinguerais celle de mon c( Hervé. Je vois mon fils habillé de gris avec une « corde de crin pour ceinture. Dieu soit avec vous, (( mon fils, le clerc! quand, avec l'aide de Dieu, je « monterai au ciel, vous serez prévenu, vous ence tendrez chanter les anges. » Et le soir même de ce bienheureux revoir, elle mourut ; et son fils, le chantre et barde monastique, entendit les anges qui célébraient ses obsèques dans le ciel ^

Le noble Arédius, dont la mort nous a valu ce retour dans le domaine de la légende, ne sortait pas seulement du cloître pour prier sur le tombeau de saint Martin ou pour aller implorer, en faveur des peuples pressurés, les rois mérovingiens. H allait encore tous les ans visiter, dans un monastère de Poitiers, la plus illustre des religieuses de ce siècle, la reine Radegonde.

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