Epist., VI
On dirait qu'il signe d'avance l'abolition de l'esclavage dans ce préambule d'un acte d'affranchissement : « Puisque le Rédempteur et le Créateur du « monde a voulu s'incarner dans l'humanité afin c( de rompre par la grâce de la liberté la chaîne de a notre servitude et de nous restituer à notre c( liberté primitive, c'est bien et sainement agir « que de rendre le bienfait de la liberté originelle c( aux hommes que la nature a faits libres, et que « le droit des gens a courbés sous le joug de la «servitude. C'est pourquoi vous, Montanus et (( Thomas, serviteurs de la sainte Eglise romaine, « que nous aussi nous servons avec l'aide de Dieu, c( nous vous faisons libres à partir de ce jour et « citoyens romains, et nous vous relâchons tout « votre pécule ^ » Jusque dans ses expositions théologiques, dans ses commentaires sur Job, cette image de la servitude le poursuivait encore : (( Ici-bas, » dit-il, « le pécheur pénitent est comme l'esclave qui a fui son maître, mais qui n'est pas encore libre : il a déserté son péché par la contrition ; mais il lui faut encore craindre le châtiment. Il ne sera vraiment affranchi, vraiment libre, que dans le ciel, où il ne pourra plus douter de son pardon, où il perdra jusqu'au souvenir de sa faute.
1. Dirupto quo tenebamur capti vinculo servitutis... salubriter agitur, si liomines, quos ab initio natura liberos protulit, et jus gentium jugo substituitservitutis, in eaquanati fuerant manumittentis libertate reddantur. Epist., vi, 12.
et OÙ il goûtera la sécurité et la joie delà liberté^
En attendant que cette terrible tache de l'esclavage pût s'effacer entièrement sous la plénitude de la lumière du christianisme, Grégoire prescrivit que tout esclave païen ou juif qui voudrait se faire chrétien fût racheté aux frais de l'Eglise : il ne voulait surtout pas souffrir qne les chrétions restassent esclaves des juifs. Quand il ne parvenait pas à les affranchir par les voies légales, il les faisait racheter avec les fonds du trésor ecclésiastique'. Et cependant il repoussait énergique ment les mesures de rigueur et les violences populaires dont les juifs étaient déjà victimes au sein de et les juifs, la chrétienté naissante. Sa conduite et ses préceptes à ce sujet forment le contraste le plus frappant avec les odieux traitements que la fougue intolérante des nouveaux chrétiens infligeait dès lors aux enfants d'Israël en Gaule et en Espagne". Il interdit sévèrement aux évêques d'Arles et de Marseille de les baptiser de force. Il obligea les évoques de Terracine, de Palerme et de Cagliari à leur restituer les synagogues dont ils avaient été
1. Servus ergo hic jam fugit dominum, sed liber non est .. Ibi ergo... ubi jam... de ejus indulgenlia liber exsultet. Moral., i, iv, c. 56.
2. Si quos christianorum pro longitudine itineris per provincias ab HebrîEorum servitio per legalem violent iam libéra re non poterat, suis pretiis redimendos esse censebat... Joan. Dial., iv, 44. Cf. 4G.
3. Chilpéric, roi de Neustrie, les fit baptiser de force en 582. Sigcbert, roi des Visigotlis, lit en 015 une loi pour faire bàtonner et exiler d'Espagne tout juif qui ne se laisserait pas baptiser.
expulsés. « C'est par la douceur, » écrivait-il à ces prélats, c( par la bonté, les exhortations, qu'il faut ramener à l'unité les infidèles, de peur d'éloigner par la terreur et les menaces ceux que la prédication charitable et la crainte du jugement dernier n'auront pas engagés à la foi. Il faut user d'une telle modération avec eux, qu'ils ne nous résistent pas : mais il ne faut pas les amener malgré eux, puisqu'il est écrit : Je vous offrirai un sacrifice volontaire ^ »
On peut affirmer que ce sentiment d'une intelligente et généreuse charité présida toujours à ses sa conduite
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efforts généreux pour déraciner les restes du paga- les païens nisme, ainsi que l'hérésie et le schisme, dans les contrées où son autorité l'emportait sur toute autre. Et s'il a semblé parfois y déroger par des mesures de rigueur que l'on regrette de trouver dans l'histoire d'une si belle vie, il faut reconnaître qu'il resta toujours bien en deçà de ce que semblaient autoriser les lois et les mœurs de son temps. C'est ainsi qu'on souffre de le voir autoriser des punitions corporelles contre les Barbariciens, peuplade païenne d'Afrique que les Vandales avaient reléguée dans l'île de Sardaigne% et enjoindre ailleurs soit de faire payer des redevances plus élevées aux