Voir livre liV, chap. i, pag. 429 du tome précédent
3. Reverentissima virgo virginum Ghristi et sponsarum Egburga abbatissa, Aldul fi régis filia... Nolui quidem juvenis ullo lineo tegmine corpus meum tegere , sed pro amore dilectœ Ghristi virginis, quîE hsec munera mihi mittebat... Ibid , c. 55, 55. — Egburge ou Edburge gouvernait alors ce même monastère de Repton, d'où Guthlac était sorti pour s'enfermer à Croyland.
Sa mort.
l'aulel le saint viatique. 11 était jeune eneore ; et pendant les quinze années qu'il avait j)assées dans ees inaréeages, il avait toujours gardé au milieu de son austère solitude eeltegrâee, cette bonté et cette gaieté, apanage inaliénable des saints et des vrais moines ^
A la nouvelle de la mort de son ami, Elbelbald accourut auprès du corps de celui qui avait si long-, temps protégé son malheur et consolé sa misère. 11 se jeta à genoux, tout baigné de larmes, devant le cercueil : « Mon père, toi qui as connu toutes mes « angoisses, et qui m'as toujours soutenu dans mes c( dangers; tant que lu étais envie, je pouvais ne a pas me laisser aller au désespoir. Grâce à toi, je « savais invoquer le Seigneur, qui m'a sauvé jusqu'à c( ce jour. Mais si tu m'abandonnes, à qui pourrai-je c< avoir recours? Qui m'aidera, qui me consolera ? »
La nuit suivante, au milieu de ses larmes et de ses prières, Guthlac lui apparut, tout resplendissant de lumière, pour lui confirmer sa prédiction d'autrefois et lui annoncer la fin de ses épreuves'.
1. Ut adsolebat hilari vultu sccessil; nain seniper gratia eximiie charilatis in orc ipsius et vultu fulgebat. Ibid., c. 25.
2, Pater mi, tuscis miseriasmeas, tu semper adjutor niei fuisli, te vivente non desperabam in angustiis... Haïc proloquens, se solo sternebat, et supplex orans crebris lacrymarum Ikientis totum vultum rigavit... Totam cellulam immensi lumiuis splendore circumfulge^ scere vidit... Noli tristari, dies eniin miseriae tuœ pneterierunt... Kec illuin lides fefellit ; ex illo enini terapore usque in hodiernuni dieni infulataregni ipsius félicitas per tcmpora conséquent ia de die in die ;i crescebat; Ibid., c. 59.
LES nOlS MOLNES. 127
En effet, deux ans après la morl de Gulhlac, Elhelbald élail installé sur le trône de Mercie, (ju'il occupa pendant quarante ans. Le premier usage qu'il lit de sa puissance (ut de fonder un monastère à Croyland, en l'honneur de celui qu'il continuait à appeler son ami et son consolateur. Malgré les difficultés qu'offrait cette construction, une immense abbaye, richement dotée et peuplée par une colonie de moines venus de la fondation récente d'Evesham\ s'éleva sur l'emplacement de sa cellule. Ethelbald la fît bâtir au milieu des eaux stagnantes, sui' des pilotis enfoncés dans un monceau de terre que l'on apportait de loin en bateau, pour consolider le marais que l'industrie des moines allait bientôt assainir et transformer en prairies fertiles. Croyland fut surtout renommé par le savoir de ses moines et occupa pendant plusieurs siècles le premier rang parmi les monastères anglais. Le cercueil de Guthlac, dérobé à la terre qui devait l'ensevelir, par la tendresse d'Ethelbald, et richement décoré, forma le principal ornement de la grande église en pierre qui remplaça le modeste oratoire en bois où Ethelbald et Guthlac avaient prié ensemble. Souvent détruite, cette église fut toujours rebâtie avec un surcroît de magnificence, et sa grosse cloche, connue pour être la plus grande et la plus harmonieuse de l'Angleterre, garda jusqu'à son
1. Voir au tome IV, page 36'2, la ioudation de cette abbaye par l'évèque Egwin et sa dédicace par Wilfrid.
Suite et fii\
du
règne
rlLUielbald
en
Mercie.
dernier jour le nom el le souvenir du solitaire que le royal fondateur avait tant aimé\
On aimerait a eroire qu'Etlielbald se montra toujours digne de la tendre sympathie dont son saint ami l'avait honoré dans sa jeunesse. Mais eette eonlîance n'est guère possible en présence de l'épîlre fomeuse et vraiment éloquente qui lui fui adressée par six évêques anglais, occupés pendant tout son règne à évangéliser l'Allemagne, et ayant à leur tcte le grand Boniface. Ce saint apôtre des Germains passa d'Angleterre sur le continent en l'année même où Ethelbald devint roi, et, deux ans avant la lin de ce règne, il mourut de la mort des martyrs. La lettre épiscopale nous apprend que la conduite privée du roi excitait la douleur religieuse et patriotique de ces nobles missionnaires de la foi et de la gloire des Anglo-Saxons . Ils lui reprochent, d'après le bruit public , d'avoir cherché dans le
1. Sarcopliaguin non liuino terne condidit, innno in memoriale quod nuncab Elhelbaldo rcge miris ornamentorum structuris... redificatum conspicimus... Quia palustris humus lapidenm molem sustinere non poterat, ingénies ex quercis palos innumerse multitudinis humo infigi fecit, duramque terram... scapliis deferri et paludibus commisceri... ad honorem Dei et sancti anachoretœ quem valde dilexerat, pro dulci consolatione quam eo dum exsulabat multoties perceperat. Vit., c. ôl, 41. — Il subsiste encore quelques débris de l'église abbatiale de Croyland. mais de celle qui fut reconstruite du douzième au «juatorzième siècle. Dans le tympan du portail de la façade occidentale, cinq médaillons sculptés en bas-relief, et insérés dans un quatre-feuilles, reproduisent les principaux traits de la vie de Guthlac; son arrivée en barque dans le marais de Croyland, sa première entrevue avec Ethelbald, sa nioit, etc.
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célibat, non pas la niorlilicalion cliiélieinie, niais la satislaclion de ses inslincls sensuels, el de n'avoii' respecté dans l'effervescence persistante de ses passions ni les foyers domestiques de ses concitoyens, ni même les sanctuaires des vierges consaciées à Dieu^ Ils lui rappellent, à cette occasion, l'honneur rendu à la chasteté par leurs ancêtres païens, les Saxons de Germanie , et les peines cruelles dont ils frappaient l'adultère. Ils le supplient de ne pas déshonorer sa vieillesse, de ne pas encourager par son exemple la nation anglaise à descendre par la débauche au rang de ces nations dégénérées de l'Espagne et du midi de l'Europe, dont les Sarrasins avaient déjà fait leur proie. Ils lui reprochent, en outre, d'avoir violé les franchises et volé les biens de divers monastères, et d'autoriser ainsi par son exemple les seigneurs merciens à faire subir aux moines et aux prêtres des violences et des servitudes inconnues jusqu'alors dans l'Angleterre chrétienne ^
1. Quando aliqua injuria de statu regiii vestii, vel eventubelloruiii lacta, aut quodmajus est, de salute animée periculosuin dainnuin perpetratum per auditum usque ad nos pervenerit, mœrore et tristitia cruciamur... Qui nobis narrant, adjiciunt quod hoc scelus maxime cum sanctimonialibus et sacratis Deo virginibus per monasteria commissum sit. Audivimus prœterea quod optimates psene omnis geuik Mcrciorum tuo exemplo légitimas uxores deserant, et adultéras el sanctimoniales constuprent. S. Bomfacii Epistolx, 59, éd. Jaffé.
2. Et dicitur quod praîfecti et comités tui majorera violentiam et servitutem monachis et sacerdotibus irrogent, quam cieteri antc chrii^liani reges fecissent. Ibid.
MOINES d'occ. V. 9
loO LES ROIS MOLNES.
En levauchc, ces témoins d'une si imposante autorité le féiicitenl hautement de sa charité envers les pauvres, comme de son zèle pour l'administration de la justice, la protection des faibles, la répression des désordres et des discordes locales. D'autres témoignages nous apprennent qu'il fut un roi juste, généreux et intrépide ; que, par ses guerres fréquentes et heureuses, l'ami de Guthlac éleva la Mercie à un degré de puissance qu'elle n'avait point encore atteint, et qu'il fut regardé comme le monarque suprême de l'Angleterre jusqu'au jour où, après un règne aussi long que prospère, il succomba, en combattant les West- Saxons, dans une lutte dont la poésie populaire a enchâssé le récit pittoresque et passionné au milieu des annales historiques de cette époque \ Trois Le royaume des Saxons de l'Ouest, qui allait hé
rois ileï>
Saxons rjtcr dc la prépondérance des Merciens, comme
de . . ,
rouest ceux-ci avaient hérité de celle des Northumbriens, était destiné à absorber toutes les autres royautés de l'Heptarchie et à créer ainsi cette unité de l'Angleterre qu'aucun morcellement n'a jamais entamée. Cette dynastie des fils de Cerdic, que la tradition faisait descendre lui-même au neuvième degré du dieu Odin, devait enfanter Egbert et le
1. Henkicus Huntingdox, Hisloria Anglorum, l. IV, p. 341. — L'ami de Gullilac s'intitulait dans un diplôme de 736 : Rexnon solumMerciorum sed el omnium provinciarum qux gênerait nomine Sut-Anglt fUcnntnr ; et ailleurs : llcx Britannix.
abdiquent
pour
se iaire uionies
ou [»élerins à Rome
Centwiii.
Ceadwalla.
GSo-G8'J
LES HOIS MOINES. 151
grand AHrod; elle préluda il à ses géncreuses dcslinéesen donnant trois de ses rois l'un après l'autre à Tordre monastique qui lui devait déjà le saint et savant abbé Aldbelm. Celui qui ouvrit la marelie dans eette carrière si nouvelle pour les fds d'Odin fut Centwin, fils du premier roi chrétien de Wessex\ qui, après neuf ans d'un règne brillant et 67(3-685. belliqueux, entremêlé de combats entre les Merciens et les Bretons, avait voulu finir ses jours dans un des monastères qu'il avait fondés et dolés^ Après lui ce fut le tour de Ceadwalla, le féroce dévastateur de l'île de Wigh(, du royaume de Kent et de Sussex, l'esté opiniâtrement païen malgré la conversion de ses proches et de son pays, et qui tout à coup, à peine âgé de trente ans, se souvient des enseignements qu'il avait puisés, lui-même proscrit, auprès
1. Cynegils, converti et présenté au baptême par son gendre Oswald de Northumbrie. Voir plus haut, t. IV, p. 101.
2. Fou histoire ne nous est guère connue que par les versd'Aldhelin à sa fille Bug-ga, qui est peut-être la même que l'abbesse de ce nom à laquelle saint Boniface adressa plusieurs de ses épîtres :
Hoc templum Bugge pulcbro molimine structum,
Nobilis erexit Centwini tilia régis,
Qui prius imperium Saxonum rite regebat,
Donec pivcsentis contemnens culmina regni,
Divilias nnnidi rerumque reliquit babenas;
Plurima basilicis impendens rura novellis
Quïc nunc christicohc servant monastica jura...
Exin sacratain perrexit quîerere vitani,
Dum proprium linquit Cliristi pro nomiiie regnuin.. .
Donec conversus cellam migravit in ahnam.
Éd. Gilcs, p. 117.
du grand proscrit Wilfrid^, abdique sa royauté, traverse les mers, les Alpes, la Loinbardie, et apparaît à Rome le premier d'entre les rois anglosaxons , comme Wilfrid , trente ans auparavant, avait élé le premier pèlerin monastique de la même race qui eût visité la ville éternelle. 20 avril II y demande le baptême au pape Serge, qui Ini confère en même temps le nom de Pierre, en souvenir de la grande dévotion qui l'avait amené de si loin au tombeau du prince des apôtres. Dix jours plus tard, avant même d'avoir dépouillé la robe blanche des catéchumènes, il meurt. Le pape ordonne qu'il soit enterré à Saint-Pierre, et fait graver sur sa tombe une épitaphe en vers assez beaux, destinée à enflammer le zèle des générations futures par l'exemple de ce jeune et formidable vainqueur, qui avait su renoncer à tout ce que ses pères et lui-même avaient conquis ou amassé, et abjurer sa religion barbare pour devenir l'humble tilleul de saint Pierre, et aller, revêtu de la blancheur du baptême, grossir dans le* ciel le troupeau du Christ ^