CHAPITRE UNIQUE L'Espagne monastique au VP siècle
Origine de l'Ordre dans l'Espagne conquise par les Visigoths ariens. — Saint Donat, saint Émilien, saint Martin de Dûmes, — Saint Léandre, moine et évoque de Scville. — École de Séville.
— Martyre d'Herménégilde ; exil de Léandre : il rencontre saint Grégoire à Constantinople ; leur tendresse mutuelle. — Conversion du roi Récarède et de la nation visigotlie, sous les auspices de Léandre; leurs relations avec Grégoire. — La famille de Léandre : sa sœur Florentine. — Son frère Isidore : action de celui-ci sur l'Ordre monastique et sur l'Espagne ; ses écrits.
— Saint Braulio. — Fornmle visigoUiique des fondations monasliques. — Ecole de Tolède : abbaye d'Agali. — Ildefonse de Tolède, moine et évoque, le plus populaire des saints de cette époque. — Conciles de Tolède : rôle des évèques: intervention des laïques ; décrets et doctrines sur la royauté. — Dureté contre les Juifs. — Le Fuero Juezgo, issu des conciles de Tolède. — Le roi Wamba fait moine malgré lui. — Propagation monastique en Lusitanic. — Saint Fructueux et sa biche. — Les plages de l'Océan habitées par les moines en attendant la conquête du Nouveau-Monde.
Pendant sa nonciature à Constantinople , vers l'an 580, Grégoire, comme on l'a vu, y rencontra un moine espagnol nommé Léandre, honoré par la double consécration de l'épiscopat et de l'exil.
L'Espagne, lors de la grande invasion de l'empire romain par les peuples germaniques, était tombée en partage aux Suèves, aux Alains, aux
i/Espagne
conquise
par
les Visigollis
ariens.
Origines
monastiques
en
Esjiagnc.
Vandales, et avait fini par échoir aux Visigoths, qui s'y étaient établis depuis deux siècles, et qui en demeurèrent seuls maîtres par la réunion du royaume des Suèves en 585. Ces Visigoths passaient pour les moins barbares d'entre les Barbares. Ils surent mieux que d'autres apprécier et respecter l'œuvre de la civilisation romaine et de la civilisation chrétienne dans ces régions d'où Sénèque et Lucain, Quintilien et Silius, avaient jeté tant d'éclat sur la décadence des lettres latines, et d'où, après tant d'illustres martyrs, les Pères du concile d'Elvire, comme le f^^rand évéque Osius, président du concile de Nicée, avaient honoré et consolé l'Église dans ses luttes suprêmes contre les persécutions impériales. Mais comme toute la race gothique, comme Théodoric et les autres successeurs d'Alaric, les Visigoths n'avaient. connu le christianisme qu'à travers l'hérésie arienne : ils en inondèrent l'Espagne. C'est de ce fléau qu'elle fut délivrée par le moine de Séville, par l'ami de Grégoire.
Du rcsle , avant l'époque de Grégoire et de Léandre, et même avant saint Benoît, l'Espagne chrétienne avait déjà appris à connaître l'Ordre monastique et à y trouver un secours précieux contre l'arianisme de ses conquérants. On n'est pas d'accord sur l'époque précise de cette introduction dans la péninsule ibérique \ Selon quelques-uns, ce
1. On peut consulter sur cette question l'ouvrage intitulé : Vindici3e antiquUatnin monasticarum Hispanix adv. Ca'iet Cennium,
fut l'Africain saint Donat qui, fuyant les Barbares avec soixante et dix moines, fut reçu dans le pays de Valence par une noble dame nommée Minicée, et fonda, avec son concours, le monastère de Servitanum, le plus ancien de l'Espagne*. Ce qui est certain, c'est que bientôt chaque province, chaque canton, eut son monastère. Les montagnes qui se ramifient des Pyrénées vers l'Ebre, en Biscaye et en Navarre, se peuplèrent d'ermites qui adoptèrent peu à peu la vie commune en se conformant généralement à la règle de saint Benoît. Elle fut pro- saim Émiiien. fessée^ par saint Emiiien, qui fut l'un des religieux 57i. les plus célèbres et les plus populaires de l'Espagne. D'abord berger dans les montagnes de la Bioja, en Aragon , il cherchait les gorges les plus sauvages {)our y mener ses troupeaux, et, tout en charmant sa solitude par les sons de sa guitare, il apprit à y
opéra D. Gabr. Mar. Scarmallii, abbat. SS. Vlor. et Liicill. Arrettii, 1752, 10-4°. Scarmaglio cite même un décret du concile de Saragosse, eu 381, qui fait déjà mention des moines. Dissert, n, c. 1, n° 5.
1. Mais, d'après les actes des conciles de 516 et de 524, on voit qu'il y avait des moines en Espagne avant le milieu du vi= siècle, époque généralement assignée à l'arrivée de saint Donat. Macill., Prœf. sxc. I Bened., n'' 23 et 72. Ann. Dened., I. m, c. 26-57. Bll- TEAu, t. I, p. 305, 317. — Selon d'autres, le plus ancien monastère de l'Espagne fut Asane, près d'iluesca, en Aragon, fondé vers 506, et dont saint Victorien lut abbé pendant soixante ans. Fortunat dit de lui, dans son épitaphe :
l'iurima per palriam monacliorum examina fundens, Floiibiis i»3ternis mellificavit apes.