Voir au tome II, livre IX, p. 587 et
3. Voir au tome IV, p. 61. Bede dit que ce fut à Chelles quHereswida se fit religieuse ; Pagi, dans sa Critique de Baronius (ad unii. 680, c. 14 à 20), soutient, par des raisons trop longues à énumércr, que Bede et Mahillon se sont tous les deux trompés, l'un en supposant qu'ilereswida fut religieuse à Chelles, et l'autre que Hilda alla l'y rejoindre. Il prouve qu'il n*y avait aucune trace de la présence des deux sœurs dans les archives ouïes calendriers de Chelles avant 1672, époque où la communauté obtint de l'archevêque de Paris, llarlay, sur le rapport du fameux casuiste Sainte-Beuve, la faculté de célébrer la fcte de saijite Ililda le 27 novembre, et d'inscrire le nom de sainte Hereswida au calentU'icr de la sacristie, à la date du 0 décembre.
LES RELIGIEUSES Ai\GLO-SA XON^ E S. '259
avait déjà cherche un asile et devait achever sa vie en pratiquant la règle monastique ^
Ce n'étaient pas seulement , comme on pourrait le croire d'après ce rapprochement avec le grand apôtre celtique de la France orientale, les Northumbriennes, converties au christianisme par des missionnaires celtes, qui accouraient ainsi auprès des fdies spirituelles de saint Colomban. C'étaient encore et surtout les jeunes princesses et les filles de grande maison du royaume de Kent, exclusivement converties par les missionnaires romains. L'arrière-petite-fdlc du premier roi chrétien des Anglo-Saxons , Earcongotha , ajouta un nouveau lustre à la communauté de Faremoutier par la sainteté de sa vie et de sa mort. Ce fut, dit Bede, une vierge de grande vertu, digne en tout de son illustre origine\ L'Est-Anglie fournit aussi son contingent à la puissante fondation de la noble Burgundofara : deux sœurs de cette Etheldreda, dont on a vu l'étrange histoire, gouvernèrent successivement, malgré leur qualité d'étrangères, l'abbaye gallofranque de Faremoutier, pendant que leur sœur fon-
i. In codcm monastcrio soror ipsius HercsAvid, mater Aldulfi régis orientalium Anglorum, regularibus subdita disciplinis, ipso tempore coronam expectabat œlernam. Bede, IV, 25. — Pagi croit qu'elle se fit religieuse sept ans avant la mort de son mari, mais avec le consentement de celui-ci.
2. Ut condigna parenti soboles, magnarum fuit virgo virtutum, sei'viens Domino in monasterio quod... constructum est ab abbatissa iiobilissima,\ocabulo Fara. Bedè, III, 8.
2G0 LES RELIGIEUSES ANGLO-SAXOiNNES.
dait le plus grand monastère de femmes qu'on eût encore vu en Angleterre ^ Dix siècles plus tard, une autre princesse étrangère, recueillie à Faremoutier et vouée à l'immortalité par le génie de Bossuet, lui donnait l'occasion de consacrer à cette fameuse maison un panégyrique, plus applicable peut-être à la communauté du septième siècle qu'à celle du dixseptième. « Dans la solitude de Sainte-Fare, autant éloignée des voies du siècle que sa bienheureuse situation la sépare de tout commerce du monde; dans cette sainte montagne, où les épouses de Jésus-Christ faisaient revivre la beauté des anciens jours, où les joies de la terre étaient inconnues, où les vestiges des hommes du monde, des curieux et des vagabonds ne paraissaient pas , sous la conduite de la sainte abbesse, qui savait donner le lait aux enfants, aussi bien que le pain aux forls, les commencements de la princesse Anne étaient heureux ^ »
Lorsque la reine Bathilde, elle-même Anglo- Saxonne de naissance, eut rétabli le célèbre monastère de Chelles, l'illustre abbesse qu'elle y plaça vit sa communauté s'accroître par la foule de religieuses que la renommée de ses grandes qualités et de sa tendre bonté attira d'au delà de la Manche. Les chrétiens des deux sexes subirent cet attrait; car il
1. Sœthryd, filia uxoris Aniifc régis... et filia iialuralis ejusdeni régis iïdilberg, quœ utraque, cuni csset peregrina, prœ merito virtutum... est abbalissa constituta. Ibid Cf. Bolland., t. II Julii, p. 481.
2. Oraison funèbre de la princesse palatine, Anne de Gonzague-
y eut à Chelles autant do moines anglo-saxons que (le religieuses. Tout y prospérait si bien ; tout y respirait une piété si active, si ardente et si charitable, que les rois de l'Heptarchie, séduits par le parfum de vertu et de bonne renommée qui s'exhalait du double monastère peuplé par leurs compatriotes, sollicitaient à l'envi l'abbesse Bertile de leur envoyer des essaims de cette grande ruche pour en ])eupler les nouvelles fondations de l'Angleterre^
C'est do là que vint très-probablement ce Bo- cotuiphe
et
tulphe, dont on a déjà dit un mot, et qui fut un des les deux contemporains de Wilfrid les plus activement dé- est ^-' angUem.es. voués à la propagation de l'institut monastique \ Avant d'être restitué à sa terre natale, il avait inspiré un vif et profond attachement à deux jeunes princesses est-angliennes qui, à peine sorties du berceau, avaient été envoyées en France pour y apprendre la vie monastique. Elles aimaient en lui, nous dit-on, un grand maître delà vie sainte et chasie, mais encore plus le compatriote, l'homme de leur pays et de leur race. Quand elles surent qu'il allait rentrer
i.Cujus conversatio sobria et benignissima advocavit plurimas fidelium animas feminarum immoque et \irorum. Nec solummodo ex vicina provincia, sed etiam ex transmarinis partibus, sanctœ hujus feminse felici fama percurrente, ad eam reliclis parentibus et pal ri a cum summo amoris desiderio... feslinabant... Etiam a transmarinis partibus Saxoniœ regcs illi fidèles ab ea permisses postulabant... qui virorum et sanctimonialium cœnobia in illa regione construerent. Vila S. Berlilœ, c. 5 et 0, ap. Mabiu.ox, Act. SS. 0. S R., voir t. Ilf, p. 20.
•2. Voir plus haut, an tome IV, p, 475
flans la patrie, elles demeurèrent pénétrées d'une tristesse dont elles ne purent se consoler qu'en le recommandant de leur mieux à leur jeune frère, qui était roi on ne sait trop où, sous la régence de leur mère : après quoi on n'entend plus parler d'elles^ Leur jeune et touchante image n'apparaît que pour témoigner ainsi de la persévérance de leur patriotisme au sein du pieux exil qui leur était imposé. C'est un sentiment dont nous retrouverons maintes fois la trace chez les religieuses anglo-saxonnes.
Y eut-il Mais parmi ces premières religieuses de l'Hep-
reiigieuses tarchic, u'v out-il pas avant tout des viero-es
celtiques ... '
chez d'oriffine celtique, venues d'Ecosse et d'Irlande,
lesAnglo-Saxons? " ^ ...
comme tous ces moines missionnaires dont on a vu les exploits? Rien de plus probable, bien que l'on n'en trouve aucune preuve positive. On ne saurait, à ce propos, passer sous silence une sainte princesse dont la mémoire est encore populaire dans le nord de l'Angleterre, et dont la plupart des annalistes se sont longtemps accordés à proclamer l'origine irlandaise, en même temps qu'ils reconnais-
1. Erant in eodem monasterio... sororcs dupc Edelmundi rogis... diligebantque pr.Tcipuum palrem Colulfum sicut doctorcm s-anctitalis et castimonipo, et phiriinum ob studiiim gcntis siirc. Adliiic siqnidem tenellulîie missir fucrant ultra mare ad discendam in monasleriali g^yinnasio disciplinam cœleslis sopliifc. Yidcntes Leatum ac dilectiim Doclorem velle repatriare, nin rentes mandata imponiint prceferenda régi et fralri. Vifa S. Bofiilfi, ap. Acta SS. 0. S. H., srec. HI, t. llf, p. 5.
saient en ello l'initiatrice de la vie religieuse parmi
les vierges et les femmes de la Nortluimbrie. A l'ouest Légende
. . . de
de cette région, dans ce qu'on appelle aujourd'hui le sainte Bega Cumberland,sur un promontoire baigné par les flots de la mer d'Irlande et d'où l'œil peut par un temps clair embrasser à la fois les côtes méridionales de l'Ecosse et les pics lointains de l'île de Man, un édifice religieux conserve encore le souvenir et le nom de sainte Bega\ Fille d'un roi d'Irlande, elle était, au dire de la légende, la plus belle personne de l'île, et le fils du roi de Norwége l'avait déjà demandée en mariage. Mais elle s'était vouée, dès sa plus tendre jeunesse, à l'Epoux des vierges, et avait reçu d'un ange, comme sceau de ses fiançailles célestes, un bracelet marqué du signe de la croix \ Dans la nuit qui précéda le jour iixé pour ses noces, pendant que les gardes du roi son père, au lieu défaire le guet selon la coutume, le sabre au côté et la double hache sur l'épaule, étaient plongés dans
1 . En anglais Saint-Bee's; c'est le nom que porte encore le promontoire, surmonté d'un phare et situé un peu au midi de Whiteliaven Sur le revers méridional de ce cap, et abrité par sa hauteur contre les vents de mer, au milieu d'un groupe de beaux arbres, s'élève le prieuré, bâti par Raoul de Meschines, en 11*20, et restauré en 1817 pour servir de collège ecclésiastique anglican. Il subsiste encore quelques débris précieux des constructions du douzième et du treizième siècle, et même, selon quelques antiquaires, de l'édifice saxon, détruit parles Danois, qui a précédé la fondation normande.
2. Accipe, inquit, eulogium istud a Domino tibi missum, quo te illi subaratam [sic] agnoscas. Pone ergo illud sicut sigimm snpcr cor tuum et super brachium tunm, ut ntdlum admittas prêter ipsum... Cf. Cantic. vni, 0.
l'ivresse avec leurs hôtes, elle s'échappa seule, sans autre richesse que le bracelet dont Tange l'avait dotée, se jeta dans un esquif et alla débarquer sur la rive opposée, en Northumbrie, où elle demeura longtemps dans une cellule au milieu des bois, mêlant à la prière le soin des pauvres malades d'alentour \ La crainte des pirates qui infestaient les côtes la porta plus tard à gagner l'intérieur du pays. Oue devint-elle ensuite? Ici la confusion, si fréquente dans tous ces récits entre la légende et l'histoire, devient à peu près inextricable. Est-ce elle qui, sous le nom de Heïu, nous est désignée par Bede comme celle à qui l'évêque Aïdan, apôtre de la Northumbrie, fit prendre le voile et qu'il plaça à la tête de la première communauté de filles qui eût été vue dans le nord de l'Angleterre^ ? Est-ce encore elle qui, sous le nom de Begu, après avoir abdiqué la dignité d'abbesse, vécut pendant trente années humble et simple religieuse, dans un des monastères soumis a la grande nbbesse de Whitby,
1. Erat speciosa forma prpc cuiictis fjliabus rcgionis illiiis... Yirgo armillam super se l'ère indesinenter portavit. .. Indulgebant calicibus cpolandis potentcs ad polandum et viri fortes ad miscendam ebrielalem... Plures ex fortissimis Ilyberniœ ambiebant totiim palalium et iiniuscujusqiie sica super fémur suum et bipennis super humcriun et lancea in manu ojus... Pater ejus... inventam reduceret, et reductam plagis vapularet multis... Omnia claustra ad tactum armillœ clavis David virgini egregiaj cgredienti aperuit... Tn loco tune temporis satis nemoroso secus lilus maris posito cellam virgineam sibi construxit.. Vit{i S. Begx et de miracilis ejnsdem. Éd. Tomlinson, Carlislc, 185.2, p. 'iG-5j.