‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 102 sur 134 · OzANAM, CiviUsalion chrétienne chezle.s Francs, p. 15i · texte numérisé non relu

OzANAM, CiviUsalion chrétienne chezle.s Francs, p. 15i

DE CANTORBÉUY. 591

(le votre clergé, mais bien instituer dans la nouvelle Eglise des Anglais la vie commune comme nos pères la pratiquaient dans l'Eglise naissante \ »

Pourquoi, demandait Augustin, y a-t-il diverses coutumes dans l'Église, puisque la foi est une ; et pourquoi la liturgie selon laquelle on célèbre la messe dans les églises des Gaules (que suivait probablement la reine Berthe dans son oratoire de Saint- Martin) diffère-t-elle de celle de l'Église romaine?

c< Votre Fraternité, » répond le Pape, a connaît l'usage de l'Église romaine, où vous ne sauriez oublier que vous avez été élevé. Mais soit que vous trouviez dans l'Église de Rome ou dans celle des Gaules, ou dans toute autre, quelque usage que vous croirez plus agréable à Dieu, je vous enjoins de le recueillir avec soin, et de l'établir dans la nouvelle Eglise des Anglais. Car il ne faut pas aimer les institutions à cause des lieux d'où elles viennent, mais plutôt les lieux à cause des bonnes institutions qu'on y observe. Choisissez donc dans toutes les Églises tout ce qu'il y a de pieux et de raisonnable, et faites de ce bouquet spirituel la coutume des Anglais ^ »

1 . Interrogatio beati Augustini cpiscopi Canliiariorum Ecclesirc... Rcspondit Gregorius papa urbis Romœ... Tua fraternitas monasterii rogulis erudita, seorsum vivere non débet a clericis suis. Bkde, i, 27. V,nEG., Epist., XI, 64.

2. Novit fraternitas tua Romanse Ecclcsise consuetudinem in qua se meminit cruditam. Sed mihi placet, sive in Romana, sive Galliarum, seu in qualibet Ecclesia, aliquid invenisli quod plus omnipo-

592 SAIiNT AUGUSTIN

On reconnaît bien là le pontife qui avait déjà bravé les critiques de quelques petits esprits en introduisant à Rome divers usages que l'on croyait empruntés à l'Église de Constantinople, et qui leur disait : « Je serai toujours prêt à détourner mes subordonnés du mal, mais à les imiter dans le bien, en l'empruntant à n'importe quelle Eglise. Il n'y a qu'un sot qui puisse mettre sa primauté à dédaigner d'apprendre ce qu'il y a de mieux \ »

Interrogé sur les peines à infliger aux voleurs sacrilèges, et sur la disposition de la loi romaine, qui imposait au voleur la restitution du double ou du quadruple, Grégoire prescrit de tenir compte, dans le châtiment, de l'indigence ou de la richesse du larron, mais toujours avec une charité paternelle, et une modération qui retienne l'âme dans les limites de la raison. Quant à la restitution , « à Dieu ne plaise, » dit-il, « que l'Eglise veuille gagner à ce qu'elle a perdu, et- cherche à tirer profit de la folie des hommes ^' »

tenti Deo posait placere, sollicite eligas, et in Anglorum Fcclesiîc qiiœ adhuc ad fidein nova est, institutione prpecipua, quîe de iimltis Ecclesiis colligere poluisti. infundas. Non enim pro locis res, sed pro bonis rébus loci amandi sunt. Ex singulis ergo quibusquc Ecclesiis quse pia, quœ religiosa, quœ recta sunt, elige : et h ec quasi in fasciculum collecta, apud Anglorum mentes in consuetudinem depone.

1. Si quid boni vel ipsa vel altéra Ecclesia habet, ego et minores meos quos ab illicitis prohibée in bono imitari paratus sum. Stullus est onim qui in eo se primum existimat, ut bona quœ viderit discere contemnat. Episl., X, i'I. AdJoann.,Syracus. Episc.

2. Iti ut mens extra rationis rogulam omnino nihil laciat... Absit

Augustin demandait encore quelles règles il fallait suivre sur les mariages entre parents au degré prohibé, sur les devoirs de la chasteté conjugale, sur ce qu'on devait conserver des puri.iications imposées aux femmes par la loi de Moïse. Grégoire interdit absolument les mariages entre belles-mères et beaux-fils , qui étaient en usage chez les Saxons, comme entre beaux-frères et belles-sœurs. Mais pour ce dernier cas, il ne veut pas qu'on prive de la communion les néophytes qui auraient contracté de ces mariages avant leur conversion ; de peur, dit-il, qu'on ne semble les punir de ce qu'ils ont fait par ignorance ; car il y a des choses que l'Eglise corrige avec ferveur, il y en a d'autres qu'elle tolère par mansuétude , ou qu'elle dissimule par prudence, mais toujours de manière à contenir le mal qu'elle supporte ou qu'elle dissimule. Il voulait, d'ailleurs, traiter les Anglais comme saint Paul les néophytes, qu'il nourrissait non de viande solide, mais du lait des nouveaux-nés. Dans la suite de ses réponses, «il donne au lit nuptial ces lois sévères qui font la sainteté, et aussi la vigueur, la fécondité de la famille chrétienne \ » Il n'admet pas que l'on doive écarter de l'Église la femme qui vient d'enfanter, et qu'on lui fasse ainsi un crime de ce qui est sa peine. Mais il s'élève avec énergie contre l'usage per-

iit Ecclosia cum aug-mento recipiat qiiod de terrenis rébus videtur amittere, et lucra de vanis quaîrere.

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