‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 164 sur 174 · Voir plus li.uit, p · texte numérisé non relu

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peine à rendre compte de sa propre ânne. Le jeune Dagobert accueillait si bien ces sermons, qu'il fit a l'abbé Riquier une donation spécialement destinée à entretenir le luminaire de son église, en mémoire de celte lumière invisible de la vérité chrétienne dont la voix du moine avait éclairé son âme*. Malgré leur cruauté sans cesse renaissante et leurs mœurs si peu chrétiennes, tous ces rois mérovingiens savaient au moins écouter la vérité, et même honorer ceux qui leur faisaient l'honneur de la leur dire sans détour.

1. A rusticis et popularibus illius loci... injuriis afflictoset opprobriis castigatos... Durus invector potentibus. . islorum superbiam severa castigatione i^eprimens... Gislemarus , vir illustris... Maurontus, habilis vir, et terrarum vel silvarum ad regem pertinentium servator... Nec leprosos vel elephantiacos exhorruit. . . Sacerdotali auctoritate libéra voce castigavit; denuntians ei ne in sseculari superbiret potentia ., ne vanis adulantium extoUeretur rumoribus .. et hoc magis timendo cogitaret, quia potentes potenter tormenta patiuntur... et qui vixsuffîcit pro se solo rationem reddere pro tantis millibus populi sibi commissi... qua castigatione rex ut fuit sapiens bénigne suscepta,congaudensque ejus libéra veritatis fiducia. Alcuin., Vita S. Bicharii, c. 2, 5, 10, 1 1, 12. Cf. Chrome. Centulense in SpicUegio, t. II, p. 295, et Mabillon, Ann. Benedict., lib. ii, c. 00. — Un passage d'Alcuin seuible peu d'accord avec ce que disent la chronique de Centule et l'abbé Ingelramm, dans sa Vie métrique, du onzième siècle, sur l'illustre naissance de Riquier, et indique au contraire qu'il était, comme Valéry, d'origine rustique : Non tam nobilibus juxtascecuU pareniibus ortus qiiam moribus honestus... ita ni in rustica vita q\i?eddim prjEsaga futurœ sanctitatis gereret, c 1. Mais ce fait est contredit par d'autres détails que rapporte Alcuin lui-même. — Centule, sous le nom de Saint-Riquier, aujourd'hui petit bourg de la Somme, a conservé sa magnifique église abbatiale. Abbeville, l'ancienne capitale du Ponthieu (Al)bfffis-vill(i^ , provient d'une métairie de l'abbave de Centule,

Colonies de Lux eu il

chez les Morins,

Saint Orner

Sans s'éloigner beaucoup du Ponlliieu et sans sortir du pays occupé par les Francs-Saliens, mais en remontant vers le Nord et sur les confins des deux peuplades gauloises des Atrébates et des Morins, on trouve une autre colonie deLuxeuil, réservée à des destinées plus brillantes et plus fécondes qu'aucune de celles dont nous ayons encore parlé. Audomar, dont on a depuis fait Omer, était

G12-6G7. ig fils (l'un seigneur des environs de Constance, ville de l'Alamannie, soumise, comme on l'a déjà dit, à la royauté austrasienne. Peut-être, en passant dans cette contrée, Colomban l'avait-il déjà instruit et gagné : l'histoire n'en dit rien, mais elle constate que, peu après le séjour de l'apôtre irlandais sur les bords du lac de Constance, le jeune Omer vint se présenter à Luxeuil, entraînant avec lui son père, par une rencontre qui n'est pas rare dans les annales monastiques. L'abbé Eustaise les admit tous les deux au nombre de ses religieux. Le père y persévéra jusqu'à la fin de ses jours : le fils en

. 6"'7. sortit au bout de vingt ans, pour devenir évêque de Thérouanne ; il avait été désigné au choix de Dagobert et des seigneurs francs par l'évêque de Laon, lui-même ancien moine de Luxeuil. Le pays des Morins, dont Thérouanne était la capitale, avait été en vain évangélisé par des martyrs lors de la première introduction delà foi dans les Gaules : il était retombé dans l'idolâtrie ; le peu de chrétiens qui s'y étaient formés depuis la conquête et la ron-

de Silhiu.

SÂl.M COLOMBA>'. 621

version de Clovis y croupissaient dans de «grossières

superstitions. Le nouvel évêque comprit qu'il lui

fallait du renfort pour venir à bout d'une si rude

tâche. Quelques années après son avènement, il fît

demander à l'abbé Walbert de Luxeuil de lui

envoyer trois de ses anciens confrères, qui étaient

tous les trois, comme lui, venus à Luxeuil des

bords du lac de Constance. Il les installa dans

un domaine situé sur les bords de l'Aa et nommé

Sithiu, dont il venait de recevoir la donation des t"o"tiation

mains d'un riche et puissant seigneur païen qu'il

avait baptisé avec toute sa famille. Ce domaine était

une sorte d'île, au milieu d'un vaste marécage, et

où l'on ne pouvait guère aborder qu'en nacelle.

C'est là que s'élevèrent à la fois et la célèbre abbaye,

qui prit peu après le nom de Saint-Bertin, d'après

celui du plus jeune des trois moines envoyés de

Luxeuil \ et, sur la colline voisine , une petite

église, qui est devenue la cathédrale de la ville

épiscopale, connue encore aujourd'hui sous le nom

de l'apôtre de la Morinie. Son corps y fut déposé

après trente années de labeurs apostoliques et d'hé-

1. Des deux autres, Mommoliu fut le premier abbé de Sithiu, puis successeur de saint Éloy sur le siège de Noyon, et Ebertramnus fut abbé du monastère de Saint-Quentin. —Les Annales Béiiédict.,l. xvi, c. 5(3, reproduisent une très-curieuse miniature du septième siècle, où Ton voit saint Mommolin représente avec la tonsure scotique ou irlandaise, qui avait été l'objet de tant de contestations, puis saint Bertin avec la tonsure romaine ou couronne, et muni de la crosse recourbée, qui était dès lors commune aux abbés et aux évoques .

r>2^ SAINT COLOMBAN.

roïquc charilc qui changèrent la face de toiile celte province. C'est autour du cimetière destiné à la sépulture des religieux du monastère de Saint- Bertin que s'est formée la ville actuelle de Saint- Omer. ^aint uciiiii Bei'tin, compatriote et parent d'Omer, fut l'émule (x>o-im. de son zèle pour la prédication et la conversion du diocèse qui l'avait adopté. Il fit observer dans son monastère, où il compta jusqu'à deux cents religieux, la règle de saint Golomban et les usages de Luxeuil dans toute leur sévérité : il exerça, comme Golomban lui-même, un irrésistible ascendant sur les nobles qui l'environnaient. A l'aide de leuis dons et de l'infatigable diligence de ses moines, il vint à bout de transformer en plaine fertile , par des exhaussements successifs, le vaste marais où il s'était établi. Quand pour mieux se préparer à la mort, selon l'usage de la plupart des saints fondateurs d'alors, il abdiqua la dignité d'abbé qu'il avait exercée pendant cinquante ans, le grand monastère qui a immortalisé son nom et produit vingt-deux saints vénérés par l'Église^ avait atteint le comble de la prospérité morale et matérielle ^ De tous les

1. Parmi eux il faut, nommer l'Armoricain Winnoc, de race royale, disciple de saint Berlin et fondateur du monastère et de la ville qui s'est nommée, d'après lui, Berghes-Saint-Winnoc ou Vinox. Il mourut en 096.

2. Les Bollandistes ^t. II Sept., p. 549-050) ont parfaitement élucidé tout ce qui se rapporte à la vie de saint Berlin et à ses diverses biographies. On remarquera queTabbaye de Sithiu prit dans la suite

essaims sortis de la ruche inépuisable de lAixeuil, aucun ne lut plus fécond et plus brillant rpie celui dont ces quatre Alamans, venus des frontières de l'Helvétie jusqu'aux bords de la mer du Nord, avaient enrichi la sauvage Morinie. Les héritiers de Golomban se trouvaient ainsi installés sur le sol de la Belgique, dont la conquête chrétienne était moitié à refaire, moitié à commencer. Une belle part leur était réservée dans cette conquête, à laquelle ils n'eurent garde de faillir.

le uoin de Saint-Berlin, comiuc il arriva pour lui certain nombre des monastères les plus importants, qui furent dénommés d'après leur fondateur ou d'après le saint dont on y vénérait les reliques. Ainsi le nom d'Agaune fut remplacé par celui de Saint-Maurice, Condat par Saint-Eugendc (depuis Saint-Claude), Fontenelle par Saint-Vandrille, (ilanfeuil par Saint-Maur, Leuconaiis par Saint- Valéry, Centule par Saint-Riquier, Fleury par Saint-Benoît-sur-Loire, Ilabend par Remiremont, etc — Cette abbaye de Saint-Berlin, d'abord nommée Sithiu, était la principale abbaye de l'Artois et le plus bel ornement delà ville de Sainl-Omer; l'administration municipale a fait détruire l'immense et admirable église de l'abbaye, il y a peu d'années, sous prétexte de donner du travail aux ouvriers. Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs, 1832. Ce qui reste de ces ruines suffit pour faire apprécier les œuvres splendides des générations croyantes et le stupide vandalisme de leurs descendants.

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