‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 91 sur 110 · Voir t. II, p.545, G · texte numérisé non relu

Voir t. II, p.545, G

2. iMadillon, Ann. Bened.,t. I, p. 125: La>-igax, EccL Hist. oflreland, t. Il, p. 19-20; Lingaud, Antiqulties, t. I, p. 212, et surtout. Yarix, 2« Mémoire, déjà mainte fois cité.

5. Voir tomel, p, 85. Cf. Pali.adius, nist. hausioca. 30-42 ; Iîou.axd., t. m Maii,p. 304.

deux communautés soumises à son gouvernement. Nous en avons signalé un remarquable essai en Espagne, lors de cette prodigieuse aftlucnce de néophytes monastiques des deux sexes qui vint se ranger sous l'autorité de saint Fructueux \ Malgré l'assertion contraire de Muratori , le témoignage irréfutable de Bede prouve qu'il y avait au moins une communauté de ce genre à Rome même, au milieu du septième siècle ^

Mais c'est surtout en Irlande qu'on les voit germer spontanément dès les premiers temps de la conversion de cette île, à tel point que l'apôtre du pays, saint Patrice, se vit obligé de prévenir par de sages précautions les désordres et les scandales qui auraient pu provenir du rapprochement trop intime ou trop fréquent des religieux de différents sexes ^ Toutefois les premiers pontifes et missionnaires de l'Hibernie, forts de cette chasteté exceptionnelle du tempérament irlandais, quiestdemeuréjusqu'ànos jours le glorieux

i. Voir plus haut, liv. VU, t. II, p. 248.

2. Cum monachum quemdam de vicino Virginum monastcrio, nomine Andream, pontifici offerret, hic ab omnibus qui novere, digniis episcopatu judicatus est. Hist. EccL, IV, 1. —Muratori soutient que les doubles rconastères ont toujours été inconnus en ItaUe. Antiquit. medii œvi, t. V, p. 527.

3. Sanxivit ut a mulieribus viri sequestrarentur, et utrique sua œdificia et oratoria distincta construerenlur, Jocelixus, Vit. S. Pair., ap. BoLLAMD., p. 592. — Le canon 9 du 2« concile qui lui est attribué est ainsi conçu : « Monachus et virgo, unus ab hinc et aHa ab aliunde, in uno hospitio non commeant, nec in uno curru a villa in villam (liscurrant, nec assidue invicem confabulationem exerceant. » Ap, Coi.FTTI. t. IV, p. 754.

ÔIG LES RELÏTrlEUSES ANGLO-SAXONNES.

privilège de celte race, foris surtoul de leur propre ferveur et de leur passion exclusive pour le salut des auies, ne redoutaient ni la société des femmes qu'ils avaient converties ni la charge de les gouverner quand elles voulaient se consacrer à Dieu \ Moins rassurés, si ce n'est plus humbles, leurs successeurs, ceux qui sont qualifiés de saints du second ordre dans les annales hagiographiques de l'Irlande, déclinèrent la responsabilité de cette administration des communautés plus ou moins nombreuses de vierges qui s'étaient groupées autour des saints plus anciens \ Ils poussaient la rigueur au point de refuser l'accès de leur retraite même aux recluses qui ve-

1. Mulierum administralioiicm et consortia non respuebant : quia super petram-Christi fundati, ventum tentationis non timebant. Ancien texte cité par Ussher. — A cette catégorie de saints se rattache l'évêque Dega Maccaryl (déjà cité plus haut, t. III, p. 91), mort en 586 et dont il est dit : Confluxerunt undique ad eum sanctîc virgines, ut sub ejus régula degerent... Moniales illas versus septentrionemducens, in diversis locis diversa monasteria, in quibus cuni aliis virginibus seorsuni Deo servirent, eis, prout decuit, construxil. » BoLLAND., t. lïl Augusti, p. 660. On voit d'ailleurs qu'un abbé voisin fit des reproches au saint évoque, ut eum de susceptione virginian objurgaret.

Il y a aussi l'exemple des trente filles éprises de saint Mochuda. qui finirent par devenir religieuses sous son autorité, dt^à ci lé, t. III, p. 04. Puis celui de sainte Monynna, contemporaine de saint Patrice, qui, avec huit autres vierges et une veuve, va chez un saint évoque Ibar, et longo tempore sub ipsius disciplina eum multis aliis virginibus permansit. Boi.land.,!. II Julii, p. 291.

2. Pauci episcopi et multi presbyteri, diversas missas celebrabant, et diversas régulas; unum Pascha XIV luna ; unam tonsuram ab aure adaurem; abnegabant mulierum administralionem, séparantes pas a monasteriis. Texte cité jiar Usslior.

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nuent leur demander le viatique \ Cepcudanl on voit persévérer l'habitude de eombincr la fondation ou au moins l'administration des monastères de femmes avee eelle d'une communauté analogue d'hommes. Mais comme les saints abbés ne voulaient plus se charger de gouverner les religieuses, on renversa le problème. De là sans doute cet usage singulier , mais universellement établi à partir du septième siècle, non pas en Irlande, où je n'en ai trouvé aucun exemple, mais dans toutes les colonies irlandaises composées de deux communautés réunies, qui soumettait non les religieuses à l'autorité d'un supérieur ecclésiastique, mais les moines à celle de l'abbesse des religieuses leurs voisines.

Tel était l'état des choses dans les fondations que nous avons vu éclore sous l'inQuence de saint Colomban, l'apôtre irlandais des Gaules, dans les Vosges, dans la vallée de la Marne et de la Seine ; tel est celui que nous retrouverons en Belgique, lorsque nous y constaterons T influence monastique des Irlandaiset des Bretons. Les princesses anglo-saxonnes vouées au cloître avaient donc trouvé cet usage éfa-

1. C'est ce que l'on raconte de saint Senan, fondateur, vers 530, d'un monastère dans une île à l'embouchure de la Sliannon, où il n'était permis à aucune femme de débarquer :

Cui pra>sul : quid fominis Commune est cum monacliis ?

>'cc te nec ullam aliam Admittcmus in insulani.

Vila rliyt/nnica, ap, Lamoan, H, 7.

bli dans les maisons de la Gaule où elles avaient reçu leur éducation religieuse, à Faremoutier, aux Andelys, à Chclles, à Jouane ^ Elles le rapportèrent en Angleterre, où il fut immédiatement et universellement adopté ; car de toutes les grandes abbayes de femmes dont nous avons parlé, il n'y en a pas une seule où l'on ne trouve un monastère de clercs ou de preires placés aux portes de la communauté de religieuses et gouverné par ^abbesse^ Rappelons seulement Wbitby, où la princesse Hilda dirigeait le monastère-école, qui fut la pépinière de tant d'éveques et de missionnaires, mais dont le houvier-poëte Ceadmon, déjà tant de fois cité, demeure la principale célébrité ^'; puis Ely, où la reine Etheldreda attira par son exemple et rangea sous ses lois non-seulement de saints prêtres, mais encore des hommes d'un rang élevé dans la vie séculière*. Ce qui dut contribuer plus que toute auti'e raison à faire prévaloir un si singulier usage, ce fut sans doute la nécessité de pourvoir aux besoins spirituels d'abord des religieuses si nom-

1. Beue, III, 8. — Mabili.on, Acta SS. 0. S. D.., t. I. p. 420; t. lU, p. 20.

'2, Erat eo tempore luonastcriis feminarum, amplis prœsertim ac iiumerosis, coiijuncta virorum, qui iis sacra administrarcnt, et familiam reliquam erudirent : cidem tamen abbatissrc omnes obediebant. BoLLAND., De S. Cedmouo, t. Il Fel^r., p. 552

o. Voir plus haut, t. iV, p. G7.

4. Voir plus haut, t. IV, p. 2i9. Rappelons encore Repion, où saint Guthlacallase faire moine, sous l'autorité de l'abbcsse Elfrida; voir plus haut, p. 121 de ce volume.

LES KELIGIKUSES AMi LO-S AXO.WNE S. 519

brciisos qui peuplaient ces monastères, puis de la population laïque répandue sur les vastes domaines dont la fondatrice, qui était le plus souvent une princesse de la dynastie régnante, avait fait le patrimoine de sa communauté. Les prêtres et les clercs chargés de cette double mission se trouvèrent naturellement réunis, eux aussi, dans une sorte de communauté, mais soumise à l'autorité de celle qui était à la fois la supérieure spirituelle et la dame, la seigneur esse ^ si l'on peut ainsi s'exprimer, du territoire monastique \ Tous ensemble formaient une sorte de vaste Amiille, gouvernée par une mère à défaut de père, et où la maternité devait être la forme naturelle de l'autorité, d'autant plus que les néophytes étaient souvent admis avec toute leur descendance, témoin Ceadmon lui-même qui n'entra à Whitby qu'avec tous les siens, et ce petit enfant de trois ans que Bedc nous montre nourri et soigné dans la cellule des savantes religieuses de Barking^

L'archevêque gréco-asiatique, Théodore, lorsqu'il vint de Fîome pour achever l'organisation de l'Eglise anglo-saxonne^, paraît n'avoir pas goûté cette insli-

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