‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 3 sur 134 · Saa;, couteau, épée, eh vieux allemand · texte numérisé non relu

Saa;, couteau, épée, eh vieux allemand

DES ILES BRITAiMMUUES. 15

ment solide que la nationalité celtique, l'cdilice de la religion chrétienne.

On sait avec certitude que le christianisme fut im- origine planté en Bretagne dès le second siècle de l'ère chré- chrisiianisiKe tienne ; mais on ne sait rien de positii sur 1 on- Bretagne. gine ou l'organisation de cette église primitive. Toutefois, au dire deTertullien, elle avait pénétré en Galédonie, au delà des limites de la province romaine ^ Elle fournit à la persécution de Dioclétien son contingent de martyrs, et, au premier rang parmi eux, un jeune diacre, Alban, dont la tombe, devait plus tard être consacrée par l'un des principaux monastères anglo-saxons. Elle apparut aussitôt après la paix de l'Eglise, en la personne de ses évêques, aux premiers conciles de l'Occident. Elle sil survécut à la domination romaine, mais ce ne fut que pour lutter pied à pied et reculer enfin avec les dernières tribus du peuple breton devant les envahisseurs saxons, après un siècle entier d'efforts et de souffrances, de massacres et de profanations. Pendant tout ce temps, d'un bout de l'ile à l'autre, les Saxons promenèrent l'incendie, le meurtre et le sa- L'Égiisebreioime crilége ; renversant les édifices publics comme les dans le sang maisons particulières, dévastant les églises, brisant les saxons. les pierres sacrées des autels, égorgeant les pasteurs avec leurs ouailles \

1. Britannorum inaccessa Romanis loca, Christo vero subdita. Ter- TULL., Adv. Judœos, c. 7.

2. Accensus manibus paganoriim ignis... ab orieiitali mare usque ad occidentale... totam prope insulte pereuntis superiiciem obtexit. Rue-

16 ORIGINES CHRETIEJNISES

Ces épreuves si cruelles et si prolongées durent nécessairement troubler les communications habituelles des chrétiens de Bretagne avec l'Église romaine. Delà ces diversités de rites et d'usages, surtout en ce qui touchait à la célébration de la Pàque, dont il sera tant question dans la suite. Mais dès à présent il convient de constater que l'étude la plus attentive des monuments authentiques ne révèle aucune lutte doctrinale, aucune diversité de croyance entre les évêques bretons et l'évêque des évêques à Rome. D'ailleurs, la Rome des papes prodiguait déjà ses lumières et ses consolations à sa fille d'outre-mer, au moment même où la Rome des Césars l'abandonnait à d'irréparables désastres.

Avant même d'être condamnée à cette lutte mortelle contre le paganisme germanique, l'Église bre-

banl œdificia publica, simul et privala ; passim sacerdotes inter allaria trucidabantur, prtcsules cum populis, sine uUo rcspectu honoris, ferro pariler et flammis absumebantur. Beda, Hist. ecclesiastica fjentis Anglorum, lib i, c. 15. Cf. Gildas, de Excidio Britanniœ. — Les opinions sont partagées quant à la destruction complète ou partielle des Bretons dans les pays conquis par les Saxons. Palgrave surtout a contesté la tradition ordinaire sur ce fait. Cependant les historiens saxons eux-mêmes ont constaté plus d'un exemple d'extermination complète. Les premiers Saxons établis par Cerdic, fondateur du royaume de Wessex, dans l'île de Wight, y anéantirent toute la population indigène. — Paucos Britones, ejusdem insulœ accolas, quosin và invenire potuerunt... occiderunt : cîcteri enini accolse ejusdem iiisulœ ante aut occisi erant, aut exules aufugerant. Asser, p. 5, ap. Lingard, i, 19.--Hocanno(490) EWix et Cissa obsederunt Andredescesler (dans le Sussex) et interfecerunt omnes qui id incolerent, adeo ut neunusBrito ibi superstes fuerit. Chronicon Anglo-Saxonicum, ad aiin. iOO, cd. Gibsoii.

e les Pélagiens.

tonne avait connu les périlleuses agitations de l'hérésie. Pelage, le grand hérésiarque du cinquième siècle, le grand ennemi de la grâce, était né dans son sein. Pour se défendre de la contagion de ses doctrines, elle appela à son secours les évêques orthodoxes des Gaules. Le pape Célestin, qui, vers la Missions même époque, envoyait le diacre romain Palladius tiiacie Paiiadius comme premier évêque des Scots d'Irlande ou des les Scots Hébrides \ averti par ce même Palladius du danger 421 oiUoi) que courait la foi en Bretagne, chargea notre grand évêque d'Auxerre, saint Germain, d'aller y corn- ei

1 151 '' • M • T\ p • -p ^^^ l'évèque

battre 1 heresie pelagienne. Deux lois ce pontife va saint cermain visiter la Bretagne et la fortifier dans la foi ortho- conti doxeet l'amour de la grâce céleste. Germain, accom-

1 . l'alladius ad Scotos in Christum credentcs ordinatus a papa Celcstino primus episcopus mittitur. PitosPER, Chron. conmlare ad ann. 429. — Dans un autre ouvrage, ce contemporain ajoute : Et ordinato Scotis episcopo,dum Romanam insulam studetscrvarecatholicam, fccitetiani Barbaram Christianani. Lib. contra Collât., c 44. Mais le peu de succès de cette mission, dont il n'est pas même question dans les anciens monuments historiques de l'Irlande, rend assez plausible la conjecture de M. Varin, qui pense que Palladius fut seulement chargé des Scots déjà établis dans les Hébrides et sur la côte occidentale de la Calédonie. C'est ici le lieu de mentionner un saint que l'on vénérait dans l'Eglise d'Ecosse comme disciple de Palladius, saint Ternan, qualifié d'archevêque des Pietés dans les livres liturgiques d'Aberdeen, lesquels font de saint Palladius (f vers 450) le contemporain de saint Grégoire le Grand [\ 604). La mémoire de ce saint vient d'être remise en lumière par la publication récente d'un fort curieux monument liturgique : Liber ecclesie Beati Terrenani de Arbutlmotl, seii Missale secundum usum Ecclesix sancli Andréas in Scotia, due au docteur Forbcs, évêque anglican de Brechin. Mais l'article consacré par les BoUandistes à ce saint (Act. SS. Junii, t. II, p. 555-555) ne résout aucune des incertitudes qui régnent sur son existence.

MOINES DOCC. m, 2

18 OHIGINES CHRÉTIENNES

A^i\)-m. pagné la première fois par l'évêque de ïroyes\ el la seconde par l'évêque de Trêves, ne veut d'abord employer contre les hérétiques que les armes de la persuasion. Il prêche aux fidèles, non-seulement dans les églises, mais dans les canefours et dans les champs. Il argumente publiquement contre les docteurs pélagiens en présence des peuples assemblés et passionnément attentifs, avec leurs femmes et leurs enfants\ Soldat dans sa jeunesse, l'illustre évêque retrouve l'ardeur intrépide de son premier métier pour défendre le peuple qu'il venait évangéliser. A la tête de ses prosélytes désarmés, il marche contreune horde de Saxons et de Pietés, déjà ligués contre les Bretons, et les met en fuite en faisant ré péter trois fois par toute sa troupe le cri d' alléluia, répercuté par les montagnes voisines. C'est la journée connue sous le nom de Victoire de tAUeluia^. Heureux s'il avait pu préserver à jamais les vainqueurs du fer des barbares, comme il réussit à les guérir du poison de l'hérésie, car après lui le pelagianisme ne reparut en Bretagne que pour recevoir un dernier coup au synode de 519. Grâce aux disciples qu'il forma et qui devinrent les fondateurs

1 . Saint Loup, rornu- ;i Irculc uionastique de Lériiis. et si connu par sa victoire morale sur Attila. Voir tome I, paye "241 .

2. Divimis pereos sei-nio Ternie quolidic. non solum inecclesiis, veruni eliam per trivia, per rura pi\T!dicabatur... Immensa miiltitudo eliam cum conjupibus et libcris excita convenerat, et erat populus expectator et i'uturus judex... vix manus continet, judicium tameu clamore tes ^ latur. Bedi:, I, 18.

~K l^u^na alleluiatica.

des principaux monastères de la Carnbrie, c'est à notre grand saint gaulois que remontent les premières splendeurs de la vie cénobitique en Bretagne. Le célèbre évê({ue d'Auxerre et ses confrères ne furent pas les seuls pontifes que l'Eglise romaine commit à la garde et à la propagation de la foi en Bretagne. Vers la (in du quatrième siècle, au plus fort des invasions c ilédoniennes, le lils d'un chef breton , Ninias, ou Ninian, avait élé à Rome se tremper dans les sources de l'orthodoxie et de la discipline, et après y avoir vécu, prié et étudié pendant vingt-quatre années à l'école des Jérôme et des Damase \ il y avait reçu du pape Siricius le caractère épiscopal. Revenu en Rrctagne, il eut l'audacieuse pensée d'opposer aux flots toujours plus rapprochés et toujours plus terribles des barbares du Nord la seule digue qui pût les arrêter et la seule force qui pût les dompter en les transformant. Il entreprit de les convertir à la foi chrétienne. Jl avait d'abord établi le centre de son diocèse dans un canton reculé de cette région inteimédiaire, située entre les deux isthmes qui coupent la Grande-Bretagne en trois portions inégales. Cette

pori

J^XXV. v>.x ^x^^.o ^v.x.x.^..o x..v.^

région, sans cesse disputée par les Pietés aux Bretons et aux Romains, n'avait été réduite en province sous le nom de Valentia que du temps de l'empe-

J. Nyiiia episcoitorevereiitissimoetsaiictissinio viro, de iiatioiie Hrittouum, qui erat Roiiiœ regulariler fideiii et mysleria veritatis cdoctus. Bei.e, m, 4.

Le Breton

.Ninian

entreprend

de

conveilir

les Pietés.

Son élablissemeul

Wliile-lloni

reur Valentinien et comprenait tous les pays entre le mur d'Antonin au nord et le mur de Sévère au midi. L'extrémité occidentale de cette province, et la plus voisine de l'Irlande, portait dès lors le nom de Gahvidia ou Galloway ^ ; elle forme une sorte de presqu'île, découpée par la mer en plusieurs vastes et larges promontoires. Ce fut au bord d'un de ces golfes, sur un cap d'où l'on distingue les côtes lointaines du Cumberland et l'île de Man, que Ninian constitua un foyer ecclésiastique en élevant une église en pierre. Ce genre de construction, inconnu jusqu'alors en Bretagne, valut à la nouvelle cathédrale et au monastère qu'il y adjoignit le nom de Candida casa^ ou White horn^ qui subsiste encore \ 11 consacra cette église à saint Martin, à cet illustre apôtre des Gaules, auprès de qui il s'était arrêté à Tours en revenant de Rome, et qui selon la tradition lui avait donné des maçons capables de

1. Cette province, ainsi dénommée pendant tout le moyen âge, est représentée sur les cartes modernes par les comtés de Wigton et de Kirkcudbright.

2. White, Ijlanc; Honi, hem, du saxon ^Ern, maison. On montre encore dans une île voisine de la côte une petite église ruinée, qu'on dit avoir été bâtie par saint Ninian. Le diocèse fondé par lui disparut après sa mort; mais les Anglo-Saxons le rétablirent, ainsi que la connnnnauté à laquelle le célèbre Alcuin adressa une épître intitulée ; Adfratres S.JSiniani in Candida Casa. Une nouvelle invasion des Pietés, venus cette fois d'Irlande, dî'truisit une seconde fois le diocèse de Galloway, qui ne fut rétabli qu'au douzième siècle, sousle roi David I". Les belles ruines de cette cathédrale, relativement moderne, et détruite par les presbytériens, se voient dans la ville actuelle de Whitehorn. Le tombeau de saint Ninian fut toujours un lieu de pèlerinage trèsfréquenté jusqu'à la Réforme.

construire une église d'après l'usage de Rome. L'image du saint pontife qui venait de mourir au moment où Ninian s'établit dans sa Maison blanche, le souvenir de son courage, de ses laborieux efforts contre l'idolâtrie et l'hérésie, de sa charité si généreusement indignée contre les persécuteurs \ étaient bien dignes de présider à la carrière apostolique du nouvel évêque breton, et de lui inspirer le dévouement nécessaire pour entamer la conversion des Pietés

Qui donc, en* parcourant de nos jours l'Ecosse mériodionale, des rives du Solway à celles du Forth et de la Tay, en passant des gigantesques métropoles de l'industrie aux campagnes fécondées par tous les perfectionnements modernes del'agriculture, en rencontrant partout les preuves et les produits de la civilisation la plus raffinée, qui donc songe encore aux obstacles qu'il a fallu surmonter pour arracher celte contrée à la barbarie? On n'oublie que trop facilement ce que devait être l'état du pays quand Ninian en devint le premier missionnaire et le premier évêque. Et cependant les auteurs profanes et sacrés, Dion et Strabon, saint Jean Chrysostome et saint Jérôme, ont dépeint à l'envi l'horrible cruauté, les mœurs sauvages et brutales de ces habitants du nord de la Bretagne, qui successivemeni connus sous le nom de Calédoniens, de Meat'<i%

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