‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 38 sur 134 · Wliere a turret's airy liead · texte numérisé non relu

Wliere a turret's airy liead

O'erlook'd, darkMull! tliy miglity souud, When tlnvarting tides, witli mingled roar, Partthy swartli liills from Morvcn's sliorc.

Walter Scott, Lord of tlie Isle, I, 7.

2. Cette colline, la plus haute de THc, n'a que trois cent vingt pieds d'clhalion au-dessus du niveau de la nier.

Al'OTRE DE LA CALÉDOiNIE. 149

elles il faut signaler Staffa, si célèbre par la grotle de Fingall, qui n'a été signalée que depuis un siècle et qui, au temps de Columba, surgissait, dans sa majesté solitaire et inconnue, au sein de cet archipel des Hébrides, sillonné aujourd'hui par tant de curieux admirateurs de ces rives échancrées des lïighlands et de ces châteaux ruinés de la féodalité écossaise que le grand barde de notre siècle a enchâssés dans l'auréole de sa poésie \

L'anse où Columba prit terre s'appelle encore la Baie de la Barque d'osier, Port' a Churraich ; et l'on y montre un monticule allongé qui représente

1 . On trouvera dans l'Appendice de ce volume les beaux vers de Walter Scott sur la grotte de Staffa Dans le poëme intitulé : ïhe Lordofthe Isles, dont la scène s'ouvre dans l'île la plus voisine d'Iona, Scott a tracé un itinéraire poétique de tout l'archipel si longtemps fréquenté par saint Columba ; il le fait parcourir par le roi Robert Bruce quand, accompagné de Ronald, le seigneur des îles, i\ quitte sa retraite insulaire de Skye pour aller délivrer l'Ecosse du joug des Anglais :

Wilh Bruce and Ronald bides the taie.

To favoring winds they give the sail Till Mull's dark head lands scarce tliey knew And Ardnamurchan's hills were blue...

... Merrily, mernly bounds Ihe bark,

She bounds before the gale...

The shores of MuU on the eastvvard lay And lUva dark and Colonsay, And ail the group of islets gay

That guard f'amed Slaffa round...

They lett Loch-Tua on their lee, And they waken'd the men of the 'svild Tiiee.

And the chief of the sandy Coll.

They pause not at Columba's isle, Though peal'd the bells from the bol y pile

With long and measured loll...

And verdant Islay call'd her host, And the clans ofJura's rugged coant

Lord Ronald's call obey, And Scarba's isle, whose tortured shore

nouveau rnona stère

les dimensions de cette barque, laquelle avait soixante pieds de long. L'émigré ne s'arrêta point dans cette anse, située au midi de l'île ; il remonta plus haut, et pour être un peu à l'abri des grands vents de l'Océan, il choisit pour demeure la plage orientale, en face de la grande île de Mull, qui n'est séparée d'Iona que par un étroit canal d'un mille de largeur, et dont les plus hautes montagnes*, situées plus à l'est, se rapprochent et se conlondent avec les sommets du Morven toujours voilés de nuages.

Premier Cc fut là quc Ics émigrés se construisirent des

établissement

du huttes de branchages, car l'île n'était point encore

déboisée comme aujourd'hui \ Lorsque Columba eut résolu d'y créer pour lui et les siens un établissement définitif, les édifices du monastère naissant conservèrent une grande simplicité. Comme dans toutes les constructions celtiques, des claies

Still rings to Corriewreken's roar, And lonely Colonsay.

Walter Scott, Lord of the Isles, cant. vi.

Les puissants dynastcs celtiques qui. sous le nom de Seigneurs des îles, régnèrent pendant tout le moyen âge sur les Hébrides, étaient du clan de Macdonald ; leur domination s'étendait sur le district de Morven, qui est le plus voisin d'Iona sur la terre ferme.

1. La plus haute montagne de Mull a trois mille cent soixante dixhuit pieds, tandis que la partie la plus élevée d'Iona ne s'élève pas à plus de trois cent trente pieds.

2. 11 est dit que Columba se retirait in saltibus pour y prier. Aujourd'hui les habitants d'Iona n'ont pas d'autres bois que celui provenant des bâtiments naufragés que la mer jette sur la plage. — Voir dans l'Appendice n° 1 quelques notes sur l'état actuel d'Iona.

d'osier ou de roseaux, soutenues par des pieux allongés, en formaient l'élément principal. Les plantes grimpantes, le lierre surtout, en s'entrelaçant dans les interstices des roseaux, ornaient et consolidaient à la fois le modeste abri des missionnaires ^ Quoi qu'en ait dit saint Bernard dans un passage souvent cité et peut-être mal compris % les Irlandais surent construire des églises et des monastères de pierre bien avant le douzième siècle^ ; toutefois la plupart de leurs édifices religieux étaient en bois. Mais ce ne fut que quelques années après leur premier établissement que les moines venus d'Irlande à lona s'accordèrent le luxe d'une construction de bois, et alors il fallut faire venir des terres voisines les grands chênes que ne pouvait produire le

1. Virgarum fasciculos ad hospitium construendum... Binales sudes. Adamn., II, 3 à 7. — Le docteur Reeves a rapproché divers textes sur les matériaux des chapelles et églises en Bretagne et en Cambrie, ^- Virgis torquatis muros periîcientes... musco silvestri solum ethederse nexibus adornato... Virgaset fenum ad materiam cellificonstruendse...

2. Visum est Malachise deberc construi in Benchor oratorium lapideum, instar eorum quœ in aliis regionibus exstructa conspexerat. Et cum cœpisset jacere fundamenta, indigente quidem omnes mirati sunt, quod in terra illa necdum ejusmodi redificia invenirentur. Vita S. Malachise, c. 28, — Dans un chapitre antérieur, le saint parle du système habituel des constructions irlandaises en ces termes : Porro oratorium intra paucos dies consummatum est de lignis quidem Isevigatis, sed apte firmiterque contextum, opus Scoticum, pulchrum satis. C. 6.

3. Ce point a été mis hors de doute par le savant docteur Pétrie, dans son ouvrage capital sur l'Architecture ecclésiastique de l'Irlande, et par les recherches plus récentes de lord Dunraven. Voir notre tome II, page 464.

152 SAINT GOLUMBA,

sol stérile et toujours battu des vents de leur îlot*.

Ainsi naquit, il y a quinze siècles, la capitale monastique de l'Ecosse et le foyer de la civilisation chrétienne dans le nord de la Grande-Bretagne. Quelques ruines d'une date beaucoup plus récente que l'époque de Columba, bien que fort anciennes, entremêlées à quelques chaumières éparses le long de la plage, en indiquent aujourd'hui le site.

c< Voici donc, » disait en plein dix-huitième siècle le célèbre Johnson, qui, le premier, rappela l'attention du public britannique sur ce sanctuaire profané, « voici que nous foulons le sol de cette île illustre qui fut naguère la lumière de la Calédonie, et d'où rayonna la religion avec la science sur les clans sauvages et les barbares vagabonds. Celui qui voudrait n'être pas ému d'un tel souvenir ne le pourrait, et celui qui le pourrait ne serait qu'un sot. Tout ce qui nous dérobe à l'empire des sens, tout ce qui fait prévaloir le passé ou l'avenir sur le présent j accroît en nous la dignité de notre âme. Loin de moi, loin de ceux que j'aime toute philosophie qui nous laisserait indifférents et insensibles sur des sites ennoblis par la sagesse, le courage et la vertu ! 11 faut plaindre l'homme qui ne sentirait pas son patriotisme s'enflammer sur la plaine de Marathon et sa piété se rallumer au milieu des ruines d'Iona^»

1. Cum roborese... duodecim currucis congregatis, materiœ ad nostrum renovandum traherentur monasterium. Adamn., /. c. "î. BoswEM.'s Tour îo t/ie Hébrides.

APOTHE DE l\ CALKDOME. 153

Columba, initié, eomme tons les moines de son temps, aux souvenirs classiques, avait sans doute entendu parler de Marathon, mais ne se doutait certes pas qu'un jour viendrait où un descendant de ceux qu'il allait convertir mettrait sur la même ligne son humble abri et le plus glorieux champ de bataille de l'histoire hellénique.

Loin de prévoir les gloires d'Iona, son âme était coiumLa encore dominée par un sentiment qui ne s'en effaça passionnément

1 1 • 1 m .sa patrie.

jamais, le regret de la patrie perdue. Toute sa vie, il conserva pour l'Irlande la tendre passion de l'exilé : passion qui se faisait jour dans des chants qu'on nous a conservés et qui datent peut-être de ces premiers moments de l'exil. Il se peut que leur authenticité ne soit pas à l'abri de toute contestation et que, comme les lamentations poétiques formulées par Fortunat au nom de sainte Radegonde^, ils aient été composés par ses disciples et ses contemporains. Mais ils ont été trop longtemps répétés comme siens, ils peignent trop bien ce qui a dû se passer dans son cœur, pour qu'il nous soit permis de les négliger. « Mieux vaut la mort dans l'irréprochable Irlande, qu'une vie sans fin ici en Albanie. » A ce cri de désespoir succèdent des notes plus plaintives et plus résignées. Dans l'une de ces ses élégies^, il regrette de ne pouvoir plus naviguer sur patdouques. les lacs et les golfes de son île natale, ni entendre

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