‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 163 sur 174 · Voir page 4 il · texte numérisé non relu

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2. OzANAM, Des Sources poétiques de la Divine Comédie, 1845, p 46.

3. Per neglige'ntiam Doctorum, per inala exempla pravorum priiicipum. AcT. SS. 0. S. B., t. H, p. 291.

natale \ Nous verrions plus loin, à l'est, Hautvillers^ et Montier-cn-Dor, nés l'un et l'autre de la vigoureuse initiative, de l'infatigable activilc, de la fervente charité de Bcrchaire , noble Aquitain , lerciiaire. formé à la vie monastique sous Walbert, à Liixeuil, gôb-gso. d'où il était sorti pour devenir le collaborateur du métropolitain de Reims et pour gagner à ses œuvres le concours généreux et permanent des rois et de toute la haute noblesse d'Austrasie ; il mourut assassiné par un moine qui était son filleul, et dont il avait voulu réprimer l'indiscipline'.

Enfin, sur la montagne qui surmonte la ville épiscopale de Laon, célèbre pour avoir résisté jusqu'aloi's à tous les barbares qui l'avaient succes-

1. Un de ses frères l'ayant chargé d'aller demander un compas dont il avait besoin pour écrire, on lui mit au cou une meule, en abusant du double sews du mot circinu s, qui, dans la basse latinité, veut dire à la fois compas et meule. Vita S. Frodob., c. 7.

2". Voir plus haut, page 426, la légende de la fondation de Hautvillers.

5. Tamquam athlcta recentissimus militire gynmasium ca^lestis... Corporis quielis impatiens... Regibus... ac regix. digiiitatis proceribus tam gratum acceptabilemque... Palalii optimatis ita in cunctis aflabilis... Tam ea quœ sui jnris.. quam qupe ab ipsis Francorum primoribus obtincri poterant... Adson, Vita S. Bercharii, c. 7, 11, 12. 13. — Cette vie, écrite par l'un des successeurs de saint Berchaire à Montier-en-Der, est une des œuvres les plus intéressantes de la grande collection des Acta recueillis par d'Achery etMabillon, quoiqu'elle n'ait pas l'autorité d'un monument contemporain. — Il existe sur cette obbaye un bon ouvrage intitulé : les Moines du Der, par M. l'iibbé Bouillevaux. L'église abbatiale, qui subsiste encore, est une des plus belles églises monastiques de France. On en trouve une vue excellente, gravée dans les Arc/nues de la commission des monuments historiques en 1861, d'après un dessni de M. Docswiiwald.

Laon.

612 SAINT CULOMBAN.

sivemciit assiégée, nous rencontrerions le vaste Sainte Hionastère élevé par une illustre veuve , Salaberge, dont le père elait seigneur de la vîlla de Meuse, située près de la source du fleuve de ce nom et fort près de Luxeuil. Toute jeune encore, mais aveugle, elle avait dû de recouvrer la vue à Eustaise, le premier successeur de Colomban à Luxeuil. Mariée une première fois à cause de son extrême beauté, mais devenue veuve presque aussitôt, et désirant se faire religieuse, il lui avait fallu se remarier, pour éviter la jalouse intervention de Dagobert, qui, comme tous les rois mérovingiens, ne consentait pas plus facilement à la vocation monastique des filles et héritières de ses leudes qu'à celle de leurs fils, et qui tenait la main à ce qu'elles fussent promptement mariées à des seigneurs du même rang. Mais plus tard, grâce à l'influence de VValbert, le successeur d'Eustaise, elle put, en même temps que son époux, embrasser la vie religieuse, et gouverner pendant dix ans les trois cents servantes du Christ qui s'étaient rassemblées sous son aile, la plupart issues comme elle de la noble race des Sicambres, ainsi que se plaisent à le constater les hagiographes du vii^ siècle, en parlant des saints et des saintes dont ils nous racontent la vie'.

1. Erat enim décora venustaque vultu... Metuens ne ob filiamiram régis sœvitiamque incurreret... Jam enim opinio ejus ad aures regias pervenerat... Ipse ex Sicambrorum prosapia spectabili ortus... Intcr cœteras nobilium Sicambrorum feminas. Vita S. Salabergx, auctore coœvo, c, 6, 9, 17^

Colonies de Luxeuil en Ponlhieu et en Artois.

Ce serait du reste une grave erreur de croire que la noblesse seule, parmi les Francs et les Gallo- Romains, fût appelée à recruter les rangs monastiques et à présider aux nouvelles fondations qui signalent chaque année de l'époque mérovingienne. Luxeuil et ses colonies nous fournissent plus d'une preuve du contraire. Un petit berger d'Auvergne, Le

, TT 1 • 1 p • ^T I ' r berger Valéry,

nomme VValaric, dont on a tait Valéry, excite par

l'exemple des enfants nobles du voisinage qui

allaient aux écoles, avait demandé à un de leurs

précepteurs de lui tracer un alphabet, et avait

trouvé moyen, tout en gardant les moutons de

son père, d'apprendre non-seulement ses lettres,

mais le Psautier tout entier. De là à l'admission

dans un cloître la transition était facile. Mais, après

avoir séjourné dans deux monastères différents ,

il se sentit entraîné vers la grande abbaye d'où la

renommée de Colomban rayonnait sur toute la

daule. On l'y reçut et on lui confia le soin du

jardin des novices. Il réussit si bien à en écarter jardinier ', . , , , , . . . à

les msectes et les vers, ses légumes étaient si sains Luxeuii,

et si savoureux, ses fleurs si fraîches et si odorantes,

que Colomban y vit une marque de la faveurdivine :

et comme le fervent jardinier portait partout avec

lui le parfum de ces fleurs qui se répandait à sa

suite jusque dans la salle où l'abbé expliquait rÉcriture sainte aux moines, Golomban ravi lui dit un jour : ce C'est toi, mon bien-aimé, qui es le véria table abbé et le seigneur de ce monastère. » Après l'exil du grand Irlandais, Valéry aida le nouvel abbé Eustaise à défendre, par les voies de la persuasion, le patrimoine et les bâtiments du monastère contre l'invasion des voisins.

Mais bientôt la fièvre des missions le saisit. 11 obtint d'Euslaise la permission d'aller prêcber, n l'instar de leur maître spirituel, cbez les populations où l'idolâtrie luttait encore contre le christianiissionnaire nismc. Ce fut daus Ics cuvirous d'Amicus, sur les Amiénois, bords dc la mer Britannique, dans cette partie de la Ncustrie où les Francs-Saliens avaient fait leur principal établissement, qu'il porta ses pas. Guidé par le zèle et la charité, il pénétrait partout, jusque dans les ma/s, ou assises judiciaires tenues, d'après l'usage des Germains, par le comte du canton. Selon l'habitude invétérée des moines et des abbés de ce temps, il y paraissait pour essayer d'arracher au supplice les malheureux condamnés. Le roi de Neustric, Clotaire II, toujours favorable à ce qui lomiaicui venait de Luxeuil, lui permit de s'établira Leuco- LeiKonaiis. uaûs, Hcu sïtué à l'embouchurc de la Somme et où rm-ù'i-i. les hautes falaises, baignées par la mer, semblaient aux religieux rassemblés autour de lui d'immenses édifices dont les sommets touchaient le ciel. 11 en lit une sorte de Luxeuil maritime. 11 en sortait sans

qu'il rencontre,

cesse pour aller semer ses prédications, qui du opposition reste l'exposaient à mille affronts et à mille dangers. Tantôt les idolâtres, en voyant tomber leurs chênes sacrés^ se jetaient sur lui avec leurs haches et leurs bâtons, puis s'arrêtaient désarmés par son calme intrépide; tantôt les juges et les prêtres mêmes du pays lui faisaient payer leur hospitalité par d'obscènes et grossières plaisanteries. Pour échapper à leurs propos impudiques, il lui fallait quitter leur toit et leur foyer. «J'ai voulu, » disaitil, a chauffer un peu mon corps à votre feu, par ce (( grand froid; mais vos odieux discours me force cent à sortir de chez vous tout glacé encore. » Il était cependant d'une extrême douceur, et mitigeait l'observance de la règle, quant aux pénitences, avec une indulgence qui n'était guère dans les habitudes de la tradition irlandaise. Mais, même après sa mort, son impopularité durait encore chez une portion du peuple qu'il avait entrepris de convertir, ainsi que le démontre un petit dialogue que nous rapporte son historien. A l'endroit même où il avait abattu un arbre vénéré par les idolâtres, à Aoust ou Ault, sur la route d'Eu, les paysans chrétiens élevèrent un oratoire consacré à sa mémoire : mais les femmes des vieilles races franques, en passant devant ce modeste sanctuaire, témoignaient encore de leur éloignement et de leur mépris pourTapôtre monastique. « Chère mère, » disait la fille à sa mère, c< est-ce que ces gens ne veulent pas nous

el qi\i dure

après

sa mort.

c< faire vénérer l'homme que nous voyions aulre- « fois courir le pays, monté sur un âne et misé- « rablement vêtu? » a Oui,» répondait la mère, c( ^.'esi cela même : ces paysans veulent ériger un « temple en l'honneur de celui qui n'a fait chez c( nous que des choses viles et méprisables, »

La mémoire de Valéry, ainsi dédaignée par ses contemporains, n'en devait pas moins surgir de plus en plus brillante à travers les siècles, et nous la verrons, plus tard, recevoir les hommages des plus grands princes de la chrétienté, de Hugues Gapet, de Guillaume le Conquérant et de Richard Cœur de Lion^

1, Oviculaspatris sui per pascua circumagens... Depoposcit utsil)i alpliabetum scriberet... Cuncta , virentia, jocunda , amœna atque mtacta conspiciens... Odorem magnrc fragrantiaî et mirandee suavitalis .. Tu es merito alibas monasterii et senior, mihi, diligende... Ubi quidam cornes... juxla morem sa'culi concioni prœsidebat, quod rustîci mallum vocant... Volui proptcr rigorem frigoris... immo nunc exire non calefactus a vobis compellor... Pars quœ super scopulos et ingentia saxa ab imis ad summa erigitur, aularum vel sediura fabricam in excelsa aeris fastigia... mundo vel vicinie regioni prsebet spectaculum... Illa quaî ex bis prior esse videbatur contemnens... Filia cum indignatione... Dulcissima genitrix, numquid illo in loco babitatores venerari conantur illum quem ante hos annos asello insidentem despicabili habitu cernebamus? — Huic vero, ut ais, filia, rustici volunt fieri memoriani cujus opéra apud nos vilia et contemptu digna videbantur. Vita S. Walarici, c. 1, 7, 8, 11, 15, 28. — L'abbaye de Leuconaïis est devenue la ville de Saint-Valer\ -sur- Somme, l'un des ports les plus fréquentés de la Manclie pendant le Moyen Age. Cette ville est située sur un mamelon formant une sorte d'île ou promontoire entre la Somme et la mer. Défendue de tous côtés par des falaises abruptes, cette île avait besoin d'être fortifiée au midi par un retranchement (\o\d. on voit encore les traces.

Les habitants du Ponthieu (nom que commençaient dès lors à porter ces contrées limitrophes de la Somme où s'était fixé Valéry) semblent avoir eu une aversion prononcée pour les moines de l'école irlandaise. Deux des premiers compagnons de Colomban, débarquant d'Irlande avec lui et venus pour prêcher dans ces parages, y furent accablés d'injures et de mauvais traitements : au moment où ils allaient être expulsés violemment du territoire, un seigneur nommé Riquier vint à leur se- ^a*'^' niquier, cours et les recueillit chez lui. En échange de son hospitalité, ils lui inspirèrent l'amour de toutes les vertus chrétiennes, et même de la vie monastique, et cette seule conquête suffît pour les dédommager de leur échec. Riquier, devenu prêtre et religieux, se mit lui-même à prêcher les populations qui avaient si mal reçu ses hôtes irlandais. Il réussit au delà de toute attente, et se fit écouter non-seulement des pauvres dont il consolait les misères, mais aussi des riches et des puissants dont il réprimait énergiquement les excès. Les plus nobles seigneurs de la contrée lui étaient favorables, y compris même

et qui forme un boulevard couvert d'herbe, nommé le Chemin Vert. La tradition prétend que c'était la promenade habituelle de l'abbé Valéry, et que ce fut sons la pression de ses pas que le chemin se fraya. Lefils, Histoire de Saint-Valery et du comté de Vimeii. Abbeville, 1858, p. 6. — Saint-Yalery-en-Caux, aujourd'hui chef-lieu de canton de la Seine-Inférieure, doit son origine à la translation des reliques du saint fondateur de Leuconaiis par Richard Cœur de Lion, en 1197.

les gardiens des forêts royales, dont les collègues montraient tant d'hostilité aux apôtres monastiques des bords de la Seine\ Les succès de son éloquence étaient aussi des triomphes pour la charité : on lui apportait en masse des aumônes qu'il consacrait à racheter des captifs, à soulager les lépreux et autres malheureux atteints de maladies contagieuses et dégoûtantes. Après avoir étendu jusque dans l'île de Bretagne ses courses apostoliques, il revint fonfondateur dcr daus SCS domaiucs, à Centule, au nord de la

Centule. Sommc, uu mouastèrc qui devait plus tard prendre C25-645. son propre nom et devenir un des plus considérables de l'époque carlovingienne. Sur ces entrefaites, Dagobert, qui venait de succéder à son père Clotaire II en Neustrie, vint le visiter dans sa retraite, et l'invita à venir prendre place à sa table, parmi ces convives du roi qui constituaient, comme on sait, la plus haute aristocratie chez les Francs. Riquier accepta sans difficulté : il profitait de ces occasions pour dire au roi la même vérité qu'il avait su si bien faire accueillir par les autres sesreiaiioiis Fraucs. Il Ic reprenait avec une autorité et une

avec

Dagobert. liberté toute sacerdotale, l'exhortait à ne pas s'enorgueillir de sa puissance et de ses richesses, à repousser les adulations de ses courtisans, et lui demandait comment il pensait faire au jourdu jugement, pour répondre de tant de milliers d'hommes qui lui étaient confiés, lui qui aurait déjà tant de

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