Llngaud, Anglo-Saxoli Cliiirch, t. I, i
idées ilaliennes avec la rudesse, rindépendance, la virile énergie des populations de race germaine. Toujours est-il qu'il fallait du sang nouveau poui' infuser une vie nouvelle dans les germes épars ou incomplets de la chrétienté anglo-saxonne, pour continuer et achever l'œuvre des missionnaires monastiques du mont Cœlius. Ceux-ci auront toujours la gloire d'avoir les premiers abordé, défoncé, ensemencé ce sol fécond, mais rebelle; d'autres vont venir arroser de leurs sueurs les champs qu'ils ont préparés et récolter la moisson qu'ils ont semée. Mais les fils de saint Grégoire n'en demeureront pas moins devant Dieu et les hommes les premiers ouvriers de la conversion du peuple anglais. Ils ne déserteront pas d'ailleurs leur tâche. Comme des navigateurs retranchés dans un fort construit à la hâte sur la plage qu'ils veulent conquérir, ils se concentreront dans leurs premières et indestruclil)les fondations de Cantorbéry, dans le monastère métropolitain de l'église du Christ et le monastère extra muros de Saint-Augustin; ils y maintiendront le dépôt des traditions romaines et de la règle bénédictine en môme temps que cette citadelle de l'autorité apostolique qui a été pendant des siècles le cœur et la tôte de l'Angleterre catholique.
lONA
( NOTES d'lNE visite FAITE E>^ AOUT 18C2]
(Voir pages 149 el 307.)
To each voyager
Sorae ragged child holds up for sale a store
Of wave worn pebbles...
How sad a welcome!
Where once came monk and niin willi genlle s tir
Blessings to give, news ask, or suit prêter...
Tliink, proud philosopher !
Fallen though she be, this Glory of the West, Still on her sons the beams of niercy sliine; And hopes, perhaps, more heavenly iDright Ihan lliiue, A grâce by thee unsought, and unpossess'd, A faith more fixed, a rapture more divine. Shall gild their ]iassage to eternal rest.
Wor.DSWORTlI.
Le voyageur qui arrive à lona avec l'espoir d'y trouver d'imposantes ruines ou des sites pittoresques est singulièrement trompé dans son attente. Rien, comme on l'a dit dans le texte, de moins attrayant que cette île, du moins au premier abord. A la vue de cette surface plate et dénudée, on éprouve la sensation pénible que rend si bien le mot intraduisible bleak^ et
480 Al'PKNDlCE.
l'on délourne involontairement les yeux de cette plage basse et sablonneuse pour les reporter sur les hautes montagnes des lies et des côtes voisines. \ la longue cependant il se dégage de l'ensemble modeste et grave, calme et solitaire, d'un lieu si célèbre dans l'histoire des choses del'àme, une impression douce et salutaire. On se sent un peu remonté et on se dirige, à travers le pauvre village qui est le seul lieu habité de l'île, vers les ruines dont on a lu tant de savantes et splendides descriptions. Ici encore nouveau mécompte. Ces ruines n'ont rien d'imposant, rien surtout, absolument rien qui rappelle saint Columba, si ce n'est deux ou trois inscriptions en langue irlandaise (eirsch ou erse), qui était celle dont il se servait. Mais elles n'en offrent pas moins un grand intérêt à l'archéologue catholique , puisqu'elles se rattachent toutes aux fondations claustrales ou ecclésiastiques (|ui ont succédé au monastère de Columba. En se dirigeant au nord, après être sorti du village, on arrive d'abord aux débris d'un couvent de chanoinesscs , fondation postérieure au douzième siècle, mais qui avait survécu quelque ])eu à la Réforme ; transformée en écurie, puis en carrière, l'église découverte subsiste encore, et on y voit le tombeau de la dernière prieure, Anna Mac Donald, de la race des Lords ofthe isles^ morte en 1545. De là on passe au célèbre cimetière, qui fut pendant tant de siècles le dernier asile des rois et des princes, des nobles et des prélats, des chefs de clans et de communautés de toutes les contrées voisines, et, comme le dit un rapport fait en 1594, a des meilleures gens de toutes les îles, et par conséquent le lieu le j)lus saint et le plus honorable de
l'Ecosse. » A cette époque, on y voyait encore trois grands mausolées avec ces inscriptions :
TUMULUS REGLÎI SCOTl^, Tl'MULUS REGUM HIBERNI^, TUMULUS REGUM NORWEGI^fi.
Il y avait même le tombeau d'un roi de France, dont on ne donne pas le nom, mais qui aurait abdiqué avant sa mort.
On ne montre plus que l'emplacement des ces mausolées. Une tradition plus ou moins authentique fixe à huit le nombre des rois ou princes norwégiens enterrés à lona; à quatre celui des rois d'Irlande, et à quarante-huit celui des rois écossais. Mais tous les historiens sont d'accord pour constater qu'Iona fut, depuis les temps fabuleux de Fergus jusqu'à Macbeth, la sépulture ordinaire des rois et des seigneurs de race scotique, et môme de quelques princes saxons, tels que Egfrid, roi des Northumbriens, mort en 685 ^ Shakspeare, avec sa fidélité ordinaire aux traditions nationales, n'a pas manqué de faire transporter le corps de la victime de Macbeth à lona^
La sépulture royale ne fut transférée à l'abbaye de Dumfernline que par Malcolm Canmore, le vainqueur et le successeur de Macbeth, et le mari de sainte Marguerite.
Aujourd'hui ce cimetière contient huit ou neuf ran-
1. Ejus corpus in Ilii iasula Columbae sepullum. Simeon Dunelm, ap. Twvs- HKN, Scr/plor., p. o.