Act. SS. 0. B., Prœf. in sxc. /, § 74, et \. l, p
MOINES d'OCC. h. 14
Sailli Mil de Dûmes
tilO I/ESl>A;GNEi MONASTIQUE
ouvrir son âme aux accords célestes. Il se fit ermite et vécut ainsi quarante ans ; puis il devint moine et abbé, et mourut centenaire en 574, après avoir ébranlé par ses miracles et ses austérités les deux j)euplcs, les Suèves et les Visigoths, qui se disputaient encore la domination du pays\
Les Suèves, qui occupaient tout le nord-est de l'Espagne et qui étaient fort attachés à l'arianisme, eurent à la même époque pour apôtre un moine nommé Martin, né en Hongrie comme son célèbre homonyme, saint Martin de Tours. Il introduisit la 580. règle de saint Benoît dans les contrées qui forment aujourd'hui la Galice et le Portugal septentrional. 11 fut lui-même abbé à Dûmes, aux portes de la ville métropolitaine de Braga, dont il devint évêque toul en restant abbé de son monastère\ Par ses écrite, ses vertus, son influence, il ramena la plus grande partie d(î la nation Suève h l'unité catholique, au moins pour un temps et jusqu'à la nouvelle persécution qui allait précéder la défaite suprême de l'arianisme.
Mais la victoire de l'orthodoxie ne fut définitive,
1. Voir sa vie par saiiil Braulio, évèqiie de Saragosse au vu" siècle, iip. Act. SS. 0. B., t. I, p. 197. — Minabat uvcs ad iiiteriora moiitiuin... Citliaram veheliat, ne ad gregis custodiaiu lorpor impeditamcnlnm... Ibid., p. 200. — Le uionastèrc fondé sur sa tombe, sous le nom de San-Milan de la Cogolla, devini l'un dos plus importants de l'Espagne; nous en reparlerons.
2. Dûmes fut érigé en évêché en 562 , et ce saint Martin mourut en 580. Grégoire de Tours fait mention de lui Hist.t y, 58, et De Mirac, S. Marlini, i, 11.
et la propagation de l'ordre Bénédictin ne devint un grand fait pour l'Église et l'Espagne, que sous le pontificat de saint Grégoire et par l'influence prépondérante d'une illustre et sainte famille dont le moine-évêque Léandre fut la première gloire
Né dans cette Andalousie où les Vandales n'avaient heureusement laissé que leur nom, Léandre saini Léandre,
,. , , 111 ' moine et évèqiie
était iils d un duc de race probablement greco- de séviue. romaine^, mais dont la fille aînée épousa le roi des Visigolhs, Leovigilde. 11 embrassa de bonne heure la vie monastique et y puisa l'esprit de dévouement et de discipline qui devait lui valoir l'honneur d'exercer une influence prépondéranle sur l'avenir de son pays. Il fut moine à Se ville même, qui avait été jusqu'alors la capitale des rois visigoths, et dont il devint évèque métropolitain en 579'. Dans cette ville qui passait pour la ville sainte, la Jérusalem du midi de l'Espagne, il créa, à l'ombre de sa métro pôle, une école destinée à propager en même temps que la foi orthodoxe l'étude de toutes les sciences et de tous les arts ^. 11 présidait lui-même aux exer-
1. C'est CG qu'il faut supposer d'après son nom, Sevcrianus, et celui de tous ses enfants : L L-andre, Isidore, Fulgencc, Tliéodora, Florentine. Les empereurs byzantins avaient encore quehiucs posses" sijns en Espagne.
2. Il le fut aussi pendant quelque temps à Saint-Claude de Léon dans le nord de l'Espagne, \epes, cent. u. Cf. Act. SS. 0. D., t. I, p. 5?2.
5. M. l'abbé Bourrct a publié en 1855 une thèse rcmanpialde intitulée : l'École chrélienne de Séville sous la monarchie des Visigoths.
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Persécution
des catholiques
sous
Leovigilde.
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cices des maitrcs savants et des nombreux élèves qu'il sut y attirer. Parmi ces élèves figuraient les deux fils du roi, ses neveux, llerménegilde et Récarède. Il réussit à faire abdiquer l'arianisme à l'aîné des deux, et cet exemple fut suivi par beaucoup d'autres. ïïerménegilde fut confirmé dans la foi de Nicée par sa femme, Ingonde, princesse franque de la race orthodoxe de Clovis, fille du roi Sigebert et de la célèbre Brunehaut, qui était ellemême fille d'un roi des Yisigoths. La jeune Ingonde sut résister héroïquement aux violences brutales que sa belle-mère employa contre elle pour lui faire embrasser l'arianisme, et donna ainsi à son mari l'exemple de la constance qui devait le conduire au martyre.
Leovigilde, en transférant de Séville à Tolède la capitale du royaume des Yisigoths, avait associé son fils aîné à la royauté et lui avait assigné Séville pour résidence. Mais bientôt la persécution éclata, et avec elle la guerre civile. Leovigilde ne recula devant aucun moyen pour faire prévaloir l'hérésie: il gagna même quelques évêques et condamna à la prison ou à l'exil ceux qui, comme Léandre, tinrent tête à ses violences. Il fit vers le même temps la conquête du royaume des Suèves, qui venait à peine de rentrer dans l'orthodoxie, et y porta la persécution avec toutes ses fureurs. Le saint abbé Yincent l'ut immolé avec douze de ses religieux, devant la porte de son monastère à Léon, pour n'avoir pas
voulu renier la divinité du Fils de Dieu, formulée par le symbole de Nicée\ Le tyran ne respectait pas plus la liberté civique que la liberté de conscience, pas plus la noblesse visigothe que les peuples conquis : il atteignait par la confiscation, par l'exil ou par les supplices , tous les personnages considérables de son royaume ^ Léandre, en décrivant l'élat de sa patrie sous le joug du persécuteur, dit qu'on n'y voyait plus un homme vraiment libre, et que par un juste jugement de Dieu la terre ellemême, enlevée à ses légitimes propriétaires, ne retrouvait plus son ancienne fécondité^. Le père dénaturé finit par assiéger son fils dans Séville : le Martyre
. . , . d'Herménegilde.
jeune roi, fait prisonnier après un longue resis- -
tance, et mis en demeure de communier des mains d'un évêque arien, préféra mourir et fut égorgé dans sa prison, le samedi saint de l'an 585.
1. Yepes attribue ce martyre à un roi des Suèves et à l'année 554 ; mais l\Iabillon, d'accord avec Baronius, en fixe la date en 584 et sous le règne de Leovigilde. Cf. Act. SS. 0. B., t. I, p. 287, et Ann. Bened., 1. VII, c. 27.
2. Exstitit et quibusdam suorum perniciosus. Nam vi cupiditatis et livoris, quoscumque potentes ac nobiles vidit, aut capite damnavit, aut opibus ablatis proscripsit. S. Isidori Chronic, era G08. — Le saint historien ajoute qu'il l'ut le premier entre les rois visigoths qui affecta de s'asseoir sur un trône et de se couvrir d'un manteau royal. — Nam ante eura et habitus et consessus omnis ut genti, ita et regibus erat. IMd.
5. Ego expertus loquor, sic perdidisset statum et speciem illam patriam, ut nec liber quisquam circa supersit, nec terra ipsa solita sit ubertate fecunda, et non sine Dei judicio. Terra enim cui cives erepti sunt et concessa extraneo, mox ut dignitatem perdidit, caruit et fecunditate. S. Lexsdm De Instit. Virgin., cap. ult.
Les monastères, qui existaient déjà en Espagne, eurent naturellement beaucoup à souffrir de cette guerre. Il y en avait un, dédie à saint Marlin et situé entre Sagonteet Carlliagène, dont les moines, à rapproche de l'armée royale, abandonnèrent leur vieil abbé et prirent la fuite pour aller se cacher Lo monastère daus uuc îlc de la mer. Les Goths arrivent, mettent
de
Saint-Martin à sac Ic mouastèrc resté sans défense, et où ils ne trouventque l'abbé resté seul, tout courbé par l'âge, mais maintenu debout par la, vertu., nous dit Grégoire de Tours à qui l'on doit ce récit. Un d'eux tire son épée pour lui couper la tête, mais au moment de frapper, il tombe à la renverse et meurt. A cette vue, les autres s'enfuient. Leovigilde luimême, informé du fait, en fut touché, et ordonna la restitution de tout ce qui avait été enlevé au monastère ainsi préservé par le courage et la sainteté du vieil abbé\
Ce fut pendant celte lutte entre le père et le fils,
Léandre, qui dura plusieurs années, et avant d'être lui-même
àconsianti'nopip, cxîlé, quc Léaudrc fut envoyé par Herménegilde à
V rencontre . , , , , i i?
saint Grégoire. Constanlmople, pour y réclamer le secours de 1 empereur byzantin qui avait encore conservé quelques possessions, avec leurs garnisons, en Espagne. Ce fut là que le moine évêque, envoyé d'un prince martyr de l'orthodoxie, fit la rencontre de cet autre
\. Cum exercitus... iit assolet, gi'avitor loca sancta conciitero* .. Abbatera senio incurvatiim. sed sanctitate erectum.,, Gbfg Tur., De glor. confess., c. 12.
moine, réservé aux plus hautes destinées, et qu'il se forma entre Grégoire et Léandre une de ces Leur tendres et fortes amitiés dont on aime à trouver dans la vie des saints tant d'exemples. Les instances fraternelles de Léandre imposèrent au saint docteur le plus vaste de ses travaux, le Commentaire sur Tob, que l'on appelle aussi les Morales de saint Grégoire. La tendresse intime et persévérante qui unit ces deux grands hommes, et qui se prolongea à travers les infirmités précoces dont ils furent tous deux victimes \ éclate à divers endroits de la correspondance de Grégoire, et lui dicte de ces accents qui conservent à travers les siècles l'immortel parfum du véritable amour. « Absent par le corps, » écrivait le pape à son ami, « vous êtes toujours présent à mes regards, car je porte gravés au fond de mon cœur les traits de votre visage.,. Vous saurez lire dans votre propre cœur quelle soif ardente j'ai de vous voir, car vous m'aimez assez pour cela. Quelle cruelle distance nous sépare! Je vous envoie mes livres. Lisez-les avec soin, et puis pleurez mes péchés, puisque j'ai l'air de si bien savoir ce que je fais si mal. Ma lettre est bien cour(e: elle vous fera voir à quel point je suis écrasé par les procès et les orages de mon Église, puisque j'écris si peu à celui que j'aime le plus au monde \ >^ Et
1. Depodagrpc veromolestia Sanctitas Vestra... affligetiir, cujus dolore assiduo et ipse vehementer attritus sum. S. Greg., Epist.y ix, 121
2. Quem abseiitem corpore, prœsentem milii te semper intiioor
plus tard: « J'ai reçu votre lettre écrite avec la plume de la charité. C'est dans votre cœur que vous avez trempé votre plume. Les gens sages et honnêtes qui l'ont entendu lire en ont été sur l'heure émus jusqu'au fond de leurs entrailles. Chacun s'est mis à vous tendre la main de l'amour ; on semblait non pas seulement vous entendre, mais vous voir avec la douceur de voire âme. Tous se sentaient enflammés d'admiration, et cette flamme de vos auditeurs démontrait la vôtre : car on n'allume pas le feu sacré chez les autres sans en être soi-même consumé \ »
Cependant l'excès du mal annonçait sa fin, et l'Eglise allait remporter un triomphe subit et complet. Le tyran Leovigilde, le roi parricide % atteint d'une maladie mortelle, eut des remords: sur son lit de mort, il ordonna le rappel de Léandre, et le Conversion douua pour guidc à son fils et successeur Récarède,
du roi Récarèile
et en recommandant à celui-ci d'embrasser la foi ca-
(JH la nalion • i. t • • • /
visigothe. tholique. Le nouveau roi, qui avait été comme son frère l'élève de Léandre, s'empressa d'obéir. Il se fit aussitôt catholique et entreprit la conversion de son
quia vultus lui imaginem intra cordis viscera impressam porto. Epist., I, 41. Quanto ardore videre te sitiam, quia valde me diligis. in tui tabulis cordis leges... quando ci parum loquor quem magis omnibus dilig-o. Ibid., v, 49.
1. Solius charitatiscalamo scriptam. Ex corde enim lingua linxerat quod iu chartpe pagina refundebat... Nisi enim prius in se faces ardeant, alium non succendunt. Epiftt., ix, l'21.