Post patriifi cineres, et culmina lapsa parentum
Quas prius ad laclirymas fœminaraptatrahar?...
Rutilans in crinibus aurum
Si rata solo recubat...
Totaque sic uno gens jacet in tumulo... Tune rapitur laceris malrona revincta capillis,... Oscula non licuit captive infigere posti... Nuda maritalem calcavit planta cruorem... Non sequare queo vel barbara fœmina fletu... Consuluit fortuna viris quos percutit hostis,
Utflerem cunctis una superstes ago...
Saîpe sub bumecto conlidens lumina vultu,
Murmura clausa latens, nec mea cura tacet.
De Excidio Tkuringix ex persona Mdegundi, ap. Venant. Fortunati opéra, éd. Luciu, p. 485.
Clolaire l'épouse
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femmes qu'il élevait au-dessus du rang de ses concubines ^ On lui en connaît jusqu'à six de cette sorte, dont deux veuves de ses deux frères et deux sœurs épousées à la fois. Quant à Radegonde, il l'aima passionnément, au moins, pour un temps, et plus que toutes les autres, tout en se plaignant de sa froideur et de l'étrange contraste qu'il rencontrait à chaque instant entre elle et lui: ce Ce n'est c( point une reine que j'ai là, » disait-il, c< c'est une c( vraie religieuse ^ » La jeune et belle captive cherchait naturellement dans la religion la seule douceur qui pût la consoler de son mariage, et la seule force que dût respecter, tout en la comprenant à peine, le maître qu'il lui fallait subir. Lorsque le roi sa vieconjugak l'appelait à souper avec lui, elle le faisait attendre
1. Cf. AcT. SS. Rolland., loc. cit., p. 50. — On nous permettra de renvoyer au savant commentaire des hag-iographes jésuites pour les difficultés que soulèvent non-seulement la polygamie de CJotaire, mais surtout la question de savoir comment Radegonde a pu prendre le voile du vivant de son mari. 11 faut rendre à Clotaire la justice de reconnaître que, malgré son goût effréné pour les femmes, il savait respecter la virginité quand elle lui apparaissait consacrée par la religion, ainsi que le démontre la touchante histoire de Consortia, riche héritière provençale, dont l'immense fortune avait attiré une foule de prétendants, et qui alla demander à Clotaire la faveur de rester dans le célibat au milieu de ses domaines, dont le revenu était consacré à l'Église et aux pauvres . Elle l'obtint, après avoir guéri d'un mal mortel une des filles de Clotaire. Plus tard, cette jeune princesse obtint de son frère Sigebert que Consortia, de nouveau poursuivie en mariage par un seigneur franc, pût garder la hberté que lui avait assurée Clotaire. Act. SS. 0. S. R., t. I, p. 235.
2. Quam tanto amore dilexit, ut nihil prseter illam se habere aliquoties fateretur. Vit. S. Juniani, loc. c. — Dicebatur habere se magis jugalem monacham quam reginam. Bolland., p. 69.
jusqu'à ce qu'elle eût fini ses lectures pieuses ; Clotaire s'en irritait et lui en faisait de violentes querelles que le Barbare amoureux cherchait ensuite à se faire pardonner en rachetant par des cadeaux les injures qu'il lui avait dites. La nuit, elle se levait d'auprès de lui pour aller s'étendre sur un cilice, jusqu'à ce qu'elle fût à demi gelée et que le lit même pût à peine la réchauffer. Toutes ses journées étaient consacrées à l'étude des saintes lettres, à des entretiens prolongés avec les clercs et les évoques qui venaient à la cour de Soissons, et surtout à l'aumône et à l'administration d'un hôpital qu'elle avait fondé dans ce domaine d'Athies, où elle avait passé les premières années de sa captivité, et où elle rendait elle-même aux femmes malades les soins les plus dévoués ^
Tout, dans sa vie, révélait l'empire absolu de la foi du Christ sur son âme, et l'ardente passion de servir cette foi sans réserve et sans retard. Tantôt on la voyait, lorsque ses servantes avaient vanté le nouvel attrait qu'ajoutait à sa beauté une sorte de coiffure ornée de pierreries , à l'usage des reines barbares , courir déposer ce diadème sur l'autel de l'église la plus voisine ^ Tantôt,
1. Rixas habebat a conjuge, ita ut vicibus multis princeps per munera satisfaceret quod per linguani peccasset... Gelu penetrata .. vix tepeiieri poterat vel foco vel lectulo... Morborum curabat putredines, virorum capita diluens... Bolland., loc. cit.
2, Quoliens quasi niaforle, liiieo savano, auro vel gemmis ornato,
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indignée de rencontrer sur sa route un temple païen, un vestige de ce qu'elle regardait comme une superstition diabolique , elle s'arrêtait au milieu de son cortège militaire pour en ordonner la destruction immédiate : malgré les cris furieux et la résistance acharnée de la population d'alentour, composée de Francs encore idolâtres qui voulaient défendre avec leurs épées et leurs bâtons le sanctuaire de leur culte national, elle restait à cheval au milieu de son cortège jusqu'à ce que l'édifice eût disparu dans les flammes \
Au bout de six ans de mariage, Clotaire fit tuer, sans qu'on sache pourquoi, un tout jeune frère de Radegonde, compagnon de sa captivité, qu'elle aimait tendrement et à qui nul crime ne pouvait être imputé.
La reine fut à la fois accablée et indignée de cet attentat, et d'autant plus qu'elle paraît, d'après quelques mots qui lui échappèrent plus tard, avoir été la cause innocente de la mort de son frère. c( Ce jour-là, » disait-elle, a je me suis sentie deux
more vestiebat de barbare, a circumstantibus puellis si laudaretur pulcherrimum. Ibid.
1. Sœculari pompa se comitante... Fanum quod a Francis colebatur... diaboUco machinamento... Franci et universa multitude cum gladiis et fustibus... Regina... equum quem sedebat in antea non movit. BoLLAND., p. 76. — La religieuse Baudonivia, en racontant ce trait, dit : « Quod audivimus dicimus, et quod vidimus testamur. » Il est probable qu'avant de suivre la reine dans le cloître, elle fit partie de sa maison laïque.
fois esclave; j'ai subi de nouveau tout le poids du joug ennemi \ » Nul ne nous a dit ce qui se passa à cette occasion entre Radegonde et son maître. Nous voyons seulement que ce crime fut le signal Elle prend ^^^ g^ délivrancc. Avec la permission de son mari,
le voile. ^ '
obtenue on ne saitcomment, elle quitta la résidence royale de Soissons et s'en vint à Noyon auprès de l'évêque Médard, qui avait sur le roi et sur toute la nation un extrême ascendant.
Elle va le trouver à l'autel où il célébrait et le supplie de la consacrer à Dieu en lui donnant le voile. L'évêque hésite et résiste; les seigneurs francs qui se trouvaient là l'entourent, le font descendre violemment de l'autel et lui interdisent de consacrer à Dieu une femme dont le roi avait fait une reine en l'épousant publiquement. Mais alors Radegonde va prendre dans la sacristie un habit de religieuse dont elle se revêt elle-même, et, revenant vers l'autel, elle dit à l'évêque : « Si tu tardes à me con- « sacrer, si tu crains plus un homme que Dieu, le c< bon Pasteur te demandera compte de l'âme de
1. Fratrem injuste per homines iniquos occidit. Greg. Tur., m. Frater interfîcitur innocenter. Fortunat.
De nece germani cur dolor alla taces?... Dumdare duramihi refugit, sibi vulnera fixit :
Laedere qui timuit causa doloris adest.
Percutitui' juvenis tenera lanugine barbse... Impia crede ; tuœ rea sum, germane, salutis.
Mors cui sola fui, nul! a sepulchra dedi. Qugc semel excessipatriam, bis capta remansi,
Atque hostes iterura, fratre jacente, tuli... Non vacat uUa dies lachrymis, post funera fratris... Quae mala pertulerim, neque prcesens ore referrem.
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« sa brebis. » A ces mots, Médard demeure comme frappé de la foudre^ et aussitôt il lui impose les mains et la consacre diaconesse \ Clotaire liii-même n'osa pas d'abord revenir sur ce qui avait été fait. La nouvelle religieuse, usant de sa liberté reconquise , allait de sanctuaire en sanctuaire, semant partout, en guise d'offrandes, ses bijoux et ses vêtements de reine. Francbissant la Loire, elle s'arrêta d'abord à Tours, auprès du tombeau de saint Martin, où affluaient alors les pèlerins et les malheureux de toute la chrétienté, et où elle vit peutêtre son illustre belle-mère Clotilde, qui était venue attendre la mort auprès du saint tombeau ^ Elle s'établit ensuite dans le domaine de Saix, en Poitou, que son mari lui avait concédé, et là, vivant en vraie recluse, cette jeune reine, à peine âgée de vingt-quatre ans, se mit à pratiquer les plus rigoureuses austérités, mais surtout à se prodiguer aux pauvres et aux malades et à leur rendre les services les plus rebutants. Après avoir baigné elle-même les lépreuses, elle baisait leurs plaies dégoûtantes : « Très-sainte dame, » lui dit un jour une de ses suivantes, (( qui voudra vous embrasser, si vous em- « brassez ainsi ces lépreux? — Eh bien, » répondit-
1. Ne valeret régi conjunctam... Reginam non publicanam, sed publicam... Intrans in sacrarium, monacliica veste induitur... Quod ille conteslationis concussus tonitruo... Bolland., loc. cit., p. 70.
2. Mabillon fixe sa mort en 544. Les Bollandistes (die 3 Junii) ne précisent aucune date.
elle en souriant, «situ ne m'embrasses plus jamais,
«j'en suis déjà consolée ^ »
Cependant le bruit se répand que Clotaire, dont l'amour s'était rallumé par l'absence, est en route pour venir la reprendre \ Aussitôt, comme pour protester contre tout projet de ce genre, elle s'enveloppe d'un ciliée des plus après qu'elle adapte à ses membres délicats, redouble ses jeûnes et ses veilles, envoie ce qui lui restait d'or et de pierres précieuses à un saint reclus de Chinon, en lui demandant de prier avec ardeur pour qu'elle ne retournât pas dans le monde. « J'aime mieux mourir, » lui fit-elle dire par une vieille suivante, « oui, mourir, plutôt que d'être de nouveau livrée à ce roi d'icibas, après avoir déjà joui des embrassements du Roi des cieux. » Le solitaire lui promet qu'elle sera cioiaire exaucéc*. Alors, rassurée, elle se réfugie près du la reprendre, tombeau dc saiut Hilairc, à Poitiers, et Clotaire, retenu et dominé encore une fois par une crainte religieuse, lui accorde la permission de construire à Poitiers même un monastère et de s'y enfermer. Quand l'édifice claustral est achevé, elle y entre
1. Sanctissima domina, quis te osculabitur, quœ sic leprosos complecteris?... Yere, si me non osculeris, hinc mihi non cura est. —
BOLEAND., p. 71.
2. Fit sonus quasi rex eam iterum vellet accipere. Ibid., p. 76.
3. Se amplius cruciandam tradidit cilicio asperrimo, ac tenero corpori aptavit... Ipsa magis optaret vitam finire quani régi terreno iterum jungi, quia jam cœlestis régis copulabatur amplexibus. Ibid., p. 76.
sous LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 3i5 triomphalement, au milieu de la joie populaire et en fendant les flots des spectateurs, qui, après avoir inondé les places et les rues, couvrent encore les toits des maisons d'où ils pouvaient la voir passera Mais bientôt de nouvelles alarmes vinrent l'y assaillir. Elle apprit que, sous prétexte de dévotion, Clotaire était arrivé à Tours et qu'il se disposait à venir jusqu'à Poitiers, pour y chercher celle qu'il appelait sa chère reine. Le saint évêque Médard ne pouvait plus user de son ascendant pour ^^^'jla défendre : il venait de mourir. Mais l'illustre saim Germain
l'en empêche.
évêque de Paris, Germain, vivait encore: c'est à lui qu'elle écrivit, en le conjurant de faire respecter son vœu. L'évêque alla trouver le roi devant le tombeau de saint Martin, et le supplia à genoux, en pleurant, de ne pas aller à Poitiers. Clotaire reconnut bien la voix de Radegonde à travers les paroles de Germain , mais il reconnut en même temps qu'il ne méritait pas d'avoir pour reine une femme qui avait toujours préféré la volonté de Dieu à la sienne. Jl s'agenouilla à son tour devant l'évêque et le pria d'aller demander pardon à la sainte de tout ce que de mauvais conseils lui avaient fait entreprendre contre elle. Et désormais il la laissa en paix^