‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 136 sur 174 · Job, v · texte numérisé non relu

Job, v

exemple au-dessus des liens et des besoins de la vie terrestre. Sans doute, la fable s'est quelquefois mêlée à la vérité ; l'imagination s'est alliée à la tradition authentique, pour l'altérer ou la remplacer; il a pu même arriver que de coupables supercheries aient abusé de la foi et de la piété de nos ancêtres. Mais aussi , justice en a été faite par la critique jalouse et savante de ces grands maîtres de la science historique que les Ordres religieux ont fournis au monde, bien avant que les dédains systématiques et les théories aventureuses de nos docteurs contemporains eussent profité de quelques inexactitudes et de quelques exagérations pour reléguer toute la tradition catholique au rang des mythologies semi-historiques et semi-poétiques qui précèdent toutes les civilisations incomplètes. 11 n'y a pas d'écrivain faisant autorité parmi nous qui hésitât à répéter ces belles paroles d'un vrai savant chrétien : ce Certaines gens ont cru faire marque de grande piété, en donnant de petits mensonges pour des articles de religion. Cela est aussi dangereux qu'inutile : on risque ainsi de faire douter de ce qui est vrai par haine de ce qui est faux ; et d'ailleurs notre piété a pour se nourrir tant de vérités, que les mensonges lui sont à charge, comme les soldats poltrons dans une armée de braves * . »

1 . Fucre qui magnac pietatis loco ducerent mendaciola pro religione confingere : quod et periculosum est, ne vcris adiniatur lides propter falsa, et minime necessarium; quoniam proprielale nostra

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Ainsi parlent cl pensent tous les écrivains chrétiens ; mais ils n'en sont pas moins pénétrés du sentiment qui dictait à un païen du siècle d'Auguste, à Titc-Live, ces nobles lignes que ne désavouerait aucune plume chrétienne: c< Je n'ignore pas que cette indifférence vulgaire, qui ne se soucie pas que les dieux puissent intervenir aujourd'hui dans nos affaires, s'oppose en outre à ce que l'on publie les prodiges du passé: mais pendant que je raconte les choses d'autrefois, il me semble que mon cœur prend, lui aussi, des années, et je sens qu'un respect religieux m'astreint à reproduire dans mes annales ce que tant d'hommes très-sages ont cru devoir recueillir pour la postérité ^ »

tam muUa suiit vera, ut lalsa tauquani iynavi milites atque inutiles oneri sint magis quamauxilio. Ludov. Vives, de Tradendis Discipiilis, lib. V.

1. 'Son sum nescius ut eadem negligentia qua niliil Deos portcnderc vulyo nunc credant, neipe nuntiari admodum uUa prodigia in publicurn, ncquein annales referri : ca^tcrum et milii, vetustas res scribenti, nescio quo pacto antiquus fit animus : et qufcdam religio tenet, qu'.c illi prudentissimi viri publiée suscipienda censuerint, ca pro dignis habere, quœ in nieos annales referam. Tit. Liv,, 1. xlui, c. 13.

Qu'on me permette de citer ici une belle page, trop peu remarquée, du comte de Maistre :

« A l'égard de la mytliologie, entendons-nous encore. Sans doute, toute religion pousse une mythologie ; mais n'oubliez pas, très-cher comte, ce que j'ajoute immédiatement, ([\ie celle delà relùjion chrétienne est toujours chaste, toujours utile et souvent sublime, sans que, par un privilège particulier, il soit jamais possible de la confondre avec la religion même... Écoutez, je vous prie, un exemple ; il est tiré de je ne sais quel livre ascétique dont le nom m'a échappé :

« Un saint, dont le nom m'échappe de même, eut une vision peu-

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L'Eglise ne saurait, du reste, répondre des erreurs ou des mensonges qui se sont glissés dans quelques légendes. Elle n'oblige de croire à aucun des prodiges , même les mieux avérés , dont on y trouve le récit. Mais lorsque de pareils faits sont rapportés par des auteurs graves et surtout contemporains, l'Eglise, qui est elle-même fondée sur les miracles, fait profession de les reconnaître et de les recommander à l'admiration des chrétiens, comme une preuve de la fidélité des promesses de Celui qui a dit de lui-même a qu'il était admirable en ses c( saints, » et ailleurs : « Qui croit en moi fera aussi ce des prodiges et plus grands que les miens : macijora horiim faciet. »

Il est donc juste et naturel d'enregistrer ces pieuses traditions, sans prétendre assigner le degré

dant laquelle il vit Satan debout devant le tronc de Dieu, et ayant prêté l'oreille, il entendit l'esprit malin qui disait : « Pourquoi ni'as- « tu dannié, moi, ({ui ne t'ai offensé qu'une fois, tandis que tu sauves « des milliers d'hommes qui t'ont offensé tant de fois? » Dieu lui répondit : a M'as-tu demande pardon une fois? »

« Voilà la mythologie chrétienne! C'est la vérité dramatique, qui a sa valeur et son effet indépendamment même de la vérité littérale, et qui n'y gagnerait même rien. Que le saint ait ou n'fl?7 pas entendu le mot suhlimeque jeviensde citer, qu'importe? Le grand point est de savoir que le pardon n'est refusé qu'à celui qui ne Va pas demandé. Saint Augustin a dit d'une manière non moins sublime : dieu te fait-il peur ? cache-toi dans ses bras ! (Vis fugere a Deo ? fugc ad Deum) . Tour vous, mon cher comte, c'est peut-être aussi bien ; mais pour la foule, il s'en faut de beaucoup. Je dis peut-être, car soit dit entre nous, tout le monde est peuple sur ce point, et je ne connais personne que l'instruction dramatique ne frappe plus que les plus belles morales de métaphysique. » Lettres, 1. 1, p. 255.

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de certitude qui leur appartient, mais sans prétendre non plus poser des limites à l'omnipotence de Dieu. Elles ne troubleront point ceux qui savent quels sont les besoins légitimes des peuples habitués à vivre surtout par la foi , et quelles sont les richesses de la miséricorde divine envers les cœurs simples et fidèles. Echos touchants et sincères de la foi de nos pères, elles ont nourri, charmé, consolé vingt générations de chrétiens énergiques et fervents pendant les époques les plus fécondes et les plus brillantes de la société catholique. Authentique ou non, il n'y en a pas une qui ne fasse honneur et profit à la nature humaine et qui ne constate une victoire de la faiblesse sur la force et du bien sur le mal.

Il est d'ailleurs certain que le miracle semblait à nos pères, aux Gallo-Francs dont nous avons l'honneur de descendre, une des conditions les plus ordinaires et les plus simples de l'action de Dieu sur le mondée Les prodiges que nous avons rapportés étaient regardés par eux comme le résultat naturel de l'innocence restituée par le sacrifice. Aux yeux des populations récemment converties et éblouies par tant de grands et saints exemples, alors même que leur foi reste insensible et leurs mœurs féroces, l'homme, complètement maître de lui-même, redevient maître de la nature. En outre, les animaux rapprochés de ces hommes merveilleux se trans-

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