‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 98 sur 174 · Voir plus haut, tome Ij p · texte numérisé non relu

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sous LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 275 rite du roi d'Austrasie, Théodebert, petit-fils de Clovis. Ce vicomte offrit au disciple de Benoît un de ses domaines pour y établir sa colonie, plus un de ses lîls pour en faire un religieux, et annonça l'intention de s'y consacrer lui-même à Dieu. Maur accepta, mais moyennant une donation en règle et devant témoins : a car, » dit-il au seigneur franc, « notre observance exige avant tout la paix et la « sécurité ^ » Dans le domaine que baignaient les eaux de la Loire, il fonda le monastère de Glanfeuil, ii tonde

11 9 n • 1 Glanfeuil,

qui prit plus tard son propre nom . te site, perdu premier aujourd'hui dans les vignobles de l'Anjou, mérite bénédictin

I , . , , , en Gaule.

le regard reconnaissant de tout voyageur dont la pensée ne reste pas insensible aux bienfaits qui, de cette première colonie bénédictine, ont découlé sur la France entière.

Par une touchante et légitime réminiscence des anciennes gloires monastiques, Maur consacra l'une des quatre églises ou chapelles de sa nouvelle

1. Observatio Ordinis nostri suramam deposcit quietem et securitatem... Te tradente nobis coram testibus... Scripto Testamento tradidit ai omnia et de suo jure in ejus delegavit potestalem atque dominium. Vit. S. Mauri, c. 42-43. — Il se pourrait que ce passage fût une des interpolations du ix*^ siècle, signalées par Mabillon ; toutefois nous l'avons reproduit comme un des premiers exemples des formes employées pour les donations de cette nature, si nombreuses dès le vie siècle en Gaule.

2, Saint- Maur-sur-Loire. Les reliques de Maur y restèrent jusqu'au ix« siècle; la crainte des Normands les fit alors transférer à Saint-Maur-les-Fossés, près Paris, autre monastère dont il sera souvent question.

abbaye à saint Martin, qui avait créé non loin de là, et sur les bords du fleuve, le sanctuaire encore si célèbre de Marmoutier^ et un autre à saint Se vérin, à ce moine romain qui sur les rives du Danube avait dompté la férocité des barbares tout en bénissant l'avenir d'Odoacre. Le fils chéri de saint Benoît passa quarante années à la tête de sa colonie française ; il y vit officier jusqu'à cent quarante religieux. Quand il mourut, après s'être retiré pendant deux années dans une cellule isolée, pour s'y préparer en silence à paraître devant Dieu ^, il avait déposé dans le sol de la Gaule un germe qui ne devait ni s'épuiser ni périr, et qui, après mille ans encore, devait produire sous le nom même du modeste fondateur de Glanfeuil une nouvelle efflorescence du génie monastique, destinée à devenir le synonyme de l'érudition laborieuse, et l'une des gloires les plus incontestées de la France^.

1. Voir tome I, page 234. — Pour juger de l'influence qu'exerçait encore deux siècles après son pontificat le grand saint Martin, fondateur de Marmoutier, il faut lire quatre livres de Grégoire de Tours, intitulés : De Miraculis S. Martini, dont la Société de l Histoire de France vient de publier une nouvelle édition, due aux soins de M. Bordier.

2. Biennio ante mortem siluit sejunctus ab hominibus, et solus m superni inspectoris ocuJis habitavit secum. Breviarinm monasticum.

3. On sait que la congrégation de Saint-Maur, immortalisée par les travaux de Mabillon, de Monifaucon, de Ruinart et de tant d'autres, fut définitivement organisée en 1G18. Elle naquit de l'Association formée par diverses abbayes très-anciennes pour adopter la réforme introduite, dès la fin du xvi° siècle, dans les monastères de Lorraine par dom Didier de La Cour, abbé de Saint-Vanne.

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Une certaine obscurité règne sur les premiers temps de la propagation de la règle bénédictine en Pjopagaiion Gaule, après la première fondation de saint Maur. ^^^^qI^^I'^"" Nous avons déjà signalé les progrès de la vie cénobitique, dus aux grandes écoles de Marmoutier, de Lérins et de Condat, avant l'époque de saint Benoît. Ces progrès ne se ralentirent pas après lui, puisqu'on a pu, pendant le cours du vi^ siècle seulement, compter quatre-vingts nouveaux établissements dans les vallées de la Saône et du Rhône ; quatre-vingt-quatorze des Pyrénées à la Loire ; cinquante-quatre de la Loire aux Vosges , et dix des Vosges au Rhin^ Ce fut donc comme une nouvelle et plus complète conversion de ce vaste pays. Peu à peu chaque province reçut comme apôtres de saints moines, qui le plus souvent étaient en même temps évêques, et qui fondaient à la fois des diocèses et des monastères, ceux-ci destinés à tenir lieu des séminaires modernes en servant comme de citadelles et de pépinières au clergé diocésain ^

Les conciles des Gaules s'occupaient de plus en plus souvent de la discipline monastique, sans indiquer d'ailleurs aucune congrégation spéciale. Ils se montraient tous animés de l'esprit qui avait dicté

1 . M. Mignet a relevé ces chiffres dans les Annales Bénédictines de Mabillon. Voir son beau Mémoire sur la conversion de l'Allemagne par les moines, p. 32.

2. Ut urbis esset munimentum. Vie de S. Domnole, évoque et fondateur de Saint-Vincent-du-Mans, c. 4, ap. Boliand., 16 Maii.

le fameux canon du concile général de Chalcédoine en 451 , en vertu duquel les moines étaient subordonnés aux évêques. Celui d'Agde, en 511, renouvelait la défense de fonder de nouveaux monastères sans la connaissance de l'évêque. Ceux d'Orléans (511 et surtout 533), d'Epaône (517) et d'Arles (558), assujettissaient complètement les monastères à l'autorité et à la surveillance des évêques. Les abbés ne pouvaient ni s'absenter, ni disposer d'aucune propriété de la communauté sans la permission épiscopale ; une fois par an ils devaient aller trouver leur évêque pour recevoir ses avis et au besoin ses corrections \ Le concile tenu dans la basilique de Saint-Martin à Tours, en 567, et dont le quatorzième canon invoque le témoignage de Sénèque en faveur des précautions à prendre contre la renommée d'incontinence\ prononçait dans son canon xv la peine de l'excommunication contre tout moine qui se marierait et contre tout juge qui refuserait de prononcer la dissolution d'un tel mariage. Mais par le grand nombre de règles différentes et de réformes successives, et plus encore par les récits de violences et de scandales que Grégoire de Tours nous a loyalement transmis, on voit bien tout ce

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