Justin I", en
tienne par une persécution plus impitoyable et plus raffinée dans sa cruauté que celle des empereurs romains. En un mot, toutes les contrées où les premiers disciples de Jésus-Christ avait porté la foi étaient tombées en proie à la barbarie , et le plus souvent à une barbarie que l'hérésie arienne exploitait au profit de sa haine contre l'Église. Le monde était à reconquérir une seconde fois.
Partout les âmes chrétiennes voyaient avec terreur se réaliser de nouveau les formidables prophéties de l'ancienne loi contre la race prévaricatrice, (c Yoici que je susciterai une race cruelle et rapide, qui parcourra toute la largeur de la terre, afin d'usurper ce qui ne lui appartient pas. Elle sera horrible et terrible. Ses chevaux courront plus vite que les léopards et que les loups qui sortent à la nuit ; ses cavaliers inonderont tout. Ils voleront comme l'aigle vers leur proie. Tous viendront à la curée. Ils apparaîtront comme un vent brûlant. Ils feront des captifs aussi nombreux que les grains de sable du désert. Par eux. Dieu triomphera des rois; les tyrans seront ses bouffons ; il se rira de leurs remparts; il enfoncera la porte de leurs citadelles, et les prendra d'assaut \ »
1. Residuum erucœ comedit locusta, et residimm locustpe comedit Iruchus, et residuum bruchi comedit rubigo. Joël, i.
Ecce ego suscitabo Chaldfeos, gentem amaram el velocem, ambiilantem super latitudinem terrœ, ut possideat tabernacula non sua. llorribilis et terribilis est... Leviores pardis equi ejns, et velociores
Au milieu de ces ténèbres et de cette désolation universelle, l'histoire iï\e son regard sur ces sommets qui, au centre de l'Italie et aux portes de Rome, se détachent de la chaîne des Apennins et s'étendent de l'ancien pays des Sabins à celui des Samnites. Un solitaire va y créer le foyer d'une vertu surnaturelle et les illuminer d'une splendeur qui rayonnera pendant dix siècles sur l'Europe régénérée \ A cinquante milles au sud-est de Rome, dans ce massif de montagnes où l'Anio creuse la gorge profonde qui sépare la Sabine du pays autrefois habité par les Èques et les Herniques, le voyageur, en remontant le cours de cette rivière, arrive à une sorte de bassin qui s'élargit entre deux énormes parois de rochers et d'où une onde fraîche et transparente^ tombe de chute en chute jusqu'à un lieu nommé Subiaco. Ce site grandiose et pittoresque avait attiré l'attention de Néron. Il y fit retenir les eaux de
lupis vespertinis, et diffundentur équités ejus... volabunt quasi aquila ad comedendum. Omnes ad prœdam venient : faciès eorum ventus urens : et congregabit quasi arenam, captivitatem. Et ipse de regibus triuinphabit, et tyranni ridiculi ejus erunt : ipse super munitionem ridebit; et comportabit aggerem, et capiet eum. Habacuc, c. i.
i.Tout ce que nous savons sur la vie de saint Benoît nous vient de la source la plus authentique, du pape saint Grégoire le Grand. Il a consacré le livre ii de ses Dialogues à raconter la vie de saint Benoît, telle qu'il l'avait recueillie de la bouche de quatre disciples du saint patriarche : Constantin, Honorât, Yaleniinien et Simplicius, dont les deux premiers lui avaient succédé comme abbés au Moiit-Cassin et à Subiaco.
'2. Frigidas atque perspicuas émanât aquas. S. Grrg., Dial., 1. ii, c. 1.
Position de Subiaco.
l'Anio par des digues et construire, au-dessous de ces lacs artificiels, des bains avec une villa délicieuse qui tira de sa position le nom de Sîihlaqueum, et dont on voit encore les restes informes. Il y résida quelquefois. Un jour, au milieu d'une fêle, la coupe qu'il portait à ses lèvres fut frappée de la foudre^, et ce présage avait rempli d'une terreur inaccoutumée l'ame du misérable. Le ciel avait marqué ce lieu à la fois du sceau de ses vengeances Le jeune Benoît ct dc SCS miséricordcs. Quatrc siècles après Néron, - ct lorsque la solitude et le silence eurent remplacé
depuis longtemps les orgies impériales % ce fut là qu'un jeune patricien, fuyant les délices et les dangers de Rome, alla chcrcber un refuge et la solitude avec Dieu. On l'avait baptisé sous le nom de Benedictiis^ c'est-à-dire bien dit ou béni, dont nous avons fait Benoît. Il sortait de cette illustre maison des Anicius, qui avait déjà donné tant de ses enfants à la vie monastique\ Il était, par sa mère, le dernier rejeton des seigneurs de Nursie, ville de la Sabine, où il naquit, comme on l'a dit, en 480. 11 avait à peine quatorze ans quand il résolut de renon-