‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 145 sur 174 · Senchus Mor., p · texte numérisé non relu

Senchus Mor., p

2. Cité par M. Jules de Lasteyrie, dans son excellente étude sur le Senchus Mor [Revue des Deux-Mondes du 15 novembre 1865).

toute sorte d'obstacles et d'entraves à sa prédication. Mais lui aussi avait deux filles, Etlina la rousse et Fidèle la blonde ; or ces deux princesses, étant allées un matin au bain , avaient aperçu au bord de la fontaine le missionnaire chrétien, assis au milieu de ses compagnons ; elles avaient pris pour des fantômes ces vénérables étrangers dont le soleil levant éclairait les blancs vêtements et l'aspect étrange et imposant. On se questionne de part et d'autre : la conférence devient bientôt une prédication. Les jeunes filles du roi interrogent avec anxiété le prédicateur de la foi nouvelle ; enflammées subitement par l'amour du Christ , elles demandent et reçoivent le baptême dans l'onde même oij elles comptaient se baigner et meurent presque aussitôt, heureuses de rejoindre au ciel l'époux que Patrice leur avait promis. Ne dirait-on pas la légende homérique d'Ulysse et de Nausicaa, empruntant un charme nouveau à la poésie celtique et à la pureté chrétienne^?

Cet Ulysse chrétien , dans le récit quelquefois obscur et emphatique, mais d'une authenticité in-

1. Dominum suum dirum et durum... Indignum, imo ignominiosum ducebat doctrinœ servi quondam sui subjici... Erat [rex) magorum et aruspicum ardentissimus amator... Duœ filiîe velut de roseto exortae rosse, Ethna rufa et Fidelia alba vocatœ, et a prsefatis magis nutritœ et educatie ; quœ cum mane, orto jam sole, venissent )avandi gratia ad quemdam fontem perspicuum... intuentes autem singulorum vultum et habituin... phantasniata eos esse opinabantur... Puellse instantius inquirentes... ab ipso in eodem fonte baptizatse sunt. JocELiN.,ap. BoLLAND., p. 543, 547, 550, 552.

contestable, qu'il a rédigé lui-même sous le tilrede Confession^ signale le zèle généreux en môme temj)s que la rare beauté de la noble Irlandaise qui, baptisée par lui, avait, la première parmi ses compatriotes, voué sa virginité au Christ, et que voulurent bientôt imiter de nombreuses compagnes , malgré les reproches et l'opposition de leurs parents \ Du reste, la persécution que rencontra le christianisme à ses débuts en Irlande ne fut ni longue, ni cruelle. Pas une goutte de sang ne vint cimenter les fondations de cette foi catholique qui devait un jour coûter la vie à tant de générations de martyrs, sous le joug de l'hérésie triomphante. La vie de Patrice ne fut sérieusement menacée qu'une seule fois, et ce fut alors son voiturier qui, ayant changé déplace avec lui sur leur chariot de voyage, reçut le trait mortel qui était destiné au saint. Pour trouver un de ces martyrs que les conquérants anglo-normands reprochaient plus tard aux Irlandais de n'avoir pas su fournir à la gloire de l'Église % il faut remonter au récit fabuleux d'après lequel, à la vue de l'éclipsé du soleil qui signala la passion de Notre-Seigneur, un certain roi Connor en demanda la signification

1. Et etiam una Scotta benedicta, nobilis, pulclierriina, adulta erat, quam ego baptizavi... Imo persecutiones patiuntur et iniproperia falsa a parentibus, et nihiloininus plus augetur nuinerus. Bollanu., p. 550.

'2. Pro Christi ecclesia corona martyrii nulla. ÎSoii inventus est in pa.tibus istis, qui Ecclesiai surgentis fundanieiitasanguinis effusione cementaret... non luit usque ad unum. Giraldus Cambrensis, Topoyr. Hibern., III, 29.

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à son druide ; puis ayant appris que le Fils du Dieu vivant souffrait en ce moment même une mort imméritée, s'élança hors de son palais l'épée à la main, se mil à abattre de jeunes arbres en s'écriant : « C'est ainsi que je voudrais abattre les bourreaux de l'innocent, » et mourut enfin de rage et de douleur, ce qui l'a fait honorer par la tradition nationale comme le premier Irlandais mort pour le Christ ^

L'histoire et la légende se sont emparées à Penvi de la vie de Patrice.

Dans sa légende rien n'est plus poétique que la ossian. rcncontrc de l'apôtre gallo-romain avec les bardes irlandais qui formaient une caste héréditaire et sacerdotale. C'est parmi eux qu'il recrute ses plus fidèles disciples : c'est Ossian lui-même, c'est l'Homère aveugle de l'Irlande, qui se laisse convertir par lui, et à qui il permet à son tour de lui chanter la longue épopée des rois et des héros celtiques ^ L'accord ne s'établit pas entre eux sans être précédé de quelques orages : Patrice menaçait de l'enfer les guerriers trop profanes dont Ossian vantait la gloire, et le barde répliquait à l'apôtre : « Si ton Dieu, à

1. Oitle, ou tragédie de la mort de Conor Mac^Sessa, ap. O'Cuhrv, Lectures on the manuscript materials of Irish history. Dublin, 1861, p. 277.— Ce savant auteur fait remonter au sixième siècle la Vita Iripartita, publiée par Colgan, qui a servi de base à tous les récits sur la vie de Patrice ; et d'accord avec le D'' Pétrie, il croit que l'on possède encore à Dublin l'Évangéliaire dont se servait le saint missionnaire. Op. cit., p. 521, 527, 545.

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