‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 44 sur 110 · bkde. in · texte numérisé non relu

bkde. in

nfluence

sur

la nation

qu'ils

avaient

l'onvertie.

DES MOINES. 15i

(l'oux. c< Auciino nation, w a dit Irès-juslemont Ed- . 1'^"'^ niond Burke, le plus illustre de leurs descendants, a n'a embrassé le christianisme avec plus de ferveur et de simplicité que les Anglo-Saxons*. » La lutte permanente et généreuse qui se manifeste partout, depuis leur conversion, entre leurs nouveaux principes et leurs vieux instincts, leurs sauvages traditions de meurtre, de vengeance, de débauche, démontre à la fois la sincérité de leur foi et le mérite de leur soumission. Longtemps on vit alterner chez eux des crimes atroces et des péni- (ences sans bornes; des rapines effrontées et l'abnégation de tous les biens terrestres; d'odieux outrages à la pudeur et des vœux de chasteté perpétuelle. Capables de tout pour assouvir la violence de leurs passions, ils étaient non moins capables de tout pour expier leurs excès. Mais à la longue, et quelquefois très-vite, le bien l'emporta, et, sauf des rechutes inévitables et terribles, il resta maître du champ de bataille, grâce aux efforts généreux et infatigables de ces apôtres monastiques. Partout, dans les moeurs comme dans les lois, dans les actes comme dans les paroles, partout où peut atteindre la main, la parole, l'esprit du moine évêque ou missionnaire, on aperçoit une tendance uniforme et universelle à faire prévaloir la justice, l'humanité, l'amour du bien et du prochain; h radoucir

1. Burke, Essay towards an ahridgment of Eng^lish history, cm.

Ce ne sont

plus les Pères du désert,

mais h's créateurs d'une Église

et d'une nation.

la férocité native de leurs compatriotes; à combattre les vices elles excès les plus populaires; h introduire la culture intellectuelle ; à créer ou à maintenir la paix sociale par des motifs religieux. La grande mission qui échut à l'Eglise après la ruine de l'Empire, celle de contenir et d'ennoblir les barbares, de purifier et de transformer leurs âmes, ne fut jamais mieux remplie.

Peut-être aussi l'alliance entre les deux sociétés spirituelle et temporelle, entre l'Eglise et l'État, ne fut-elle jamais plus complètement et plus heureusement réalisée. Ce fut, du moins en Angleterre, son plus beau moment ; moment qui eut ses taches et ses misères, comme tout ici-bas, mais où l'on échappa de part et d'autre à tout excès systématique et permanent. Aucun roi de cette période ne prétendit gouverner ou exploiter l'Église à son profit ; aucun pontife, dans ces temps exclusivement monastiques, ne revendiqua cette prépondérance abusive qui précède et appelle la décadence ou la révolte

Certes, les moines anglo-saxons, instruments de cette révolution si féconde et créateurs de cette organisation si brillante et si durable, n'avaient rien de commun que le nom, le célibat, la foi en Jésus- Christ et en son Église, avec les Pères du désert, ni même avec les rares et austères compagnons de saint Benoît. Loin de fuir la compagnie des autres chrétiens, ils personnifiaient ou créaient autour d'eux

toute nno société chrétienne. Loin de ne songer qu'à leur propre salut, ils travaillaient sans relâche (l'alwrd au salut des inlidèles, puis au maintien de la foi et des mœurs dans les nouvelles chrétientés nées de leur parole. Loin de se borner à l'oraison ou au travail des mains, ils cultivaient et propageaient avec ardeur toute la science et toute la h'ttérature que possédait le monde de leur temps.

Les lieux écartés où les avait d'abord conduits l'amour de la solitude se transformaient rapidement, et comme par la force des choses, en cathédrales, en cités, en colonies urbaines ou rurales, destinées à servir de centres, d'écoles, de bibliothèques, d'ateliers, de citadelles aux familles, aux bandes, aux tribus à peine converties. Autour de ces cathédrales monastiques et des principales communautés, se formaient bientôt des villes qui ont duré jusqu'aujourd'hui, et où l'on voyait aussitôt éclore ces libertés municipales dont les gaivanties vitales subsistent encore avec le nom même des magistratures chargées de les défendre ou de les pratiquer * .

Comme toute la suite de notre récit a dû le démontrer, tous les évêques de l'Heptarchie sortaient des monastères ; les moines formaient exclusivement le clergé des cathédrales où ils vivaient en communauté avec le prélat diocésain pour chef

Les

monastères

servent

de

cathédrales

et de paroisses.

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