‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 63 sur 110 · Job. XI · texte numérisé non relu

Job. XI

monastères saccagés et renversés que les bénédictins regrettent. Non, mais nous gémissons snr le sort (le nos frères arrachés du sein de l'Eglise catholique et confirmés dans le schisme. Plût à Dieu que nous pussions acheter leur retour au prix de tout ce qui a pu nous appartenir jadis! Que ne donnerait pas l'Eglise, que ne sacrifierait pas notre ordre pour gagner l'ame de nos frères, et nous enrichir de la pauvreté du Christ * ? »

C'était de ces rangs bénédictins purifiés par le travail et la frugalité, ou du sein d'autres ordres donnés par Dieu à l'Eglise pour la défendre et la consoler, que revenaient, au siècle de Mabillon, sur le sol anglais, de nouveaux missionnaires, mille ans après les compagnons d'Augustin et les disciples de Columba. Loin d'être accueillis comme l'avaient été leurs prédécesseurs par les Anglo- Saxons païens, avec une magnanime et intelligente tolérance, ils n'avaient à attendre des Anglais réformés que le

i. Ah! si modo in illas terras redivivi veniront Gregorius: et Angustinus! qiiibus oculis intuereiitur laborum siionim fructus dissipâtes, disperses lapides sanctuarii, et domos orationis factas domos desolationis ! Neqiie vero lugcmiis amissas illic Ecclesia' amplissimas opes . iieque nos Benedictini jam dolemus monasteria nostra direpta et eversa; sed ingemiscimus, quod fratres nostros a gremio Ecclesiîe catliolica^ avulsos et in scliismato obfirmalos videamus. Utinam cessione omnium rerum, olim nostrarum. eos ad nos rodilnros comparare noh)is liceret ! Quidni Ecclesia, quidni ordo nosfer nitro cederel l)onis,olim suis, ad liiorandos fratres, cnm Cliristus propter nos egenus factns sil, nt nos ejns inopia dilareminM Anu. Beiied., I. IX. c. 44.

en

martyre, souvent précédé par les horreurs d'une captivité interminable et par des tortures inconnues aux sauvages. Et néanmoins chaque jour quelque religieux, franchissant la mer, débarquait de nuil et déguisé sur le sol où Augustin et les moines du mont Cœlius avaient arboré en plein jour la croix de Jésus-Christ , désormais proscrite et reniée par l'Angleterre chrétienne. Non loin des vieux monastères dévastés et confisqués, il recommençait, au péril de sa vie, l'exercice clandestin du culte que les envoyés de Grégoire le Grand avaient ouvertement célébré; il distribuait le pain de la vérité et le pain dévie à quelques brebis de ce petit troupeau, qui a survécu à des persécutions plus atroces et plus prolongées que celles de Dèce ou de Dioclétien, pour transmettre et garder, jusqu'à nos jours, plus heureux et plus libres, la cendre encore chaude de la vérité. Il en vint de France, il en vint de Belgique, il en vint d'Italie, il en vint même d'Espagne pour cueillir ces lauriers sanglants et les disputer aux exilés de race anglaise. On les découvrait, on les interrogeait, on les torturait et puis on les égorgeait avec tous les raffinements d'une cruauté infernale. Parmi tant d'autres, nommons cet Espagnol, Georges Gervaise qui, capturé et interrogé par les juges du

bénédictin

espagnol

martyr

des Anglais misérablc fils de Marie Stuart sur sa profession ,

répondit : « Je suis moine bénédictin, de cet ordre (( qui a converti autrefois l'Angleterre à la foi chréc( tienne. » 11 renouvela cette profession au pied du

DES iMOliNES. 'i'il

gibot, où 011 le pendit et d'où ou le décrocha avant qu'il eût Vendu le dernier soupir, pour lui ouvrir le tlanc, lui arracher le cœur et lui couper les pieds, alin d'apprendre aux moines d'outre-nier qui oseraient fouler le sol anglais quels supplices leur l'ernieraient le retour dans leur patrie^ — « Mais, » dit le bénédictin espagnol qui a ajouté ce récit aux glorieuses annales de son ordre, « quel cœur des nôtres ne se sentirait pas enllammé, par cet exemple, à souffrir pour le Christ et à répéter le texte sacré : Qaam speciosi sunt pedes evangelizantium pacem^ evangelizantiuni io?2a/ D'ailleurs, » continue l'annaliste castillan, « s'il est une entreprise qui appartienne en propre à Tordre de saint Benoît, c'est la mission d'Angleterre, car nos pères ont conquis cette île au Christ, par leur parole et par leur sang. Us y ont possédé en foule des monastères illustres parmi les plus illustres de l'Europe. Quand les généraux et les capitaines d'armes veulent animer leurs soldats au combat, ils leur rappellent leurs exploits passés, leurs victoires, la gloire de leur nation, le salut et l'honneur de leurs femmes et de leurs enfants. C'est ainsi qu'il me semble entendre notre père saint Benoît qui du haut du ciel parle à ses religieux ; qui leur rappelle comment l'Angleterre a été introduite

1. Como amenaçando a los inonges de Espana que no pasbeu a aquella isla , por que ellos padeceran lob misinos tormentos y no tendran pies para bolver a su tien a. YtPEs Coronica gênerai de S. Benito, 1609, t. I,p. 448.

'l^n INFLUENCE SOCIALE ET POLITIQUE

au giron de l'Eglise par saint Grégoire et les moines apôtres de cette île; qui prescrit aux religieux de toutes ses congrégations d'y retourner pour l'honneur de la religion, de ne pas y laisser anéantir cette foi plantée })ar la main de ses fils ; de ne pas oublier tant d'àmes qui soupirent après la vie religieuse, et de porter secours à notre mère la sainte Église, si cruellement persécutée par l'hérésie \))

Mais détournons nos regards attristés de cet avenir sanglant, si différent et si éloigné encore du temps que nous venons de raconter. Malgré les abus et les périls qu'il faut signaler, pour être vrai, dès l'origine des missions monastiques, de longs siècles de ferveur et de foi, d'union avec l'Eglise romaine et la chrétienté catholique, vont succéder à ces premiers beaux jours de l'Angleterre convertie par les moines. D'abondantes moissons vont naître, pendant tous ces siècles, dans les sillons creusés par les disciples d'Augustin et deBede. Avant de produire le grand peuple que le monde admire et envie, pourvu des institutions les plus nobles et les plus sages que les hommes aient connues, d'une littérature riche en génies incomparables, et d'une puissance plus vaste que celle de l'ancienne Rome, l'Angleterre va devenir la grande base d'opération des conquêtes spirituelles de la

Page 1