Voir le passage cité p. 297, note
MOINES d'occ. m. 31
gées de tombes plates très- serrées les unes contre les autres. La plupart sont en pierre bleue et revêtues de figures sculptées en relief, d'inscriptions et d'armoiries. On y distingue sur plusieurs d'elles la galère qui servait d'enseigne héraldique aux Mac Donald, seigneurs desiles, la plus grande maison du nord de l'Ecosse. Parmi elles se voit la tombe de celui qui fut le contemporain du grand roi Robert Bruce et le héros du poëme de "Waltcr Scott, mort en 1587. On voit encore les tombes armoriées des Mac Dougall, seigneurs de Lorn, des Mac Leod, des Mac Kinnon, des Mac Quarie, et surtout des Mac Lean, c'est-à-dire de tous les chefs de clans des régions voisines, puis ])lusieurs tombes d'évéques, de prieurs et d autres ecclésiastiques du quinzième et du seizième siècle.
Au centre du cimetière s'élèvjs une chapelle ruinée, dite de Saint-Oran , d'après le nom du premier des moines irlandais qui mourut après leur débarquement dans l'île. Elle est longue d'une trentaine de pieds sur quinze de large, avec un assez beau portail occidental à plein cintre. C'est le monument le plus intéressant et peut-être le plus ancien de l'île; car il passe i)our avoir été construit par la sainte reine Marguerite, femme de Malcolm Canmore {-f 1095), mère du roi saint David, Tune des plus touchantes figures de Tbistoire d'Ecosse et de la chrétienté, régénératrice de la foi et de la piété en Ecosse, et animée d'une grande dévotion envers saint Columba, par Tintervention dii- (pielelle avait obtenu son unique enfant après une longue stérilité ' .
li Fonni.N, Scoti-ch onicon, v. 57. lieevé's Adam.nan, p. x'vx et cds.
APPEMJlCi:. 48j
Avant (ranivcr au cimetière et en le quittant on icncontie deux grandes croix de ])ierre, d'un seul bloc et de douze à quatorze pieds de haut: 1 une dite des Mac Lcan, et l'autre de saint Martin, les seules qui restent des trois cent soixante (ju'on dit avoir autrefois existé dans l'île. Toutes deux, plantées dans un piédeslal de granit rouge, sont d'une forme élancée, recouvertes d'ornements sculptés, d'un style à la fois gracieux et i)i/arre, que la mousse dispute aux regards. L'une d'elles, celle des Mac Lean, ])assc pour avoir élé celle doul parle Adannian, dans la Vie de Cohimba. On se demande comment, avec les moyens en usage à une époque si reculée,l'on a pu équariir, sculpter, transporter et dresser des blocs de granit d^une telle dimension ^
On arrive enfin à l'église cathédrale ou jilutot abbatiale, vaste édihce oblong, en granit rouge et gris, de cent soixante-dix pieds de longueur sur soixante-dix de large dans le transsept, ruiné et sans toit comme tous le autres, mais ayant conservé tous ses murs et plusieurs grosses colonnes cylindriques rudement imagées, avec les tombes d'un abbé (îu clan des Mac Kinnon en 1500, et de divers chefs des Mac Lean. Sur la croisée du transsept s'élève une tour carrée qui se voit d'assez loin en mer et (pu est éclairée par des fenêtres pourvues de clôtures en pierre, ajourées ou découpées en losanges et en cercles au lieu de vitraux, comme il s'en trouve encore à Yillers, en Brabant, et à Saint-Vincent et Anastase, près de Rome^ Le clicvet du ciiour est carré, et ne doit
l.Ces croix sont repruduiles avec une yiandc exacliUide dans le tome 11 du grand et bel ouvrage de M. Stuart, que nous avons drjà signalé à nus lecteurs, SculptiirediUones of Scolland.
2. Voir sur ces l'encstragcs en pierre les cuiicux travaux de M. Albert
484 APl'E.NDICE.
pas remonter au tielîi du quatorzième siècle; mais d'autres parties de l'église sont du douzième et du treizième. Elle offre, comme la belle église abbatiale de Kelso , dans lÉcosse méridionale, cette ji^rticularité curieuse que le cbœur est deux fois plus long que la nef.
L'aspect sombre et triste de toutes ces ruines provient en partie de l'absence de toute verdure et de ce lierre qui, surtout dans les îles Britanniques, forme Tattrayante parure des débris du passé.
Cette église devint, au quatorzième siècle, la cathédrale de l'évéché des îles. Cet évéché était celui dont le titulaire résida plus tard à il7f/??, l'une des Sudereys, c'est-à-dire des îles situées au sud du promontoire d'Ardnamurcban, et distinctes des ISorderneys^ au nord de ce cap, division qui date du temps desNorwégiens. De là le titre d'Episcopus Sodorensis ^ et en anglais Sodor et Man. lona devint la cathédrale de l'évéché pour les îles restées écossaises, après la réunion de Man à l'Angleterre par Edouard I".
Après la réforme et la suppression de tous les évccliés et monastères, décrétée en 1561 par la Convention des Etats ^ le synode calviniste d'Argyle livra tous les édifices sacrés d'iona à une horde de pillards qui les réduisirent à l'état où on les voit encore. Pendant tout le dix-huitième siècle,' les ruines et le cimetière étaient abandonnés à la vaine pâture , la cathédrale servait d'étable ; et ainsi se trouvait accomplie une prophétie en vers irlandais attribuée à saint Columba , d'après la-
Lcnoir, dans son ArchUeclure monas'ique, 1" partie, p. 153 et 301, et de M. Éd. Didron, Annales archéologiques; l. XXII' p. 45 et 201.
APPENDICK. 485
quelle un temps devait venir où les chants des moines seraient remplacés par les mugissements des bœufs. Alors disparurent les trois cent soixante croix qui couvraient le sol de l'île sainte, et dont la plupart furent jetées à là mer. Quelques-unes furent transportées à Mull et dans les îles voisines, et l'on en montre une à Campbelton, qui est un monolithe de granit bleu revêtu de sculptures. Dans, cette môme île de Mull, on remarque une ligne de colonnes isolées se dirigeant vers le point où 1 on s'embarquait pour ïona, et destinée, selon la tradition locale, à guider les pèlerins d'autrefois vers l'île sacrée. (Note du Révérend Th. Maclauchlan, à la Société des Antiquaires d'Ecosse, en février 1865.)
Depuis 1695 l'île appartient aux ducs d'Argyle, chefs du grand clan des Campbells, qui font veillera la garde des ruines. Elle leur rapporte un revenu annuel d'environ 500 livres sterling (7,500 fr.). Elle renferme une population de 550 habitants, tous presbytériens. Cette population si restreinte, qui ne vit que du produit de la pèche et de quelques maigres champs fumés avec du varech, où croissent des pommes de terre, de l'orge et du seigle, mais où l'avoine même ne réussit pas, offre cependant le curieux spectacle qui se retrouve jusque dans les moindres villages de l'Ecosse ; elle a deux églises et forme deux congrégations : l'iuie dépendante du culte ofOciel ou établi, dont les ministres sont désignés par les patrons laïques et vivent des anciens biens d'église ; et l'autre ralliée à la Free Kirk, c'est-àdire au culte dont les ministres sont élus et entretenus par des offrandes volontaires.
480 APl'KNDICK.
On pont consul irr sur coite île célèlire d'abord le rapport de rarcliidiacrc Miinro en 1594, puis le voyage de Joliiison aux Hébrides : PciNNArsT's, Tour in ihe Ilebrides; N. D. Graham, Antiquitie!^ of lonn, f.ondon, 1850, in-4" avec planclies ; puis une bonne notice dans le Gentleman s Mcujcmne^ de novembre 18G1 ; et enfin un volume très-complet, avec beaucoup de planclies, publié depuis la première édition de notre livre, et intitulé : The Cathedral of lona, Inj Messrs. BiJCKLERs, architects. w'tlli some account of tJie Early CeUic Church and ihe mission of saint CoJumba, par le docteur Ewing, évéquc anglican d'Argyll et des Iles. Londres, 186G.
Nous ne saurions quitter loua sans ajouter un mot sur l'île voisine de Staffa , qui renferme la -fameuse grotte de Fingall. Cette grotte, selon une légende recueillie par des voyageurs allemands, aurait été babitée et môme creusée dans le roc par saint Columba. Elle n'a été réellement connue et signalée au monde que par la visite de sir Josepb Banks, en août 1772. On n'en voit aucune mention antérieure, pas môme dans le premier voyage du grand Jobnson aux Hébrides, quoiqu'elle soit en vue d'Iona, qui ferme Tborizon au midi quand on est dans la grotte, ce qui a inspiré à AValler Scott ces beaux vers :
Whcrc as to sliame llie temples dcck'ci, 13y slcill of earthly nrchitect.
?\'atnro lierself, it scems, would rai<îc, A Miiislor lo hor niakor's praisc...
Nor (lotli ils cntrancc front in vain, To old lona's liolv f'ine.
Tlifit nnturc's voice miglit scom to say, « ^Yell liasl tliou dono, IVail cliild of clay! Tliy humble powcrs that stately slirino, Task'd liigli and liard — but Avitness mine! »
Les Ani^lais et tous les voyageurs en général professent un grand enthousiasme pour cette grotte cpii, comiîic cliacLin sait, forme une immense voûte où pénètre la mer, et qui repose sur des rangées de colonnes polygonales et symétricpies en basalte, disposées comme les cellules d'une ruche. Sir Robert Peel, dans un discours de 1857, a comparé les pulsations des flots de l'Atlantique, qui se précipitent dans ce sanctuaire, aux sons majestueux de l'orgue, mais, ajoute-t-il, l'harmonie solennelle de ces vagues chante les louanges du Seigneur ser une note l)ien autrement sublime que tous les sons des instruments humains. Ce bruit est en effet ce qu'il y a de plus grandiose dans ce site célèbre. Le reste est une merveille de la nature fort inférieure, ce nous semble, aux merveilles de l'art, et surtout de Fart chrétien. La grotte de Fingall n'a que soixante-six pieds de haut sur quarante-deux de large et deux cent vingt sept de long. Qu'est-ce que cela auprès de nos grandes cathédrales et de certaines églises monastiques telles que Cluny ou Vezelay ?