‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 3 sur 110 · FIN DE LA DISSIDKNCR CKIT [nUi · texte numérisé non relu

FIN DE LA DISSIDKNCR CKIT [nUi

l'e fut pondanl ces voyages que le docle el fervent al)bé' apprit à connaître les nouveanx nsages inti'odnits dans l'Église anglo-saxonne par les efforis de Wilfrid; et, bien qn'il n'y ait dans sa vie ancnne trace d'nn rapjirochement quelconque entre lui et le grand champion de l'unité romaine, il est certain qu'Adamnan se pénétra en Northumbrie de l'esprit que Wilfrid y avait fait prévaloir et qu'il en revint avec la résolution de préférer les rils de rÉgiise universelle à ceux d'un petit peuple relégué à l'extrémité du monde \ Ceolfrid fut un de ceux qui contribuèrent le plus à l'éclairer; dans sa lettre au roi des Pietés, il raconte la visite d'Adamnan à Wearmoutb el leurs conférences au sujet de la lonsure. « Mon saint frère, » disait l'abbé norlhunibrien au prélat irlandais, «vous qui prétendez à la a couronne immortelle, pourquoi en porlez-vousune

si imparfaite à votre tête? et si vous cherchez la « compagnie de saint Pierre, pourquoi portez-vous a la tonsure de celui qu'il a analhémalisé? » Adamnan répondit : a Sachez bien, très-aimé frère, que (c si je porte la tonsure de Simon le Magicien, continus, Bede, y, 15. — Bede n insère'" plusieurs extraits do cette desciijt- I ion dans son histoire, Mabillon l'a publiée en entier à la Un du tome IV (le ses Acta Sanctonim.

1. Erat vir bonus et sapiens et scientia scripturaruni nobilissime mstrurtus... abbas et sacerdos Columbiensinm egresiu>;. Ibiil . V. 10, 21.

'J. Cuni videret ritus ecclesi;e canonicos... lu eedesiis Angioruni... iMun suis paucissiniis et in extrême mnndi angulo positis .. mntains mente est. IbUÎ , c . 15.

aux isai;es ruiiKiiii

M.\ l)K LA l)|SSIIll<]\CK CEI/noUI':. 13

c( Inniicinciil à l,'i coiiliiinc do mon pays, je; n'en dc- (( lesle pas moins riiénisiesimoiiiaqnc, Jmeiix sui\iv (( de mon mieux les traces du prince des apôlies. (( — Je le crois, » répliipi.î CeolCrid, «mais alors il « vaudrait mienx portera v;sa<^e découvert le si<^ne (( de l'apôtre Pierre (jue vous avez dans le cœur ^ » On voit par là que le principal chef de l'Eglise irlandaise ne conteslait pas l'origine à la (bis labuleusc; et injurieuse de sa couluine nationale.

Mais lorsque, rentré à Jona, il voulut ramener à ii

. . n '15 1 -1 essaye en vain

sa conviction nouvelle et a 1 observance romaine les de

. ^ , . laineiiei

entants de saint liOlumba, il rencontra unii resis- les moines d'iuna tance invincible. Peu leur importait d'être traités de barbares et de rustiques' par les docteurs et les religieux northumbriens ; ils savaient très-bien que leurs aïeux spirituels avaient été initiés à la loi chrétienne deux siècles avant les Inglo-Saxons, qui n'avaient été retirés de la nuit du paganisme, pour la plupart, que grâce au dévouement apostolique de ceux dont ils dédaigiuijent les tils. Ils s'en tenaient donc avec obstination aux rits traditionnels de leurs glorieux ancêtres. Une légende irlandaise constate la surprise et rindignation des moines d'iona lors- (pi'ils virent revenir leur chef avec ses cheveux tonsurés à la romaine^. La dissidence entre le su-

1. Scias pro cerlo... quia elsi Siniuiiis Luiisuraiii ex cousueludiiK' patria liabeaiii,siniouiacaiii tameii perlidiam Iota inenle deteslor ac respuo. Bede, V, 21.

'l.ihkL, III, i

ô. Mac Fikbis ou l'oi.bLs. Iii^li Aniial.s, Mb. cilé i>ai' Ui-cvc, [i. xlj.

li FIA l)K LA DISSIDENCE CELTIOUE.

péi'ieur cl sa cuuiiniiiiaulé tlevinl si pciiiblo, qu'Adaiiiiiaii, qui élail avant loul liuuiblc cl paciliquc, n'y })at pas tenir. Sans abdiquer, il cessa d'babi- Icr son monastère et passa la plus grande partie du (cnips qui lui restait à vivre en Irlande \ Il s'y consacra avec ardeur à l'œuvre de l'unité et il y fui beaucoup mieux écouté que dans son propre monastère. L'Irlande méridionale, on l'a vu, était déjà rentrée dans l'unité, avant même que Wilfrid eûl entrepris son œuvre capitale en AngleteiTc. Adaninan l'ut l'instrument de la réunion pour l'Irlande centrale et septentrionale. H y lit lriom])lier partout la tonsure et la Paque ortliodoxes, sauf dans les communautés directement soumises à son propre monastère d'Iona. Ce ne l'ut pas sans avoir de grandes difficultés à surmonter, mais il vint à bout de tout [)ar sa douceur et sa modestie ^ il mourut la

1. Les uiiiiales d'Irlande y coiistaleiil sa présence eJi G'J-2 el en bU7. A cette dernière date, il lit promulguer la Loi des Innocents, on d'Adaniiiaii I voir plus haut, t. III, p. 519). Il écrivait ses livres au milieu de ses voyages, de ses sollicitudes pastorales, comme il le dit lui-même dans le i)réambule de son traité de Locis sanctis : Qua* et ego, (luamlibet inter laboriosas et prope insustentabiles tota die undique conglobalas ecclesiasticas sollicitudines constitutus, vili quamvis sermone describens declaravi. — 11 écrit sa Vie de Columba entre ses deux voyages d'Irlande, de 092 à 697. Il n'y dit rien de ses dissentiments avec ses [tropres religieux sur la Pàque ; mais il parle de la prophétie de Colinnba à Clomnacnoise sur la discorde « (jua' post dies nmltos ob " diversitatem Paschalis i'esti orla est inter Scotiie ecclesias. s 11 lesla probablement en Irlande de 697 à 703, époque où, selon Bede. il y était encore. Ce n'était pas ti-op pour hi ti'és- lifiicile lâche qu'il avait à remplir.

'i. l'iiodicans eis modesia exhorlalione... peiie cmnies (jui al) Uiieii-

IJ> l)i; LA DISSlIlK.NCl:: CELTiniL- lô

jiièiiic année (|ur ^oii ami, lo savaiil l'oi AkllVid. NMimn. ,\\aiil do inoui'ir, mais aj)i'e8 avoir ceJehrc la ra- -uiuu-o;;. (|iic caiiouiquemenl en Irlande, il vunkil Caire une deinière tenlalive auprès de la lamillede Columba, (ju'il gouvernait depuis trente ans. Ce l'ut en vain : toutes ses instances furent repoussées , mais Dieu lit la <^ràee, dit Bede, à cet homme qui aimait par-dessus lout la paix et l'unité, de gagner la vie éternelle, avant que le retour de la solennité pascale eut fait éclater la discorde entre lui et ses moines récalcitrants \

La victoire que l'Irlandais Adamnan , le conq)a- Iriote et le successeur de saint Columba, n'avait pu lenqjorter, était réservée à un homme d'une autre race, mais d'une égale sainteté, à l'Anglo-Saxon lAnnirsaxo Egbert. La vie de ce religieux offre le type des relations aussi nombreuses que salutaires qui régnaient entre les Celtes d'Irlande et les Anglo-Saxons, et qu'avait si odieusement troublées l'invasion inexcusable du roi northumbrien Egfrid. C'est à l'occasion de cette invasion que le même Egbert a déjà paru dans notre récit ^ 11 était du nombre de ces Anglais qui traversaient la mer en assez grand nombre pour remplir des flottes entières, et qui s'abat-

siuni doiiiinio eiviiil liberi, alj errore avito cuireclos ad uiiitateJii iciluxil catholicani. BiiUE, V, lo.

1. Adamnan a toujours été vénéré comme saint. Voir son article, (ip, UoLLxND., t. VII Sept, die '24, et au Bréviaire d'ALerdeen. — On a piétendu (|u'il ne mangeait que deux fois i)ai- semaine, le dimanche et \c jeudi [Aiin. (les quatre Maiires. .\p. !\eeveS; p. lvii .

-'. Voir au tome III. p. '298.

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'îôj-TTm.

16 Fl.N DE LA lllSSlDEiNCE CELTlOlK.

laieiil biir rirlaiide cuiiime des essaims d'abeilles, pour aller «couler l'hospitalité iiitelleetiielle et matérielle des monastères irlandais, tandis que le Grée Théodore, archevêque de Cantorbéry et primat d'Angleterre, par un échange heureux de procédés fraternels, vivait entouré d'une troupede jeunes religieu.v irlandais. De ces Anglo-Saxons qui allaient chercher une éducation supérieure el ascétique dans les monastères irlandais, les uns levenaienl en Vngleierie pour y occuper souveni les jdus hautes dignités en édifiant leurs compatriotes par leui' science ei leur vertu \ les autres demeuraient pour toujours conlondus dans les rangs monastiques des Irlandais. Egbert était au })i'emiei' l'ang de ces nombreux rejetons de la noblesse anglo-saxonne qui, jeunes encore, s'exilaient volontairement pour le Chrisl, alin de se consacrer, en Irlande, loin de leurs proches et de leurs biens, à la vie pénitente et surtout à rétude des saintes Écritures'. 11 n'avaitque vingt-cin(| ans quand éclata la terrible peste (|ui, au lendemain du j)remier triomphe de Will'rid à la conlérence de

1. Entre aulrc:5 Ce;i(ki;i. Ir i)iL'iiiier lival de NVillrid à Vui'k, pnit Edilw in, dont Bede dit : Ipsc lliberiiiani fjralhi Jegi'udi adiit. et benc instructiis palriani rediil, alque ei)iscopns in [)rovincia Lindissi factu>, multo ecclesiam tenipore iiobilissinie rexit. Hisl. eccles., III, 27. — Voir ce que nous avons déjà dit (tome IV. }>. 477). note 1} du irèi'e ainr de raJjbô Ceoliritl de Yarrow.

-2. In Hibernia diutius exulavrial [no Cluisto... doclisï^inuii; in scripturis el lonj^a' vitie perfectione e.viniius... De nobilibus Aiigloruni... Qucinperegrinam ducerc vitam pro adipiscenda in cœlis pallia ifUdinius. V, î».

I IN l>i: LA DISSIDENCE CK L T I OU K. 17

Wliilhy, lit (le si cnicls l'avji^os dans les Wvs \\\i~ tuiini([ues. li élait avec phisieiiis de ses eoiiij)atrioles (lajis lin moiiaslère dont le sile est anjouid'liui repn''senté ])ar les mines pitloresques de Mellironl ; il voyait mourir chaque jour quelqu'un des siens, el lorsqu'enlin la contagion ratleignil à son (oiir, il (Mit la fbrccMie sortir <le riiilinnerit^ jxMir aller dans un lieu solilaii'c; repasser sa vieel pleurer ses péchés. Il osa même demander à Dieu.de lui laisser la vie jusfprà ce qu'il pût expier les lautes de sa jeunesse en augmenlant ses i)onnes œuvres et fit v(eu, si s;i prièi'e élait écoutée, de rt^ndre son exil j>erpétuel el de ne jamais revoir l'Angleterre, sa patrie. Après quoi il rentra et se recoucha à coté d'un autre jeune homme, son meilleur et son plus intime ami, déjà moi'tellemeni atteini et plongé dans une somnolence voisine de la mort. 1\uit à coup le jeune mourant se réveilla e( lui dit : n Ah ! l'rère c( JLgbert, qu avez- vous lait .'^ J esjierais lanl (jne ;,uii, c( nous entrerions ensemble dans la vie éternelle! '"' '" J^^'"'"' (( Et voilà que vous voulez me laisser mourir sans c( vous î Sachez au moins que votre vœu sera c( exaucé, w L'ami mourut dans la nuit; Egherl lui survécut soixante-cinq ans, et devint un modèle de fontes les vertus monastiques. Il ne s'attira j)as seulement l'admiration affectueuse de ses compatriotes anglo-saxons; même dans cette Irlande, si féconde en prodiges de sainteté, il parut un saint hors ligne. H rivalisait avec les plus illustres par son zèle j)our

de

lui.

MoiNts D oci:

JcS Kl.\ DK LA IUSSIDE.NCK CE LTloi K.

ronsci^^ncnietil, pai' son eiuprcssciiiL'iil à (lisU'ibucr ,iiix pauvres les dons que lui prodiguaient les riches, par l'austérilé de sa vie. Le grand historien des gloires chrétiennes de la race anglo-saxonne n'a pas (hklaigné de nous apprendre (jue, ])endanl lu cal'èuK* et même pendani (piarante jonrs après Noël el ciu(|uante jonrs après la Penlecôte, il ne j)renai( pour lonle nourriture qu'nu peu de pain avec (hi hiil donl on avait soigneusement enlevé la crème. C'étail à ce prix ([ue Ton acquérait alors le (h'oil de parh'r avec autorité aux nations et de les précéder dans la voie du sainte " "^'' Il n'usait de cet ascendant sur les deux races (Uii

'\r son indunicn ^

^i" s'honoraient à Tenvi de sa sainteté, que pour leur

les Aii-lo-Sax(.iis ^ .,,-,.

l)ien, leur honneur et le bien général de l'Eglise.

•es^ S'il ne réussit pas, malgré ses instances, à détourner le roi de sa patrie northumbrienne, Egfrid, du

'^'Sî crime de son abominable invasion en Irlande, il Cul

[)lus heureux auprès de plusieurs autres com]>a- (rioles, qu'il transforma en missioimaires de la loi

1. Egrcssus es^l lemporo iiiatutiiio de cubiculo in ({uo iiiliiiiii qiiie- ^ccbaiit... finilis lacryinis, precihus et votis... Expergefactus sodalh lespexit eiiiii... 0 frater Ecgbert, o (jiiid fecisti ? Sperabaiii quia pariter ad vitam retcrnam intrarciuus.. Unde et genti suai et illis iii (luibus exulabat iiatiouibus Scottorum sive Pictoriim exem])lo viveiidi... lîiultum profuil... Quod lac [)ridie novum in phialia ponerc solebat, et post nocteni ablala superlicie crui^-siore. ipse residuuni euni iiiodico pane bibebal. IH, 27. — Bede. (}ui a loujoui's soin de citer ses autorilés, nous apprend qu'il tenait tons ces détails d'un prêtre. veradssimm el venerandx caititiei, à (jui Egbert avait raconté toute sa vie. D'ailleuis Bede. né en (i75. avait plus de cinqnanle ans (piand Egbert mourut.

pour *n faire

iinsbioiinaire en Gennauic

FIA DK LA illSSlDK.NCi-: CE LT f (J LK. 19

chez les (lerniains. Le premier ]);n'mi les Aii^lo- Saxons, au l'ond de son exil aseélique en Irlaiule, il conçut la généreuse, la divine pensée d'envoyer au secours de la mère pali'ie, de la lerre de (lermanie encore tout enlière livrée à Satan, des (ils de sa eoloni(î britanjn(|ue pour lui montrer le cbejnin de la vertu et de la vie'. M snvail très-hien d'où venaient ses ancêtres anglo-saxons, et (ju'ils avaieni laissé* derrière eux dans les ténèbres une foule d'autres (l'ibus de ménje souebe et de même langue, don( l'image se présentait à lui comme celle de ces j)elits eid'ants irlandais dont la voix plaintive s'était (ail entendre à saint Patrice dans ses rêves et avail décidé l'ancien esclave à devenir l'apôtie de leur j>ays\

Fidèle à son vœu <pii lui interdisait d'aborder, même en passant, le sol de son île natale, Egbeii avait frété un navire qui devait le conduire directement d'Irlande sur les côtes septentrionales de la Germanie, en Frise. Mais au moment de s'embar- (pier, un de ses compagnons de voyage (jui avait été leligienx à Melrose, en se recoucbant pour prendre un léger sommeil après matines, vit vn songe le

1. In tiennaiiia plurinias Jioverat esse natioiies, a (|iii)jiis Aiigli \c\ Saxoiics qui imiic Britanniaiii incolunt, geiius cl oriyiuem duxisst^ )ioscuntur... Suiit auteiu Fresoiies, Rugini, Daiii, llimi, antiqui Saxoiics, Roriictliarii... Clirisli miles circmmiavigala Ijiitannia disposuit si quos forte ex ilUs erei»lus Sataniu ad Christiiin traiislerre valerel Bi'U!-:, V, 9.

"2. Voir au loiiie 11, p. 45 i

2(1 Kl.\ llK LA DISSIDENCE CKETlULf^.

prieur Boisil, le leiidie ami de CulliberP, le iiiailre si aimé des novices de Melrose, rim des grands saints de l'Église celtique en Northumbiie, qui le chargea d'aller avertir Egbert que la volonté de Dieu lui prescrivait de renoncer à son projet germanique et de se dévouer, bon gré mal gré, à instiuire e( à convertir les monastères cohimbites. « Leurs charrues ne marchent pas droit, » disait le prieur à son ancien élève, « il faut les remettre dans le bon sillon-. » Ce songe, deux fois réj)été, ne (it aucun effel sur Egbert; mais, le navire qu'il avait frété ayant élé jeté à la côle, il reconnul la volonté de Dieu et renonça pour lui-même à son cher projet.

Mais à sa place il envoya tout ce qu'il pul déterminer de religieux fervents et zélés parmi ses compatriotes ; lorsque les uns revenaient découragés de leur insuccès, il en cherchait et il en trouvait crautres plus ca}3ables ou plus heureux, et c'est ainsi que l'initiative de notre Egbert donna à rAllemagne Vicberl, Willibroi'd, S\vidberl, les deux E^vald el autres sainis évèquesou abbés dout les noms sont juslement vénérés par l'Allemagne comme ses apôlj'es, el que nous y retrouverons s'il noiis esl donné de poursuivre notre tâche jusque-là.

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