At.berti.f GnvND, Vie de saint Efflam, p
Saint De.ie cliasscr daiis une des forêts domaniales de la Sëqua-
et . . . , ,. .
ciotaiieii. me, y poursuivit un énorme sanglier jusque dans Gso. l'oraloire qu'habitait un vieux moine irlandais , Déicole, arrivé en Gaule avec saint Colomban, et, touche de voir cette bé(e féroce couchée devant le petit autel où priait le reclus étranger, fit donation à celui-ci de tout ce qui appartenait au fisc dans les environs de sa cellule. La donation faite et acceptée, l'homme de Dieu, qui avait garanti à ce sanglier la vie sauve, a soin de le faire lâcher et de proléger sa fuite au fond des bois^ Saint Basie Lcs grauds Icudcs , aussi passionnément épris ion sanglier. q[ ^u^^'i habituellement occupés de la chasse que 570-G20. Jqs rois , subissaient comme eux l'ascendant des moines, quand ceux-ci se présentaient à eux pour protéger les hôtes de leur solilude. Basolus, né de noble race en Limousin , fondateur du monastère de Viergy % dans la montagne de Reims , s'était construit une cellule dans le plus épais de la forêt, à l'abri d'une croix de pierre, et il n'y avait pour tout mobilier qu'un petit lutrin admirablement sculpté pour y poser les saintes Ecritures qu'il méditait sans cesse. Un jour il y fut troublé dans son
1. Siiii^iilnrein niaximumquc aprum... milis viri Dei cellani ingredilur... anle allarc accubare... Viri Dei jussione absque ullius lœsione consuela cuni impctu petiit lustra. Vita S. Deicoli, c. 15.
i\ Viriziaciim : c'est le même qui a plus tard pris le nom de Saint- Lasle. — 11 ne faut pas confondre ce Basolus avec le chef arverne, prisonnier de Cluvis, et sauvé par sa lille, dont il a été queslion plus liant, page ^90.
LES MOfNES ET LA NATURE. ill
oraison par un sanglier colossal qui venait se prosterner à ses pieds, comme pour demander grâce de la vie. A la suite de la bete accourait à cheval un des plus puissants seigneurs des environs ^ nommé Attila , que le seul regard du solitaire arrêta court et rendit immobile. C'était au fond un bonhomme, dit la légende, quoique grand chasseur; il le montra bien, en faisant don'à l'abbé de tout ce qu'il possédait autour de sa cellule. Quatre siècles après, ce souvenir était resté si vivant que, par une convention scrupuleusement observée, le gibier pourchassé dans la foret de Reims, qui pouvait gagner le petit bois dominé par la croix de Saint-Basle, était toujours épargné par les chiens comme par les chasseurs \
Ce n'était pas seulement contre les hommes , c'était encore contre d'autres bêtes que les solitaires compatissants protégeaient les créatures qu'ils avaient acceptées pour les botes de leur solitude.
Ce Launomar, dont nous avons déjà cité plu- saim laumei
sieurs traits, errait dans sa forêt du Perche en sa bidic chantant des psaumes, lorsqu'il rencontra une
1. >'atu et génère nobilissimus. .Tiitcr condensa silvarum fratcta... ({uœ crux integerrima ibi perinanet usquc in prœsentem dicm... Lcctoriolum ligneum sculptura; arlis pulcherrima spccie compositum... Quidam prtcpolens... venandi gralia (ut illud gcnus est honiinmn)... sicut erat vir bonus... liispida ])ellua quasi vitai sua3 imploratura praesidium.. , Extunc mos inolevisse... et usquc bodie observatur, ut si... quœlibet fuerit veiiatio, postquam illius intra aggestum silvula?... Apso (f 902), Vila S. Basoli, c. 7, 22, 23.
biche qui fuyait devant plusieurs loups. Ce fut pour lui le symbole de l'âme chrétienne poursuivie par les démons; il en pleura de pitié, puisse mit à crier aux loups: « Bourreaux enragés, rentrez c( dans vos tanières, et laissez là cette pauvre pe- « tite bête ; le Seigneur veut arracher cette proie à «vos gueules ensanglantées. » Les loups s'arrêtèrent à sa voix, et rebroussèrent chemin. « YoiLà bien, » dit-il à son compagnon, « comment le c( diable, le plus féroce des loups, court toujours « en quête de quelqu'un à étrangler et à dévorer a dans l'Église du Christ. » Cependant la biche le suivait, et il passa deux heures à la caresser avant de la lâcher et de la renvoyer ^ Empire Lcs ancicus auteurs qui racontent ces divers traits
surnaturel . i • i? . i a i .
des moines ct bicu d autrcs du mcmc ordre sont unanimes a les animaux, reconnaître que cet empire surnaturel des saints moines sur la créature animale s'expliquait par l'innocence primitive qu'avaient reconquise ces héros de la pénitence et de la pureté, et qui les replaçait au niveau d'Adam et d'Eve dans le Paradis terrestre. La rage des bêtes féroces, dit l'un, obéit à celui qui mène la vie des anges, comme elle obéissait à nos premiers parents avant leur chute ^ La dignité, dit un autre, que nous avons perdue
1. Cruenti persocutores, ad erçaslula revertimini... banc veslris oruet illœsam rictil)us... Desistite persequi hanc bestiolam... Quam palpans homo Dci manu sua post duas lioras remisit. Act. SS. 0. S. B., t.L, p. 519 et 32 K