V COLLEGE
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la science, i]h sa jonnesso, ot voyez In gloire doiil il joriil niijoiinriini parmi les hommes, bien moins grande encore el moins éclatante que sa récompense (levant Dieu. Stimulez donc par son exemple les esprits de vos dormeurs ; étudiez ses ouvrages, et vous y puiserez pour vous-même et pour autrui les secrets de la beauté éternelle ' . »
Cette gloire de Bede dut pendant longtemps un lustre spécial et croissant, non-seulement à ce qu'il fut le premier et le plus célèbre des Anglo-Saxons, mais à ce que, lui disparu, tout, chez eux, sembla retomber dans l'obscurité^ ; et ce n'est pas sans raison que, sous ce rapport, on a pu le comparer à Homère, élevant comme un météore resplendissant au milieu de la nuit qui précède et qui suit son apparition sur l'horizon de l'histoire hellénique.
La nuit noire de l'idolâtrie qui couvrait la Northumbrie avant les saints prédécesseurs et contemporains de Bede a été remplacée par la nuit noire de l'industrie. L'exploitation de la houille a trans-
1. Assuescant pueri laudibus astare superni Régis, non vulpiiiin fodore cavernas, non leporum fugaces sequi cursus. Quam impiuni est Christi amittere obsequia et, vulpium sequi vestigia! Discant pueri Scripturas sacras... Recogitate nobilissiaium hujus temporis magistrum Bedanl presbyterum... qualem nunc habetintcr homines laudem... Aicv\^\ epist . 15, éd. Froben, t. I,p. 22.
2. Certaines chroniques contemporaines ne trouvent rien à signaler dans l'histoire d'Angleterre, au septième et au huitième siècle, si ce n'est l'existence de Hedè. «Bede presbyter et monaclnis claret in Anglia. « Chrnn. UoUrnid. irfii.<itisfi.,u(\ an. 000. cité pnrMackintn^li. t. T p. 8-..
formé la face de celte contrée. Le jour y est littéralement obscurci par les épais tourbillons et les lourds nuages de fumée que vomissent sans intervalle les usines et les ateliers alimentés par l'inépuisable richesse minérale du pays. Newcastle, North et South-Sliields , Sunderland, Stockton, Darlington, Hidl, tous ces foyers de la manipulation et de l'exportation houillère, ont remplacé, dans l'attention et l'estime des hommes, les vieux berceaux monastiques de la foi et de la civilisation chrétienne, Lindisfarne et Yarrow, Tynningham et Coldingham, Tynemouth et Wearmouth, Hartlepool et Whilby. Mais quel contraste, en ne s'arrétant même qu'à la surface, entre l'aspect d'autrefois el celui d'aujourd'hui ! Cette houille si recherchée a recouvert ce beau pays d'un voile de deuil. La verdure des bois et des champs en est décolorée, la limpidité des eaux souillée, la pureté de l'air qu'on respire infectée, la clarté du soleil interceptée. Tout porte à croire que ce n'est encore là (pie le symbole matériel des ténèbres intérieures et morales où se débat l'immense et formidable population qui grouille dans ces cratères du commerce britannique. La densité effrayante de ces masses inconnues et impénétrables recèle des abîmes d'ignorance, de vice, de misère et de colère. Le paganisme est revenu. Malgré de généreux efforts, des remèdes partiels et d'honorables exceptions ; malgré l'observation encore prescrite et respectée
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du repos rlominical, rnmoiir fin lucre a eréé des armées d'esclaves dn travail, onlils sans âmes, mais déjà avides à bon droil d'un sort meilleur, d'une condition plus douce que celle dont la durée et l'aggravation doivent faire trembler tout cœur chrétien et patriote.
La lumière de la foi et de la loi morale lenimanque encore plus que celle du jour. Enterrés tout vivants dans les mines et les usines, sans pontifes, sans guides spirituels, en proie à tous les désordres, à tous les excès, à tous les oublis qui peuvent accompagner le travail en commun, presque tous étrangers à la pensée de Dieu, à l'espérance de la vie future, aux habitudes de la pudeur*, victimes et instruments du culte de Mammon, ils sont là comme une menace perpétuelle à l'adresse de l'égoïsme aveugle et routinier des matérialistes de notre âge.
Nul n'admire plus que moi les prodiges de l'intelligence et de l'activité humaine, réalisés par le libre génie de la race anglaise ; nul ne rend un plus sincère hommage à ses instincts naturellement et invinciblement religieux. Mais comment ne pas s'effrayer de voir, dans cette région naguère si féconde en sanctuaires de la prière, de la vertu, de la vie morale et intellectuelle, l'indifférence religieuse et la soif inassouvie des richesses rem-
K Voir au tome IV, page 450, note 2, ce que nous avons dit des faits révélés par l'enquête parlementaire sur l'industrie houillère.
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pincer presque partoiil la tendre et vin^ilante sollicitude de l'Eglise pour les âmes ? Comment ne pas s'alarmer de l'abandon, du néant spirituel où vivent tant de milliers de nos semblables? Comment VA) pas regretter ces jours où la docile ferveur du peuple répondait si l)ien au zè'e, à la science, au désintéressement du clergé ; où, comme les phares que l'on voit aujourd'hui sur le haut des promontoires, à l'embouchure des rivières, au bord des écneils et tout le long de cette côte si dangereuse et si fréquentée, offrir au navigateur leur lumière tutélaire, on voyait sur cette plage alors déserte, ignorée, à peine peuplée de quelques sauvages, s'embraser d'année en année des foyers étincelants de vie intellectuelle et morale, laborieuse et pure, féconde et sobre, à Lindisfarne comme à Yarrovv, à Whitby comme à Coldingham, àWearmouth comme à Tynemouth !
Un jour viendra peut-être, et puisse-t-il n'être pas trop lointain, où, comme autrefois, on verra, au milieu des merveilles et des périls de l'activité moderne, s'allumer l'un après l'autre de nouveaux foyers de charité, de lumière et de paix, comme autant de phares célestes pour guider et atlirer les rimes dans leur pèlerinage vers la vie éternelle.