‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 96 sur 174 · AuG. Thikrry, Récits mérovingiens, t. Il, p · texte numérisé non relu

AuG. Thikrry, Récits mérovingiens, t. Il, p

4. Antrustion, homme de la foi [trust] du chef, terme traduit dans la version latine de la loi salique par celui de conviva régis.

à la violence du maître des violences non moins redoutables et souvent non moins illégitimes. c( Adieu, » disait une députation de seigneurs austrasiens au roi Contran de Bourgogne, petit-fils de Clovis; c( adieu, ô roi ! nous prenons congé de toi, c< en te rappelant que la hache qui a brisé le crâne a de tes frères est encore bonne : et bientôt c'est à c( toi qu'elle fera sauter la cervelle \ »

Par quel changement prodigieux ces barbares, à

peine baptisés, devinrent-ils le peuple chéri de

Relations l'Églisc ct la racc d'élite du monde chrétien? C'est

des Francs . r - r\y \ r

avec ce qu on verra dans la suite de ce récit. Des a pre-

l'Église. ^., ^ ^ . „ ,

sent il faut reconnaître que, par un privilège unique, ils ne furent jamais ariens. Seuls, parmi les conquérants barbares de l'empire romain, ils ne laissèrent pas leur énergie et leur simplicité devenir la proie de cette hérésie dont nul n'a encore expliqué l'inconcevable et irrésistible ascendant sur toutes les nations germaniques, et qui, vaincue chez les vieux peuples chrétiens, sut se créer au sein même 11 échappent dc Icurs vainqucurs un triomphant asile. Fermer à l'arianisme. l'accès dc la Caulc à tous Ics aulrcs barbares, et à l'intérieur assurer l'unité catholique en chassant sans persécution ouverte l'hétérodoxie, c'était rendre à la chrétienté naissante deux services souverains. Au midi delà Loire, les populations catholiques, qui ne savaient que trop comment les Barbares ariens

1. Valedicimus tibi, o rex... Sciinus solidam esse securim... celerius tuum librabit delixa cerebrum. Greg. Turox., 1. vu, c. M.

sous LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 2G9 avaient poursuivi le clergé orthodoxe en Afrique et en Espagne, soupiraient avec passion après la dominalion des Francs ^ C'est pourquoi saint Remy disait aux détracteurs de Clovis : « Il faut pardonner « beaucoup à qui s'est fait le propagateur de la foi « et le sauveur des provinces. » C'est encore ce qui explique, sans les justifier, ces formules adulatrices que prodiguent la plupart des auteurs ecclésiastiques à des princes dont la vie publique et privée était chargée de crimes atroces. A la différence des empereurs byzantins, qui faisaient à tout propos intervenir l'autorité de l'État dans les choses spirituelles, et qui se croyaient meilleurs théologiens que les évêques, ils se mêlaient peu de théologie, et sauf les cas trop nombreux où ils attentaient à la liberté des élections épiscopales au profit de leurs domestiques ou de leurs favoris , ils laissaient à Les Mérovingiens

respectent

l'Eglise une pleine indépendance dans les matières la

o t^ i. ^ ^ liberté de la fui .

de foi et de discipline. Ils se montraient aussi d'une grande munificence envers les évêques et les moines : ils ne se contentèrent pas de restituer aux églises tout ce qui leur avait été enlevé ; ils détachèrent encore des immenses possessions dont la conquête avait constitué leur domaine royal, en mêmeLemmunincenrc

envers

temps que les lots de terre érigés en bénéfices pour les monastères, leurs fidèles laïques, d'autres terrains très-vastes, mais la plupart du temps incultes, déserts ou cou-

1. Amorc dcsiderabili. Gheg. Tuuon., Hist. eccL, 1. ii, C.-25.

verts de forets inaccessibles, dont ils firent la dotalion des principaux monastères érigés pendant la période mérovingienne ^ Plus d'une fois ces grandes fermes ou villes, où les rois francs tenaient leur cour au centre d'une exploitation agricole, se transformèrent elles-mêmes en établissements religieux \

Et cependant c'étaient de pitoyables chrétiens. étrangement Tout cïi rcspcctaut la liberté de la foi catholique,

IllêlcG

à leurs vices tout cu la profcssant extérieurement, ils violaient

et l'A

à leurs crimes, saus scrupulctous scspreceptcs en même temps que les plus saintes lois de l'humanité. Après s'être prosternés devant le tombeau de quelque saint martyr ou confesseur, après s'être quelquefois signalés par un choix d'évêque irréprochable, après avoir écouté avec respect la voix d'un pontife ou d'un religieux, on les voyait, tantôt par des accès de fureur, tantôt par des cruautés de sang-froid, donner libre carrière à tous les mauvais instincts de leur nature sauvage. C'était surtout dans ces tragédies domestiques, dans ces exécutions et ces assassinats fratricides, dont Clovis donna le premier l'exemple, et qui souillent d'une tache ineffaçable l'histoii-e de ses fils et de ses petits-fils, qu'éclatait leur incroyable perversité. La polygamie et le parjure se mêlaient

l. Le fisc royal est mentionné dans le premier diplôme aiithentiquemcnt connu de Clovis, en faveur de fabbaye de Micy, près Orléans. Aiuul Bhkqiîigny, n" (i.

'J. Par #xenjple, Ébreuil, en Auvergne.

sous LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 271

dans leur vie quotidienne à une superstition semipaïenne, et en lisant leurs sanglantes biographies, que traversent à peine quelques lueurs passagères de foi et d'humilité, l'on est tenté de croire qu'en embrassant le christianisme, ils n'avaient ni abdi- (|uc un seul des vices païens, ni adopté une seule des vertus chrétiennes.

C'est contre cette barbarie des âmes, bien plus épouvantable encore que la grossièreté et la violence des mœurs, que l'Eglise va triomphalement lutter. C'est au milieu de ces désordres sanglants, de ce double courant de corruption et de férocité, que va se lever la pure et resplendissante lumière de la sainteté chrétienne. Mais le clergé séculier, luimême atteint par la démoralisation commune aux deux races, ne saurait suffire à cette tâchée II lui Les laoines faut le concours puissant et bientôt prépondérant de l'armée monastique. Elle ne lui manquera pas : l'Eglise et la France lui devront la victoire définitive de la civilisation chrétienne sur une race bien autrement difficile à réduire que les sujets dégénérés de Rome ou de Byzance. Pendant que les Francs venus du nord achèvent d'assujettir la Gaule, les Bénédictins vont l'aborder par le midi, et superposera

1. Léo (op. cit.) a très-justement remarqué que, grâce aux désordres du clergé indigène, la conversion définitive des Francs avait astreint les apôtres ecclésiastiques et monastiques de la Gaule à une tâche bien plus longue et plus rude que ne le fut la conversion de l'Angleterre ou mèine de l'Allemag-nc, où tout se fit presque d'un seul coup par un corps de missionnaires étrangers et réguliers.

viennent assurer

l'influence

civiUsatrice

de

l'É^nise,

la conquête barbare une domination pacifique et

bienfaisante. C'est la rencontre et l'entente de ces

deux forces si inégalement civilisatrices qui va

exercer l'influence souveraine sur l'avenir de notre

patrie.

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