‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 41 sur 110 · Voir t. IV, p · texte numérisé non relu

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liO LKS ROfS MOINES.

(le zèlo ol (l'ardeur dans l'acconiplissc^nK^nt de ce pic^iix devoir que hs Anglo-Saxons. Leurs rois prenaienl lesdevanls', à la différence des Mérovingiens, dont on ne voit pas qn'nn seul ait jamais franchi les Alpes pour aller à Rome.

11 se déclara bientôt chez les Saxons de tous les rangs un entraînement irrésistible vers la ville éternelle : princes et évêques, riches et pauvres, prêtres et laïques, hommes et femmes, entreprenaient ce pèlerinage avec une ardeur qui le leur faisait souv(Mit recommencer une seconde fois, malgré les difficultés et les dangers d'un si long voyage \ Ils y furent si nombreux que, se groupant autour de la fondation de leur roi Ina, ils donnèrent leur nom à tout un quartier, le Vkus Saxonum^^ situé dans le voisinage immédiat de Saint-Pierre et habité exclusivement par eux. Ils venaient, dit leur historien, se familiariser ainsi de leur vivant avec les saints dont ils espéraient être bien accueillis dans le ciel.

Mais comme il y avait de faux moines qui introduisaient jusque dans le cloître la mollesse et tous les désordres de la vie séculière, il y avait aussi

l.Lingard nomme jusqu'à huit de ces rois, mais en y comprenant Ethelwulf et Canut, qui sont d'une époque postérieure. Antiquities, I, 116.

2. Cupiens in vicinia sanctorum locorum ad tempus peregrinari in terris, qiiofamiliarius a sanctis recipi mereretur in cœlis; quod liis temporibusplures degente Anglorum, nobiles, ignobiles, laici, clerici, viri ac feminfe certatim facere consuerunt. Bede. V, 7.

5. D'où le nom de Sassia, encore conservé dans ce quartier de Rome.

LES KOlS MOINKS. iil

(le faux i)èlei'iiis que des luoliCs (rivoles ou eoupal)les ailiraieut à l'étrauger : les cerivains uiouasliques n'ont pas manqué de lléU'ir les uns eonime les autres. L'humeur vagabonde des raees germaniques peul bien avoir contribué, après la première im})ulsiou leurs

désordre.-

d'une fervente et sincère piété, à grossir le nombre de ces pèlerins peu dévots qui scandalisaient trop souvent par leur conduite les pays chrétiens qu'ils traversaient. C'étaient surtout les femmes, même les vierges consacrées à Dieu, dont les désordres et les chutes lamentables pendant leurs voyages à Rome et à leur retour excitaient la juste indignation des pasteurs et des fidèles de la France et de l'Italie. L'on ose à peine répéter les tristes révélations que le grand apôtre de la Germanie transmet sur ce point à son collègue et compatriote l'archevêque Cuthbert de Cantorbéry, et qui le portaient à demander aux assemblées et aux princes anglais d'interdire absolument aux femmes et aux rehgieuses le pèlerinage de Rome\

J'aurais bien mal réussi à faire comprendre l'histoire de ces temps, et bien mal servi la vérité, si le

1. Aliquod levameulum liirpitudiiiis essef, si proliibercntsynodus et principes vestri mulieribus et velatis feminis illud itcr et frequentiam, quain ad Romanam civitatem \eniendo et redeundo faciuiit; quia magna ex parte pereunt, paucis remanentibusintegris. Perpaucic enim sunt civitates in Longobardia, vel in Francia, vel in Gallia, in qua non sit adultéra vel meretrix generis Anglorum : quod scandalum est et turpitudo totius Ecclesi^e. S. Bomfacii Bpist.ad Cuthbcrliim archiepiscopum.

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lecteur n'élail pas frappé du singulier mélange de bien et de mal, de paix et de guerre, de liberté et de servitude qui, dès ce premier siècle de la chrétienté anglo-saxonne, se manifeste dans toutes les relations de l'Église avec la société. 11 est évident que le bien l'emportait sur le mal, mais que le mal était déjà formidable, les dangers constants et flagrants, les prévaricateurs et les malfaiteurs encore plus nombreux que les saints. C'est là cependant ce que l'on a nommé VAge cVor de la religion en Angleterre ; non sans raison, s'il ne fallait que le comparer aux siècles postérieurs, mais à tort, s'il s'agissait de le juger par ses seuls mérites. C'est que, dans l'histoire vraie, il n'y a pas d'âge d'or. Tous les siècles, sans exception, sont infectés par le mal qui nait de la corruption naturelle de l'homme. Tous attestent son incurable infirmité; mais tous aussi attestent sa grandeur et sa liberté, en même temps que la justice et la miséricorde d'un Dieu Créateur et liédempteur.

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