‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 14 sur 174 · Non trépide, non tarde, non tepide. Cap · texte numérisé non relu

Non trépide, non tarde, non tepide. Cap

3. Scala vero ipsa erecta, nostra est vila in sœculo : quœ bumiliato corde a Domino erigitur ad cœlum Latera enim bujus scalœ dicimus nostruni esse corpus et animam : in quibus latcribus diversos gradus bumilitatis vel disciplinai vocatio divina ascendendos inseruit. Cap. 7.

4. M. GuizoT, Cours dliisloire moderne, \¥ leç. Comme antidote

de ce passage échappé à la plume d'un si grand historien, presque toujours si bien inspiré, il faut lire le Panégyrique de saint Benoît, par Bossuet, qui est en même temps le panégyrique éloquent et profond de l'obéissance volontaire du chrétien.

Obéissance tempérée

n'est pas là un produit de la décadence sociale, ni un signe de la servitude religieuse. C'est, au contraire, le triomphe de celte liberté morale et spirituelle , dont la Rome impériale avait perdu toute notion, que le christianisme avait seul pu restituer au monde, et dont le règne, propagé et assuré surtout par les enfants de saint Benoît, a retiré l'Europe de l'anarchie, de l'asservissement et de la décrépitude où l'empire romain l'avait précipitée.

Sans doute, cette obéissance passive et absolue, dans l'ordre temporel et sous des chefs imposés par

^ la nature

du dehors, qui commandent au ffré de leurs in- et

' ^ ^ ... l'origine

térèts ou de leurs passions, constituerait une into- de

^ ' ^ l'aiitorilé.

lérable servitude. Mais, outre que chez les Bénédictins elle devait être toujours et pour tous le produit d'une libre détermination, elle demeure à la fois sanctifiée et tempérée par la nature et l'origine du commandement. L'abbé tient la place du Christ : il ne peut ordonner que ce qui est conforme à la loi de Dieu. Sa charge est celle du père de famille et du bon pasteur. Sa vie doit être le miroir de ses leçons. Chargé de la redoutable mission de gouverner des âmes, il en doit à Dieu le compte le plus sévère, et presque à chaque page la règle lui enjoint de ne jamais perdre de vue cette

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responsabilité terrible. 11 ne doit pas seulement les régir, mais les guérir; non-seulement les conduire, mais les supporter, et se faire le serviteur de tous ceux à qui il commande, obéir à tous pendant que cbacun lui obéit. 11 lui hui s'accommoder aux humeurs, aux caractères les plus divers, mais en même temps ne faire aucune acception de personnes entre les nobles et les plébéiens, les hommes libres et les esclaves, les riches et les pauvres qui se sont rangés sous son autorité \ Le L'exercice de cette autorité absolue est en outre

contenue par l'obligation de consulter tous les moines assemblés en conseil ou en chapitre sur toutes les affaires importantes. Il doit proposer le sujet et demander l'avis de chacun, en se réservant le droit de décider en dernier ressort : mais les plus jeunes doivent être consultés comme les autres, parce que Dieu leur révèle souvent le meilleur parti à suivre. Pour de moindres intérêts, il peut se contenter de l'avis des principaux du mo-

1 Diffîcilem et arduam rem... regerc animas et mnltorum servira moribus... Se omnibus conformet et aptet... Semper cogitet, quia animas suscepit regenJas, de quibus et rationem redditurus est... Reg., c. 2. — Cf. c. 3. Nec quasi libéra utens potestate injuste disponat aliquid : sed cogitet semper quia de omnibus judiciis et operibus suis redditurus est Deo rationem. C. 62. — Sciatque sibi oporlere prodesse magis quam prœcsse. C. 64. Non prœferatur ingenuus ex servitio convertenti, nisi alia rationabilis causa existât... quia, sive servus, sive liber, omnes in Christo unum sumus, et sub uno Domino œqualein servitutis militiam bajulamus. Reg. cap. 2>

de l'abbé.

nastère, mais ne jamais agir sans conseiP. Son conseil permanent se compose de doyens ou de dizainiers^, choisis par les religieux eux-mêmes, non par ordre d'ancienneté, mais par leur mérite, et chargés d'assister l'abbé en partageant avec lui le poids du gouvernement. Il peut aussi, sur l'avis de ces frères, désigner un prieur ou prévôt, pour lui servir de lieutenant \ Enfin l'abbé est lui- Élection même élu par tous les religieux du monastère ; ils peuvent choisir le dernier venu d'entre eux pour en faire leur chef; une fois élu, son autorité ne cesse qu'avec sa vie\ Mais, dans le cas où l'élection désignerait un sujet manifestement indigne, l'évêque diocésain ou les abbés voisins, et même les chrétiens des environs, sont invités à empêcher un tel scandale ^

Cetteautoritésouverainede l'abbé, écritedans une règle qu'il ne lui est permis ni de modifier ni de transgresser, est donc contenue à la fois par la

1. Convocet abbas omnem congregationem... et audiens consiliuin fratrura, tractet apud se, et quod ulilius judicaverit faciat... Omnes ad consilium vocari dixiinus, quia ssepejuniori Dominus révélât quod meliusest... Non prœsumant defendere procaciter quod eis visum fuerit. Cap. 5.

2. Decani. Cf. Reg., cap. 3 et 21. ILiïften., Disquisit., p. 525, 552. 5. Reg., cap. 05,

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