‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 89 sur 174 · J.o traia con un garrofe. Yepes, p · texte numérisé non relu

J.o traia con un garrofe. Yepes, p

2. Loca nemorosa, argis densissima, aspera et fragosa... Capreis pellibus indutus. In cujusdam rupis gradibus... quidam arcistes.,. cum librassetictum ut dimitteretsag-ittam. Vita S. Frnctuosi. c. 4.

apprit sa mort, la douleur le saisit, ses genoux fléchirent sous lui, il se prosterna sur le pavé de l'église. On ne dit pas si ce fut pour dennander à Dieu de punir le cruel : mais celui-ci tomba bientôt malade, et fit demander à l'abbé de venir à son aide. Fructueux se vengea noblement et en chrétien : il alla guérir le meurtrier de sa biche, et lui rendit la santé de ITime avec celle du corps \

On aime à voir ces gracieuses et innocentes tendresses dans des temps si rudes comme dans ces fortes âmes, nées pour régner et pour entraîner les peuples à leur suite. L'exemple du jeune seigneur goth que l'amour de la pénitence avait poussé dans la solitude devint si contagieux, qu'il lui fallut construire bien d'autres monastères pour recueillir le chœur immense de convertis qui se pressait sur ses pas\ Le nombre en devint si grand, que le duc d'une des provinces écrivait au roi pour le prévenir que, si l'on n'y mettait quelque obstacle, le pays serait dépeuplé et qu'il ne resterait plus personne pour remplir les armées. Des familles entières se retiraient avec leurs esclaves dans des édifices con-

1. Victa bestiola... siib viri Dei amphibalum ingressa est... si \el paululum ab ea recederet, nunquam balare cessaret, quousque ad eam denuo rediret... in lectulum ad pedes ejusieciibaret... Sanctissimus vir ad monasterium regressus, sollicite requisivit quidnam causse esset cur caprea sua ei solito more tune minime occurreret... Qui mox genua sua summo ciim dolore flectens. Vita S. Fructuosi, c. 10,

2. Ut catervalim undique concurrentium ag'mina conversorum immensus tieret chorus. Ibid., c. 15.

recueillie pai' Fructueux

sacrés, où, maîtres et serviteurs, hommes et femmes, pères, mères et enfants, prenaient à la fois l'habit monastique, élisaient un abbé, et vivaient pêle-mêle à l'abri du cloître. En vain Fructueux essayait-il de lutter contre ces excès : tout ce qu'il put obtenir, c'est que les pères et les fils d'un côté, les mères et les filles de l'autre, occupassent des édifices séparés \

Car les femmes imitaient les hommes ; Fructueux reçut un jour une lettre par laquelle une jeune fille de race noble , nommée Bénédicte , La fiancée flancéc à uu gardiug^ c'est-à-dire à l'un des principaux officiers de la cour des rois visigoths, lui annonçait qu'eue s'était sauvée de la maison paternelle, qu'elle errait dans les bois non loin de son monastère, et qu'elle le suppliait d'avoir pitié d'elle comme d'une brebis qu'il fallait arracher à la dent du loup. Il l'accueillit, lui lit bâtir dans la forêt une petite cellule qui devint bientôt le centre d'une communauté de quatre-vingts religieuses où les mères venaient souvent se réunir à leurs filles pour se consacrer à Dieu. Le garding essaya en vain de récupérer sa promise : il força la supérieure du nouveau monastère de lui présenter celle qui l'avait fui : elle vint, mais refusa de le regarder, et lui resta muet en sa présence. Alors le juge royal lui

1. p. YARrN, ap. Mémoires présentés par divers savants à VAcad. des Inscriptions^ tome V, 1'"'= série, ii« part., p. 83.

dit: « Laissez-la servir le Seigneur, et tâchez de trouver une autre femme ^ »

Nous ne pouvons reproduire tous les traits merveilleux de la vie du patriarche monastique de la Lusitanie. Disons seulement que ses austérités et ses voyages sans tin ne Tem péchaient pas de cultiver les lettres, de les faire étudier par ses moines et de se livrer même à la poésie : car on a conservé des vers de lui\ On voit du reste, dans les règlements qu'il a composés pour ses diverses maisons, que celles-ci avaient de grands troupeaux de brebis pour fournir de quoi soulager les pauvres, racheter les captifs et exercer l'hospitalité. Un moine était spécialement chargé du soin des pâtres.

Quelques années avant sa mort, Fructueux fut, ii est fait bien malgré lui, élevé au siège archiépiscopal de de Braya. Braga par les suffrages unanimes du dixième con- 656. cile de Tolède. Mais il ne cessa de pratiquer la vie monastique et de construire de nouveaux monastères. Et déjà, grâce à son infatigable activité, il avait couvert la Cantabrie et la Lusitanie de communautés des deux sexes. Il avait parcouru toutes les côtes de l'Espagne depuis le cap Finistère jusqu'au cap Saint-Vincent, franchissant l'embouchure de ces fleuves qui se nommeront le Douro et

1. De pra3seiilia régis Icvavit judicem, qui inter eos examinaret jtidiciiveritateni, comiteiii Angelate... Dimitte eam Domino servire et qLUcre tibi aliam uxorem, Vita S. Fructuosi, o. 17.

2. S. FaucTUGM Cannina, ap. Fiorf.z, Espana sagrada, tome XV, p. 150.

250 ï/ESPAiiNR MONASTIQUE AU SIXIÈME SIÈCLE, le (iiiadalquivir, fouillant les promontoires, les ^i^olfes, les îles, et celle-là même où sera Cadix \ pour y chercher des asiles propres à la prière et à Les plages la soHtude. Grâcc à lui, l'extrême frontière de TOcrorêan habitées cidcut cst gardée par une ligne de garnisons moles moines, nastiques. Les grandes vagues de l'Océan, en accourant des rives de l'autre hémisphère, de la moitié du monde encore inconnue aux chrétiens, rencontrent au haut des falaises de la péninsule Ibérienne le regard et la prière des moines. Ils y attendront de pied ferme l'invasion mahomélane ; ils la traverseront et lui survivront; ils y conserveront le dépôt (le la foi et de la vertu chrétiennes, jusqu'aux temps prodigieux où, de ces plages affranchies par un infatigable héroïsme, l'Espagne et le Portugal prendront leur invincible élan pour découvrir un nouveau monde et planter la croix en Afrique, en Asie et en Amérique.

4. Cum pr?efatam Gaditanam ingressus fuisset. iiisulam... îcdilicavit sanctum ope Dei monasterinm. Valerius, c. 14. — On peut voir le détail des fondations si nombreuses de saint Fructueux dans le grand • ouvrage d'Antonio de \eies, Coronica gênerai de la Orden de San

Benito, 1600, in-folio, centuria ii, p. 175, 187, 225 et seq. Cet ouvrage, malgré ses inexactitudes, si souvent relevées par Mabillon, est inappréciable pour tout ce qui touche à l'Espagne monastique.

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