‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 2 sur 110 · Voir au luiuc 111. iiai;e · texte numérisé non relu

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IMN l>K LA IlISSIDKNCK C K I.T I Ol' K.

Il nKMlihiil assidùiiionl les saiiilvs Kcrilnivs, cl s<' (roiivii ainsi conduit à coniprondro vi à regreUer lo bionfait de Tunilé calliolique, don! son peuple élail séparé, jusqu'à un cerlain ])oinl , ])ai' la dissidence pascale. Il l'ésolul de ramener louf son peuple à l'obsej*vance romaine, malgré la résistance opiniâtre des moines d'ïona, des fils de saint (lolumba, qui continuaient l'œuvre apostolique de leur patriarche. Poui' venir à bout de leur opposition, il résolut, par un sino^ulier retour des choses d'ici-bas, de s'adresser à celte . , '^,. ,

r* ' roi des Pic le?

Northumbrie que des missionnaires celtiques venus ., , .|lX- r'eoui i. d'ïona et imbus de l'erreur tradilionnelle de leur race? /!f . avaieni évanoéljsée, mais ciu'il savait s'être déià cou- , ^'

o ' 1 •' (les ar{,ninienh

formée aux règles de l'Église romaine. Toutefois, en '^" ''*'*""'' sollicitant le concours de l'Eglise anglo-saxonne, il ne s'adressa ni aux évêqnes qui s'étaienl partagé la dépouille de Wilfrid, ni même au grand monastère de Lindisfarne, qui avait élé si longtemps le point de jonction entre les deux races. Il alla frappera la poilt; des nouveaux sanctuaires des bords de la Wear et de la Tyne, que Benoît Biscop avait placés au premier rang (h la vénération publique ; il invoqua donc leconcoms de l'abbé Ceolfrid, qui depuis vingl ans occupait dignement la placedu saint voyageur. Il lui euvoya toule une ambassade chargée de lui demander de bons argmuenls rédigés par écrit, pour réfuter les partisans de l'observance celtique, quant à la Paque et à la lonsurc. Il le priait de lui envoyer en même tem|)S des architectes poui' lui bàlir une église en pierre à la

de luiiité l'omaiiie.

(5 FfN 1)K LA DISSIDENCE CEITIQUE.

fnron ries Romains \ promcttanî do la faire dédier en l'honnenr de saint Pierre et en outre de suivre avec fout son peuple les usages de l'Église romaine, autant que la distance et la différence du langage le permettraient \

Ceolfrid lui envoya ces architectes qui étaient assurément des moines de sa commiuiauté, et dont la mission nous donne ainsi la date exacte de l'introduction d'une architecture chrétienne en Ecosse, où jusqu'alors il n'existait que des églises en hois ou en Réponsp osier à la façon irlandaise. Il écrivit en même temps

do

ceoifiifi, au roi des Pietés une grande lettre dont Bede nous a itp l'iaton. conservé le texte. Il débute par citer, non pas l'Ecriture ou les Pères, mais Platon et le passage si connu de la Bépiihlique où il est dit que, pour le bonheur du monde, il faudrait que les rois fussent philosophes ou que les philosophes fussent rois. Dans la gloire si légitime du plus grand penseur de l'antiquité, il n'y a peut-être pas de rayon plus pur et plus précieux que cette invocation de son nom et de son autorité, plus de mille ans après sa mort, par im prélat

1. Nailon... adnioiiitus ecclesiasticaruni frequpnti meditationo scriptiirarum... Qiisesivit auxiliiim de gente Anglorum qnos jamdndum ad exemplnm S. Romaiife et Apostolicre Ecclcsipesuam religionem institnisse cog-novit... Postulans ut exliortatorias sihi litteras mitteret, qniliiis potentitis confortare posset cos qui Pasclia non siio tempore observare prrpsumerent... Sed et arcliitectos... qni juxta moreni Roinannrnm ecclef^iam do lapide in gente ip?ins faeerent. Bfof. ff/fif. ercleft., V, 21.

2. In qnantnm dnmlaxat tani longe a P.onianornni loqnela el nalione segregali nnnc ediscere potnissenf.

Fïx\ DE LA DISSIDENCE CEI/IIOUK. 7

saxon auprès (riin prince celle, issnsl'nnot l'autre de deux races lolalenneni if^norées de la Grèce et de ses grands hommes. « Mais, » ajoute Ceolfrid, « si ce séculier a eu raison de penser et de parler ainsi, en ce qui touche la philosophie de ce monde, comhien plus les citoyens de la céleste patrie exilés ici-has ne doiventils pas désirer que les puissants du siècle s'apj^liquenl à connaître les lois du Juge suprême et à les faire observer par leur exemple et par leur autorité ! Aussi regardons-nous comme une faveur céleste, conférée à l'Église, chaque fois que les maîtres du monde s'aj)pliquentà connaître, à enseigner ou à observer la vérité'. » Là-dessus il s'engage dans une discussion Ihéologique et astronomique on, passant en revue les textes du Pentaleuque et les divers cycles usités depuis Eusèbe jusqu'à Denis le Petit, il prouve que l'on doit célébrer la Pàque, comme l'Église catholique, la troisième semaine du premier mois lunaire et toujours le dimanche. Quant à la tonsure, il admet qu'elle est en soi indifférente, mais il insiste sur la tradition fabuleuse que tous les orthodoxes tenaient alors pour un article de foi, en attribuant à saint Pierre la tonsure romaine en forme de couronne, et à Simon le Magicien la tonsure irlandaise, où le devant de la tête était rasé.

1, Vere omnino dixit quidam seculariiun scriptorum... Qnod si de pliilosopliia liujns mnndi vere intelligere ot de statu liujns miindi nierilo dicore potiiit liomo Imjns mundi. qnnnto uiagis cœleslis patrite civibus... Rkoe, ihici.

s FIN f)K LA DISSIDENCK CEf/nOIK.

i.os l'id.'. (lollo li^llrede l'nl)l)énoi'|]niiiil)ri(^n, qui paraîl aux

leur roi l(M*loiirs modonies aussi lon<>iio que fastidieuse, ol)le rii cHtiq.ip. liiil un plein succès. Llle fut luepu'diquement au roi picte, en présence de tous les savants de son pays, et traduite exactement en sa langue. Dès qu'il l'eut en- (endue, il se leva du milieu des seigneurs entre lesquels il était assis, se mit à genoux et remercia Dieu d'avoir été assez heureux pour recevoir du pays des Anglais un tel présent.» Je savais bien déjà,» dit-il, « ([\m c'était la vraie manièi^e de célébrer la laïque. f< Mais j'en vois maintenant si claii-ement la raison, (( qu'il me seml)le que je n'y entendais rien du loul « auparavant. C'est pourquoi je vous prends tous à f( lémoin, vous qui siégez ici avec moi, que je « veux désormais observer ainsi la Paque avec toul (( mon peuple, et j'ordonne que tous les clercs de a mon royaume prennent aussi cette tonsure ^ » Cel ordre fut aussitôt exécuté, et des messagers du roi allèrent porter dans toutes les provinces les copies du nouveau comput pascal, avec ordre d'effacer tous les anciens. Les moines et les autres ecclésiastiques durent aussi se faire tous tonsurer à la romaine. La joie fui universelle, à ce qu'affirme Bede, au sein du peuple picte. Cependant les moines venus d'Iona, ceux de la famille de Columb-Kill, les Coltimbites comme

1. Epislola, pni'scnto ro^o -Naitono,muUi?qiu' viris doctioribus locln ac diligenter al) lus qui intelligere poluerant in linguam ejus propriani interpretata... oxsurgons de modio optiinatum sacro in consossn.. . In tantnin modo lalionem liujus teniporis observaiidi cognosco, ul )>arnni milii omnino vid^ar (!<' \\\< anioa intolloxis^so. lÎEnr, ihid.

FIN l)K LA DISSlhKNCK C KLT TOT i:. !'

\o9> appelait Ccolfrid, firent ce qu'avaienl rail leurs Los pareils a rupon et a Lindislariie einqiianle ans abandonnent

ri • \ • • 1 r 1 !• leurs colonies

auparavant. Ils aimèrent mieux quitter leurs établis- en Ecosse sements, les colonies fonrlées depuis plus d'un siècle ne paradoptei par leur patriarche et ses disciples, que de renoncer .ii romain. à leur tradition insulaire. Une seule ligne, mais aussi expressive que courte, des annales d'Irlande lémoigne de leur sort; elle est ainsi conçue : « Le roi a Neclitan expulse la famille d'Iona du pays au delà a de l'épine dorsale de la Grande-Bretagre ^ »

Le pays qu'on appelle aujourd'hui l'Ecosse élail alors partagé, comme on l'a vu, entre les Pietés au nord et à Test, les Scolsà l'ouest, les Bretons du Stralh-Clyde et les Northumbriens au midi. La <lomination des rois northuml)riens jusqu'à la catastrophe d'Egfrid, sur tout le pays au midi de la Clyde et du Torth, avait dû suffire pour y faire prévaloii* les usages romains, représentés par des hommes tels que Wilfrid et Cuthbert. La conversion de^.s Picles à l'observance pascale des Bomains, sous le roi Nf^chtan, établissait l'unité liturgique et doctrinale dans tout le nord de la Grande-Bretagne, à l'excep- I ion de l'île d'Iona et du petit royaume des Scots Balriadiens, qui restèrent probablement jusqu'à la dernière extrémité fidèles aux rits et aux traditions de leur sanctuaire national.

I. Expiilsio famill.if! le trans dorsiim Britanniim a Norlano re^e. Annales Tigernachii, ad ann. 717. — Voir plus liant, tome TIT, I. x\. pape 170. ce que signifiait le fforsum Britanniff.

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snml Cnhnnlta

Hl FIN DE LA DfSSÏDRNCE CKLTIOlîK.

El ropondanl iiîi Irès-ominent religieux irlandais, Adamiiaii, lui-même ahbé d'Ioiia et le plus illustre des sneeesseurs de saint Columba, avait depuis longtemps tenté de ramener à l'nnilé romaine cette Adainnan, communauté mère et maîtresse de toutes les Eglises

abbé , , . . . . -,

iriona de la Calcdonie et toujours si influente sur FEin-raphp olise d'Irlande. Si nos lecteurs ont gardé le souvenir de nos récits sur saint Columba, ils nous pai- (;2i-7o:.. donneront quelques détails sur celui des moines irlandais auquel la postérité est le plus redevable, puisqu'il nous a lévélé non-seulement ce grand bomme, immortel bonneur de l'Église celtique, mais aussi l'espril général et particulier, la vie inlimeet locale de toute cette Eglise. Compatriote el procbe parent de son saint prédécesseur, il était issu conune lui de la race souveraine des Nialls. Voué dés l'enfance à la vie monastique, et n'étant encore qu'écolier, il avait, d'après la légende, conquis la bienveillance d'un chef puissant, Finnachta le Feuloyenr ou le Banqueteur. En quêtant sa vie selon l'usage d'alors, pour lui et ses cinq compagnons doni chacun allait quêter en son jour, il rencontre la cavalcade du chef, veut fuir, bronche contre une pierre, lombe et casse la jarre de lait qu'il portait sur son dos et qui renfermait le produit de sa quête ^ « Ne sois pas triste, » lui dit le grand chef, « je le prolé- 67.;. gérai. » Quand Finnacbla devint monarque de loule

I RpFvr, Apprnrl. nri Prfpf . ]». xlij.

relations

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le roi AUirri.I.

FIN l)K I;V DISSfDK XCK CE LT I 01) K. 11

l'Trlando, Adamnaii fui son Anmachara^ ou œnsoillcr spirituel. Delà le rôle important qu'il joua en Irlande pendant toute sa vie. Moine à lona, sous trois abbés, il y fut lui-même élu abbé en 679, Aldfrid, le prince norlhumbrien, frère et successeur d'Egfrid, alors exilé en Irlande, s'était réfugié à lona et y était devenu l'ami et le disciple d'Adamnan. Quand, après la catastrophe d'Egfrid, l'exilé fut devenu s*^"^ roi de Northumbrie, l'abbé Adamnan alla réclamer auprès de l'ancien hôte d'Iona les captifs, hommes el femmes, que les soldats d'Egfrid avaient ramenés de leur cruelle et sanglante invasion en Irlande, l'année précédente ^ Sa mission ne fut pas tout à fiiit infructueuse : il obtint de son ami la restitution de soixante prisonniers, qu'il reconduisit lui-même en Irlande. Il revint plus d'une fois auprès du roi Aldfrid, dont le rapprochaient ses goûts littéraires. 11 lui dédia sa description des lieux saints, qu'il avait rédigée d'après les récits d'un évêque gallo-franc nommé Arculfe, qui, en revenant par mer de la Palestine, avait été jeté par les vents sur la côte d'Irlande, d'où il était allé visiter le sanctuaire alors encore si célèbre d'Iona. Grâce à la libéralité du savant roi Aldfrid, dont nous avons déjà signalé le goût prononcé pour les éludes géographiques, ce traité fut transcrit à un grand nombre d'exemplaires pour en répandre la lecture même parmi les petites gens-.

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