‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 30 sur 134 · Voir plus haut, tome H, p · texte numérisé non relu

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s'élevait dans cette région centrale qu'on appelait ï ombilic ou le milieu sacré de l'Irlande. L'autre, Derry [Doire-chalgaich^ Rohoretum Calgacfd) ^siiué au nord de Tile, dans sa province natale, au fond d'une anse profonde de la mer qui sépare l'Irlande de l'Ecosse, après avoir été longtemps le siège d'un vaste et riche évêché catholique, est devenue, sous son nom moderne de Londonderry, l'un des principaux foyers de la colonisation anglaise et fut, en 1690, le boulevard de la conquête protestante contre les efforts impuissants du dernier des rois Stuarts\ Mais alors rien ne faisait prévoir ces la-

1. Dans son appendice G le docteur Reeves donne l'énuniération détaillée des trente-sept fondations de Colunib-Kill en Irlande. On y remarque, dans le nord de l'île et dans la province dont le saint était originaire, Raphoë, chef-lieu d'un diocèse actuel, et Tory, dans une ile de la côte de Donegall; puis, dans la région centrale, Sord, aujourd'hui Swords, à sept milles de Dublin, qui a conservé, comme Tory, sa tour ronde jusqu'à nos jours; enfin, Kells, qui ne devint célèbre qu'en 807 comme refuge des moines trop menacés à lona par les Norse-men. Ce monastère fut achevé en 814, et, à partir de là, devint le chef-lieu des moines columbiens. On y voit encore une des plus belles tours rondes de l'Irlande (soixante-dix pieds de haut), un oratoire qui s'appelle S. Columb-KilVs house, une croix du cimetière avec cette inscription sur la plinthe : Crux Palricii et Columbe. Deux évangéliaires très-célèbres de la Bible de Trinity-CoUege à Dublin sont désignés sous le nom de Livre de Kells et de Livre de Durrow.

Dans l'ouvrage si important du docteur Pétrie, intitulé : Inquiry, into tlie origin and uses ofthe Round Towers ofireland, 18i5, 2« édit., p. 450, on trouve une gravure qui représente un édifice voisin du cimetière de Kells et qualifié de Maison de saint Columba: C'est un bâtiment carré ayant 23 pieds de long, 21 de large, 58 de hauteur sous voûte; les murs en ont 4 d'épaisseur. Le toit est en pierre avec deux pignons équilaléraux. 11 y a de petites fenêtres circulaires à

APOTRE DK LA CALÉDOME. 117

montables vicissitudes, ni les (riomphes désespérants de la force inhumaine et de l'iniquité persécutrice.

Le jeune Columba se plaisait surtout à Derry, où il séjournait habituellement; il veillait avec soin non-seulement à la discipline et aux études de sa communauté, mais encore à la conservation de la forêt voisine. Il n'y laissait jamais couper un chêne ; seulement ceux qui tombaient de vieillesse ou abattus par le vent, étaient réservés pour le foyer qu'on allumait aux hôtes étrangers, ou bien distribués aux pauvres des environs. Les pauvres avaient un droit primordial, en Irlande comme partout, au bien des moines; et le monaslère de Derry en nourrissait cent tous les jours avec une régularité méthodique \

Dans un âge plus avancé, notre saint épanchait ^^^ toute sa tendresse pour les créations de son ardeur e«^

* l'honneur

religieuse par des chanis dont un écho nous est ^^^^ resté; le texte, tel qu'il a été conservé, est peutêtre postérieur à l'époque de Columba ; mais il est écrit dans le dialecte irlandais le plus ancien, et il

15 pieds du sol. Il était autrefois divisé en trois pièces et deux étages. Dans l'une on voit une grande pierre plate de 6 pieds de long, que l'on appelle le lit de saint Columba. La toiture de cette construction est entièrement recouverte de lierre. — Dans l'île de Tory, il y a une tour ronde provenant du monastère construit par Columba. Pétrie (p. 389) reconnaît aussi des tours rondes dans les édifices cités à l'occasion des deux miracles rapportés par Adamnan, c. 15, on il est question de cloches et de beffrois. 1. O'DoNNEL, ap. CoLGAN, p. 597, 398.

Derry.

118 SAINT GOLUMBA,

interprète assez naturellement les sentiments dn fondateur et de ses disciples :

« Quand tous les tributs de la Scotie * seraient à moi, depuis son milieu jusqu'à ses frontières, j'aimerais mieux le site d'une seule petite cellule dans ma belle Derry.

« Voici pourquoi Derry m'est chère,

C'est à cause de sa paix et de sa pureté.

Sur chaque feuille des chênes de Derry

Je vois assis un ange blanc du ciel.

Chère Derry, chère petite chênaie,

Chère demeure et chère petite cellule !

0 Éternel Dieu qui demeures au ciel !

Maudit celui qui les profanera,

Bien-aimées sont Durrow et Derry,

Bien-aimée Raphoë la pure,

Bien-aimée Drumhome, aux fruits abondants,

Bien-aimées sont Sords et Kells !

Tout y est délicieux, mais délicieuse surtout

1. Répétons ici que les noms de Scotia, Scotti, dans les écrivains du septième au douzième siècle, s'appliquent presque exclusivement à rirlande et aux Irlandais, et par extension seulement à l'Ecosse moderne, dont les régions du nord et de l'ouest avaient été peuplées par une colonie de Scots irlandais. De là le nom d'Erse, Erysche ou Irish qu'a conservé jusqu'à nos jours le dialecte des Irlandais, autrement dit Gaëlic. Dans Adamnan comme dans Bede, Scotia veut donc dire Irlande, et l'Ecosse moderne est comprise dans la désignation générale de Britannia. Plus tard, le nom de Scolia finit par disparaître en Irl uide pour ne plus se retrouver que dans le pays conquis et colonisé par les Scots, en Ecosse, comme celui d'Anglia en Bretagne et celui de Frnncia en Gaule.

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Est la mer salée, où volent et crient les goélands Quand je vogue de loin vers la rive de Derry, Tout y est en paix, tout y est un délice, Oui, un délice \ »

Ce n'était pas seulement ses propres fondations qu'il célébrait; on a conservé un autre poëme qui lui est attribué et qui est consacré à la gloire de Tîle monastique d'Arran, située sur la côte occidentale de l'Irlande, et dont il était allé vénérer les habitants et les sanctuaires^ :

« 0 Arran , mon soleil ; mon cœur est à l'occident avec toi. Dormir sous ton sol immaculé vaut autant que d'être enseveli dans la terre de saint Pierre et de saint Paul . Vivre à la portée du son de tes cloches, c'est vivre dans le bonheur. 0 Arran, mon soleil, mon amour gît à l'occident et en toi^ »

Ces effusions poétiques commencent à nous révéler Golumba sous l'un de ses aspects les plus attrayants, comme l'un des chantres de cette poésie

1. Apud Reeves, p. 288, 289. — On verra plus loin l'origine et la suite de ce poëme.

2. Invisit aliquando S. Endeum aliosque sanctos, qui plurimi in Ara insula angelicam -vitam ducebant. .. in ea insula quam sanctorum vestigiis tritam et monumentis inclytam magno affectu venerabatur. O'DoNNELL, lib. I, c. 105, 106. — Cf. Colgan,' Act. SS. Hibermœ, t. 1. p. 704 à 714. — On y voit qu'en 1G45 cette île renfermait encore treize églises avec les tombeaux de saint Enda et de cent vingt autres saints.

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