FIN DE LA DISSIDENCE CELTIQUE
Sherbiirne; il embrassait encore une étendue beaucoup trop vaste, puisqu'il comprenait presque tout e Sud-Ouest de l'Angleterre et jusqu'à la pointe de la Cornouaille, que les West-Saxons n'avaient point encore complètement conquise*. Aldhelm fut appelé à gouverner ce nouveau diocèse. Après sa promotion à l'épiscopat, il voulut que les religieux de ses diverses communautés -, ou, comme il disait, de ses familles, procédassent en toute liberté à l'élection d'un nouvel abbé. Mais tous se refusèrent obstinément à lui donner mais n'en un successcur. A SCS iustanccs réitérées, ils répon-
rlenieure ^ ^
pas inoins (laieut : (( Tant que tu vivras, nous voulons vivre avec, ce toi et sous toi. Mais voici ce que nous te demandons c( unanimement : c'est de nous faire garantir parles c( saintes Ecritures et le consentement des hommes «. puissants que, après ta mort, ni roi, ni évêque, ni c( qui que ce soit, ecclésiastique ou laïque, ne puisse c( exercer sur nous une autorité que nous n'aurons « pas acceptée". » Aldbelm obtint de son cousin le roi
1 . Le siège de l'ancien diocèse resta fixé à Winchester. Celui de Sher- Lurne fut peu après transféré à Sarum ou Salisbury. Il comprenait les six comtés actuels de Willshire, Berkshire, Somerset, Dorset, Devonshire et Cornwall. Il fut plus tard subdivisé, et on y découpa les deux diocèses de Bath et d'Exeter.
2. Il y en avait trois : Malmsbury, Frome et Bradford ; ces deux dernières étaient des colonies de la première.
5. Abbatem quem sibi spontanea voce familiarum mcarum optio. consona voce elegisset... Ut nuUus post obitum tuum nec regalis audacitas, nec pontilicalis auctoritas, vel aliquid ecclesiasticœ seu secularis dignitatis vir, sine nostro voluntatis arbitrio, in nobis sibi vindicet principatum, Epist. AhUielmi de Ubertole proprix eJectionis. ap. CriLi.. Mauiesu., Boi.land., et Gii.es, p. 550.
FliN DE LA DISSIDENCE CELTIOUE ih
Iria, de son collègue l'cvcque de Winchester et de lonl le cierge du Wessex assemblé en synode, la reconnaissance de la liberté perpétuelle du monastère qu'il continuait à gouverner. Puis il alla se faire sacrer à Cantorbéry, par son ancien camarade d'études, l'archevêque Brithwald, le successeur du grand Théodore.
A. ce voyage du sacre se rattache un trait curieux. Étant à Cantorbéry, il apprit que des navires venant de France, du pays des Morins, avaient touché à Douvres : il y alla aussitôt, espérant trouver dans leur cargaison des livres ou autres objets utiles à son église. 11 découvrit en effet, parmi les marchandises étalées sur le rivage, beaucoup de livres, et parmi ces livres un volume surtout dont il demanda le prix après l'avoir longtemps feuilleté. Les matelots, le voyant pauvrement vêtu, se moquèrent de lui et l'écartèrent avec force injures. Bientôt la tempête éclate et met en danger le navire à l'ancre : Aldhelm se jette dans une barque pour secourir l'équipage (comme les généreux marins des Life-boaU d'aujourd'hui) . Par sa prière il apaise les Ilots et sauve la vie des matelots. Ceux-ci, confus et touchés, lui donnent pour rien le livre qu'il avait désiré : c'était une Bible complète, l'Ancien et le Nouveau Testament, qu'il emporta précieusement avec lui àMalmsbury\ Cette
1. SiKitiabatur saiictus juxta marc, iiitenlos({ue oculos uiercimoniis infigebat, si quid forte commoduin ecclesiastico usai attidisseiit nautœ qui e Gallico siiiu in Angliani provccti libroruiu copiaiii ap-
Mort d'Aldhelm
25 mai
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anecdote n'est pas sans intérêt pour l'histoire du commerce matériel et intellectuel en Angleterre; elle montre d'ailleurs que, bien loin de proscrire l'étude de la-Bible, comme les Anglais modernes le lui reprochent si aveuglément, l'Eglise, dès les temps les plus primitifs, ne négligeait aucune occasion d'en propager la connaissance.
L'épiscopat d'Aldhelm ne dura que quatre ans, il les passa à parcourir son vaste diocèse et à y prêcher 7Ô:»r jour et nuit. Il mourut en la même année que son maître, le fameux abbé africain, Adrien de Cantorbéry, et que son illustre contemporain Wilfrid d'York , La mort le surprit, comme le saint apôtre delaNorthumbrie\ pendant une de ses courses apostoliques, et dans un village ^ Il voulut rendre le dernier soupir
portassent. Conspicatus librum totius Testamenti Yeteris et Novi seriem coiitinentem... Cum gnarus folia volveret, pretium effringeret, barbari eum nautica lascivia coiiviciis aggrediuntur... Mox ipse in scaplia ascensa virtute remigum périclitantes adisset, mutata in bonum. GuiLL, Malmesb., p. 20. Cf. Bolland., loco cit., p. 8. — Cette Bible existait encore à Malrasbury du temps de l'historien, par conséquent plus de quatre cents ans après la mort d'Aldhelm.