‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 39 sur 174 · DomPitra, Histoire de saint Léger, Introduction · texte numérisé non relu

DomPitra, Histoire de saint Léger, Introduction

sur le titre d'unii

\n SAINT GRÉGOIllR LE GRAND.

conHit mainlenir le droit et la dignité du Saint-Siège, tout

avec , .

le patriarche OU ménageant avec des précautions extraordinaires constantinopio l'arrogance de la cour byzantine, nous ne signalemr/. rons ici que celui qui éclata entre lui et le patriarche de Gonstantinople , Jean, surnommé le Jeûneur. Fort de l'appui de la plupart des évoques d'Orient, fidèle aux prétentions orgueilleuses qui, depuis deux siècles déjà, animaient les évêques de la résidence impériale, et préludant ainsi à l'ambition désastreuse de ses successeurs, ce moine, qui avait commencé par faire mine de refuser Tépiscopat, prenait dans ses actes le titre de patriarche œcuménique ou universel. Grégoire s'éleva avec autant de vigueur que d'autorité contre cette étrange prétention. Il ne recula pas devant l'empereur qui prenait ouvertement parti pour l'évêque de la nouvelle capitale de l'empire, et bien qu'abandonné dans la lutte par les autres patriarches d'Antioche et d'Alexandrie, que l'usurpation de celui de Constantinople devait également blesser, Grégoire persévéra, pendant toute la durée de son pontificat \

4. La contestation se renouvela sous Phocas. Ni l'empereur, ni le patriarche ne voulurent céder. Si Grégoire ne remporta pas la victoire, il prépara du moins celle de son successeur Boniface III, sous lequel l'empereur Phocas interdit au patriarclie l'usage du titre contesté ; mais dès le règne suivant, sous Héraclius, il fut repris par le patriarche Serge. En revanche, les papes reprirent alors le droit de confirmer les patriarches de Constantinople, droit dont ceux-ci s'étaient émancipés depuis un siècle, et que Photius ne parvint à renverser que trois siècles plus tard. Baronius, Annal, ad 606. Lau, p. 165.

dans sa résistance à celte prétention misérable où il voyait moins encore un attentat à l'unité et à l'autorité de l'Église universelle qu'un excès d'orgueil chez les uns et d'adulation chez les autres, qui répugnait à son âme humble et généreuse ^

c( Quoi ! » écrivait-il à l'empereur, a saint Pierre, qui a reçu les clefs du ciel, le pouvoir de lier et de délier, la charge et la primauté de toute l'Église, n'a pas été appelé apôtre universel , et voici que mon pieux confrère Jean voudrait se faire nommer évêque universel. Il faut bien m'écrier : 0 temps ! ô moeurs ! Toute l'Europe est à la discrétion des Barbares. Les villes sont renversées, les châteaux en ruines, les provinces dépeuplées, la terre n'a plus de bras qui la cultivent; les idolâtres sévissent sur les fidèles jusqu'à la mort. Et des prêtres qui devraient se prosterner sur le parvis dans les larmes et la cendre cherchent à se faire des titres de vanité ! Il avait soin d'expliquer à l'empereur qu'il ne défendait pas sa cause particulière, mais celle de toute l'Église scandalisée par cette prétention inouïe. » Il lui rappelait que Nestorius et Macédonius , tous deux patriarches de Gonstantinople, avaient été tous deux hérétiques et hérésiarques. 11 ajoutait : « Pour moi, je suis le serviteur de tous les prêtres autant qu'ils vivent sacerdotalement: mais, si quelqu'un élève la tête contre Dieu et contre

1. Quousque pestem universalis nominis ab ipsis etiam subdolis adulatoruin labiis penitus abstulisset. Joan. Diac, VU., m, c. 59.

12i SAINT GREGOIRE LE GRAND.

les lois de nos pères, j'ai confiance qu'il ne me fera

pas courber la mienne même avec le glaive ^ »

Grégoire était d'autant plus hardi à combattre la dangereuse vanité du patriarche byzantin, que luimême avait déployé en toute occasion une humilité sincère et pratique. Sa vaste correspondance et tous les actes de sa vie en fournissent mille preuves touchantes. Il avait imprimé le sceau de cette humilité à la papauté même, en prenant, le premier parmi les papes, dans l'intitulé de ses actes officiels, ce Noble humilité heau uom de Serviteur des serviteurs de Dieu, qui

de Grégoire ^

serviteur est dcvcnu Ic titre distinctif de ses successeurs. 11

des serviteurs

de Dieu. avait exprcssémeut refusé ce même titre d'évêque ou de pape universel que lui avait donné le patriarche d'Alexandrie. Sa magnanime humilité se peint tout entière dans ces nobles paroles de sa lettre a ce patriarche : a Je cherche à grandir en vertu et non en paroles. Je ne tiens pas à honneur ce qui déshonore mes frères. Ce qui m'honore, c'est l'honneur de l'Eglise universelle. Ce qui m'honore, c'est la force et la grandeur de mes frères dans l'épiscopat. Je ne me sens vraiment honoré que lorsque je vois qu'on ne refuse à personne l'iion-

1. Et vir sanctissimus consaccrdos meus Joanncs... ExcUimarc coinpellor ac dicere : 0 temporal o mores ! Ecce cuncta iii Europœ partibus... Et tamen saccrdotcs qui in pavimento etcinere fientes jacere debuerunt... Numquid ego bac in re... proprium causam defendo... Egocunctorum sacerdolum scrvus sum... Nam qui contra Dominum... suamcervicem erigit,... confido quia mcam sibi uec cum gladiisflcc- \ct.Epist., V, 20.

neur qui lui est dû... Arrière les mois qui enflent la vanité et blessent la charité î... Le saint concile de Chalcédoine et d'autres pères ont offert ce titre à mes prédécesseurs, mais jamais aucun d'eux n'en a voulu user, atin de garder leur propre honneur auprès de Dieu, en cherchant ici-bas l'honneur de tout le sacerdoce \ »

Ce différend considérable, un autre dont nous coiinu

11 1 1 I -i • • p • 11 1 ^^^*^ l'empereur

allons parler sur la prohibition laite aux soldats de Maurice. se faire moines, et surtout celui qui éclata entre le pape et l'empereur au sujet de l'élection irrégulière du métropolitain de Salon e, contribuèrent à rendre à peu près permanente la mésintelligence qui régnait entre eux. Cet Orient qui allait si prochainement devenir la proie de l'Islam s'obstinait à méconnaître sa meilleure chance de salut, en s'aliénant les peuples et les Eglises de l'Occident, en énervant par son despotisme minutieux et vexatoire la vie chrétienne, qui avait germé si brillante et si féconde dans son sein. Il fallait à Grégoire une vigilance de tous les instants pour empêcher l'immense armée de fonctionnaires laïques, depuis l'empereur jusqu'au moindre agent du fisc, d'empiéter sur les

1. Ego non verbis qurero prosperari, sed moribus ; nec honorem meum esse deputo in que fratres meos honorem suum perdere cognosco. Meus namque honor est honor universalis Ecclesix. Meus honor est fratrum raeorura solidus vigor. Tum ergo vere honoratus sum, cum singulis quibusque honor débitas non negatur... Recédant verba qua3 vanitatem inflaut, caritateni vulnerant.,. Epist., vin, c. 50.

droits et les libertés de l'Eglise, et surtout de relâcher ou de contester les liens de la subordination des Eglises particulières envers le Saint-Siège. 11 lui fallait en outre concilier cette résistance permanente et universelle avec la soumission qu'il professait et qu'il pratiquait de son mieux envers l'Empire dans l'ordre temporel. Tout en réclamant pour l'Eglise une liberté et une souveraineté à peu près absolues dans l'ordre spirituel, il n'hésitait pas à se déclarer lui-même l'humble sujet de César. De là un singulier mélange, dans sa correspondance avec les Césars, de résolution inébranlable et de protestations obséquieuses. Du reste, il avait beau parler toujours et agir souvent en sujet docile des successeurs d'Auguste et de Constantin, ceux-ci reconnaissaient bien qu'il y avait autre chose dans cet évêque qui était à la fois le successeur direct de saint Pierre, le patriarche de tout l'Occident, le plus grand propriétaire de l'Italie, et qui avait pu déjà se poser en médiateur entre les Barbares et l'Empire.

Protestation Ou rctrouvc cc mélange d'extrême humilité et rédTreiatif d'éncrgiquc résistance dans un autre conflit où la moinersortis prédilection constante et naturelle de Grégoire pour l'état militaire, les droits ct Ics intérêts de la vie religieuse l'avait engagé dès les premiers temps de son pontificat. L'empereur Maurice avait rendu un édit qui interdisait aux fonctionnaires publics comme aux soldais d'entrer dans le clergé ou dans un monastère. Gré-

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goiro approuva la première disposition de celle loi, celle qui interdisait l'accès des offices ecclésiastiques aux fonctionnaires publics : « car, » disait-il, « ces gens-là veulent plulôl changer d'emploi que quitter le siècle ^ » Mais, resté toujours moine par le cœur, il protesta contre la mesure relative à la vie monastique, dans une lettre dont l'éloquence et l'habilelé sont célèbres et qui ne saurait être omise ici. 11 commence par établir qu'il ne parle pas comme pape, mais comme particulier, ami et obligé de l'empereur, ce qui peut expliquer le caractère obséquieux de certains passages : mais bientôt il s'élève à toute la hauteur du pouvoir spirituel et de la liberté des âmes.

« Celui-là est responsable enversDieu qui manque de sincérité aux sérénissimes empereurs^ en ce qu'il dit et en ce qu'il fait. Pour moi, indigne serviteur de Maurice. votre piété, je ne prends la parole ni comme évêque, ni comme sujet, mais du droit que je trouve dans mon cœur ^. Car, sérénissime seigneur, vous fûtes le mien avant que d'être celui de tous... Cette constitution, je l'avouerai à mes mmtres^ m'a rempli de frayeur, car elle ferme le chemin du ciel à un grand nombre... Il en est beaucoup qui peuvent mener

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