Voir plus liant, t. IV, p. 20G
ÔL'O LES RELIGIEUSES A> GLO-SAXU.NiNES.
Uition, qui n'avait pas été inconnue de l'Orient chrétien, mais qui probablement y avait laissé des souvenirs équivoques. On a de lui un capitule qui interdit toute fondation de ce genre, lout en respectant celles qui existaient déjà^ Mais comme tant d'autres canons et décrets, celui-ci demeura inexécuté : des communautés fondées après sa mort , comme Winbourne, étaient en pleine fleur au huitième siècle, et rien n'annonce que les doubles monastères aient cessé de fleurir jusqu'à la ruine générale des cloîtres par les Danois à la fin du neuvième siècle. Ils furent ensevelis dans cette calastrophe, et Ton n'en retrouve aucune trace dans la renaissance monastique dont le roi Alfred et le grand abbé Dunstan furent les auteurs. C'était un fruit propre à la jeunesse de l'Eglise, laquelle, comme toutes les jeunesses, a connu des hardiesses, des dangers, des orages, des désordres d'une nature propre à cet âge, mais qui disparaissent en temps utile.
C'était surtout une nouvelle et très -frappante preuve de cet ascendant de la femme dans l'ordre social, que nous avons déjà signalé, d'après Tacite, chez les Germains comme chez les Bretons -. Main-
1. Non liccl. viris feminas liabere monaclias, neque femiiiis viios, tameii non destriiamus illud cjuod consuetudo est in hac terra... Capitula et fragmenta, ap. Tiiouie, Ancient Laws and Institutes, p. 307.
2. Nequc ciiiin sexuni in iuiperio disconuuiL. Agric, c. 10. — Soli- Unn Britannis l'cniinaruiH duclii bellare. Annal., XIV, 55.
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tenu, consolide et, sous certains i'a])ports, sanctifié par l'esprit chrétien chez les Anglo -Saxons, il est demeuré tout-puissant chez cette race. Il a enlanté cette déférence à la fois officielle et populaire pour le sexe faible, et je dirais volontiers cette pudeur publique dont les Anglo-Saxons d'aujourd'hui nous donnent aux Etats-Unis un si lumineux et si honorable exemple dans leurs écoles primaires de garçons, dirigées, souvent au sein des plus grandes villes, par des jeunes filles que protège contre tout outrage, contre tout sarcasme même, le respect universel des pères et des fils *.
Hâtons-nous d'ajouter que, même à cette époque primitive, on ne rencontre aucune trace des abus ou des désordres que l'esprit soupçonneux du critique moderne pourrait supposer. Gela s'explique par les précautions que l'on retrouve partout, lors de la construction des doubles monastères et dont il ne paraît pas qu'on se soit jamais départi. La double famille habitait séparément, dans deux édifices tout à lait distincts % bien que rapprochés. En règle générale, les religieuses ne sortaient pas de leur clôture, et il était strictement interdit aux moines de pénétrer dans l'enceinte réservée aux religieuses, sans la
1. Emile de Laveleye, de t Instruction publique en Amérique, coutirmé d'ailleurs par les récits de tous les voyageurs iiupartiaux.
2. Multi de fratribus ejusdem monasterii qui aliis erant iu sedibus (Bede, lil, 8), à propos de Faremoutier. — Eain monasterii partein, (jua ancillarum Dei caterva a virorum erat sécréta contubernio. IbiO., IV, 7, à propos de Barking.
iMoiNEs D'ocr V, iJl
j)ermission de l'abljesse et hors de la présence de plusieurs témoins. A Winbourne, qu'il faut toujours citer comme le type des établissements de ce genre, ces deux monastères s'élevaient côte à côte, comme deux forteresses entourées chacune de murs crénelés. L'austérité de la discipline primitive y était en pleine vigueur du temps où y séjourna cette 720-748 Lioba, qui devait, sous les auspices de saint Boniface, introduire en Allemagne la vie claustrale des femmes. Les prêtres étaient tenus de sortir de l'église aussitôt leur messe célébrée ; les évêques euxmêmes n'étaient point admis dans le monastère des femmes, et l'abbesse ne communiquait avec le dehors, pour donner ses ordres à ses sujets spirituels et temporels, qu'à travers une fenêtre grillée \ De toutes les grandes communautés de ce genre dont l'histoire nous parle, Coldingham est la seule dont la mémoire ne soit pas restée irréprochable : nous l'avons dit plus haut, en constatant le rôle historique de la princesse northumbrienne, Ebba, fondatrice de cette maison \ Encore faut-il bien constater que les scandales qu'y signalait Bede, le sévère
1. PoiTO ipsa congregationis mater, quaiido aliquid exterioriim pid Lililitate monaslerii ordinare vel mandare necesse erat, per fenestraiu loquebatur, et inde decernebat qusecumque ordinanda aut mandanda Litilitatis ratio exigebat... Virgines vero cum quibus ipsa indesineiitei' nianebat, adeo iinmunes a virorum voluit esse consortio, ut non tantiim laicis aut clericis, verum etiam ipsis quoque episcopis incongregationem earum negaret ingressum. Vita S. Liobx, auct. Rldol^ puo, c. '1, ap. AcTA SS 0. S. B.. stec. III, p. 2.