Epist., II
3. Quia vana et stulta superfluitas non delectat. Epist., i, 30.
4. Nobis... ne quid transmittere debeas , inhibemus. Et quoniam non delectamur xeniis... eas digne fecimus pretio venumdari, et id fraternitali tuse transmisimus singillatim. Episl., i, G6.
5. Nos enim nullum pro personali amore defeudiinus, sed auctore
son mépris pour les considérations personnelles et inférieures. Elle manifeste également le développement croissant des questions canoniques et disciplinaires, qui tendaient à remplacer, dans l'Occident surtout, les questions dogmatiques suffisamment élaborées dans les cinq conciles généraux qui s'étaient tenus jusque-là.
A ces yeux d'Argus qu'il promenait sans cesse sur le monde chrétien ^ n'échappèrent pas les vastes domaines de l'Eglise qui, sous le nom de fatri- ordre rétabu
dans
moine de l'Eglise Romaine^ s'étaient déjà formés, le patrimoine
de
non-seulement en Gaule, comme on l'a déjà vu, mais saint Pierre. en Afrique, en Corse, en Dalmatie, en Sicile, et surtout dans le midi de l'Italie. La négligence et la confusion y régnaient avant lui. Il n'omit rien pour y rétablir l'ordre et les remettre en valeur. Ses épîtres montrent qu'il ne trouvait aucun détail au-dessous de lui pour arriver à ce but, et qu'il s'appliquait surtout à y faire régner la plus exacte justice. On y reconnaît à chaque pas l'esprit du disciple de saint Benoît, du moine, appréciateur économe, attentif et équitable, des droits du travail. Dès son avènement, il écrivait à Pierre, administrateur de l'Église romaine en Sicile, une lettre qui mérite d'être inscrite au rang des plus nobles
Deo, normam justitise, postposita cujuslibet personee acceptione, custodimus, Epist., ii, 48.
1 . Velut Argus quidem lurainosissimus per fotius mundi latitudi-' nem... oçuloscircumtulerit... Joan, Duc, h, 55.
titres de la papauté : « Nous avons appris que les paysans sujets de l'Eglise sont cruellement obérés par la perception arbitraire du prix de leurs redevances de blé dans les temps d'abondance : nous voulons qu'en tout temps il leur soit tenu compte des prix courants... Nous retranchons toutes les exactions honteuses qui excèdent le prix des baux accordés aux fermiers. Et pour qu'après notre mort même nul ne puisse les charger de nouveau, faitesleur donner une investiture par écrit qui porte la somme que chacun doit payer... Nous ordonnons que tout ce qui a été injustement exigé des colons leur soit restitué, sans qu'il en reste aucun profit pour nous et nos agents, car nous ne voulons pas que les coffres de l'Eglise soient souillés par des gains sordides ^.. Faites lire aux paysans dans les métairies ce que j'ai écrit, et qu'on leur en donne copie, afin qu'ils sachent se défendre avec notre autorité contre toute violence. »
Il protège Ami dévoué de ces paysans, qui sortaient à peine
les paysans, i i n
des étreintes mortelles de la fiscalité romame pour tomber entre les mains moins habilement rapaces,
1. Quia nos sacculum Ecclesiœ ex lucris turpibus nolumus inqui nari. Epist., i, 44. — Cf. ii, 32; c'est dans cette dernière que se trouve ce passage, si souvent cité, qui indique à la fois la simplicité et la modestie du grand homme : « Vous m'avez envoyé un mauvais « cheval et cinq bons ânes : je ne puis monter le cheval parce qu'il « est mauvais, ni les ânes parce que ce sont des ânes ; si vous voulez « aider à notre entretien, envoyez-nous des choses qui nous convien- « nent. » On voit ailleurs que les domaines ecclésiastiques en Sicile nourrissaient quatre cents étalons.
mais plus brutales, des conquérants barbares, il s'appliquait surtout à faire réduire leurs redevances, à garantir la liberté de leurs mariages, la sécurité de leurs possessions, l'inviolabilité de leurs successions. Il avait placé à la tête de ses domaines, dans chaque province, non plus des séculiers, mais des ecclésiastiques imbus de son esprit, et à qui il faisait promettre devant le tombeau de saint Pierre de gérer le patrimoine de l'Eglise comme le bien des pauvres et des laboureurs. Il étendait celte sollicitude bien au delà des limites de ses propres possessions, et l'on aime à voir le chef de l'Eglise universelle se détourner de ces luttes avec les Lombards et avec Byzance pour prendre en main les intérêts de quelques obscurs cultivateurs de l'île de Sardaigne. « J'ai appris, » écrit-il à Tévêque de Gagliari, « que certains laïques, chargés de la gestion de votre patrimoine, ont commis des déprédations au détriment de vos paysans et refusent de rendre leurs comptes; sachez qu'il vous convient, après avoir examiné cette cause avec la dernière rigueur, de prononcer selon la justice entre vos paysans et ces gens , afin de leur faire rendre gorge s'il y a lieu^ »
11 était partout l'homme de la justice et de la les hommes
, , . . libres,
liberté. Ce n'était pas seulement pour les intérêts
1. In msticorimi vestrorum... deprsedationibus... deprehensi... Convenit inter eos Ecclesiseqiie vestrse rusticos causam examinari subtilius. Epist., u, 65.
156 SAIiNT GRÉGOIRE LE GRAND.
de l'Église, de ses biens ou de ses vassaux, que s'enflammait son zèle. C'était le droit et la liberté de tous qu'il prétendait défendre, par l'ascendant de son autorité spirituelle et la liberté de son langage pontifical, contre les exactions, les violences arbitraires et les cruautés des magistrats impériaux \ S'adressant au consulaire Léontius, envoyé de l'empereur Maurice , il posait ce grand principe de politique chrétienne, toujours si méconnu, mais toujours si irréfragable : « Vous devez veiller à la liberté de ceux que vous avez à juger comme à la vôtre même: et si vous voulez que vos supérieurs ne foulent pas aux pieds la vôtre, sachez honorer et garder celle de vos inférieurs ^ » Tous les opprimés, toutes les victimes de la force les esclaves OU de l'iniquité, trouvaient en lui un champion \ On le voit s'indigner du « crime atroce et inouï » qu'avait commis un vassal du diocèse de Messine, en enlevant la jeune femme de son filleul pour la vendre à un autre : ce n'est pas le coupable seulement, c'est l'évêque qui laisse impunis de tels attentats qu'il menace de la vindicte canonique*.
1. Libertatem uniuscujusque hominis contra judicum insolentias libcris Yocibus dcfendebat... cunctorum judicum cupiditates vel scelera quasi cuneo frenoque pontificii sui... restringebat. Joan. Duc, II, 47, 48.
2. Libertatem eorum... ut vestram spccialiter attendere debetis... subjectorum vestrorum bonorando liberlatem custodite. Epist , x, oi.
3. Ab adversis potestalibus prœgravatos fortissimus miles Chrisli Gregorius viriliter defendebat... Joan. Diac, iv, 21.