‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 39 sur 134 · Voir tome II, p · texte numérisé non relu

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2, Publiées par Reeves, Appendice, p. 275.

le chant des cygnes, avec son ami Comgal]. Il regrette surtout d'avoir dû quitter Erin par sa faute, et à cause du sang versé dans les batailles qu'il avait provoquées. Il envie son ami Cormac, qui va pouvoir retourner à son cher monastère de Durrow, y entendre le bruit du vent entre les chênes, le chant du merle et du coucou. Quant à lui, Columba, tout lui est cher en Irlande, excepté les princes qui y régnent. Ce dernier trait montre la persévérance de ses rancunes politiques. Il n'en reste aucune trace dans une autre pièce plus caractéristique encore^ et qui doit avoir été confiée à quelque voyageur comme un message de l'exilé d'Iona à sa patrie. Il y vante toujours les délices de la navigation autour des côtes de l'Irlande, la beauté de ses plages, de ses falaises. Mais il gémit surtout de son exil . « Quel délice de courir sur la mer aux vagues blanches et de voir ses vagues se briser sur les grèves d'Irlande ! Quel délice de ramer dans sa petite barque et d'aborder au milieu de la blanche écume sur les grèves d'Irlande ! Ah ! que ma barque volerait vite, si sa proue était tournée vers ma chênaie, en Irlande ! Mais la noble mer ne doit plus me transporter que vers l'Albanie^, le

1. Apud Reeves, p. 285 à 287. — Le texte original de ce poëme est en irlandais très-ancien.

2. Alba, Albania, c'est le nom appliqué en général par les écrivains irlandais à cette partie de la Grande-Bretagne qui est devenue l'Ecosse actuelle; il est évidemment le même qu'Albion, et il a pris plus tard la forme (.VAlbamj, qui a toujours été usité dans la langue

pays des corbeaux. Mon pied est bien dans ma petite barque, mais mon triste cœur saigne toujours... Il y a un œil gris qui se tourne sans cesse vers Erin ; cet œil ne reverra plus en cette vie ni les hommes d'Erin, ni les femmes ^ Du haut de ma barque, je promène mon regard sur la mer, et il y a une grosse larme dans mon œil gris et doux quand je me retourne vers Erin, vers Erin où les chants des oiseaux sont si mélodieux, et où les clercs chantent comme les oiseaux; où les jeunes gens sont si doux, et les vieux si sages ; les hommes illustres si nobles à regarder, et les femmes si belles à épouser... Jeune voyageur, emporte avec toi mes angoisses, porte-les à Comgall de l'Éternelle Yie. Emporte avec toi, noble jeune homme, monoraison et ma bénédiction ; une moitié pour l'Irlande ; qu'elle soit sept fois bénie ! et l'autre moitié pour l'Albanie. Emporte ma bénédiction à travers la mer, emporte-la vers l'ouest. Mon cœur est brisé dans ma poitrine; si la mort subite vient me surprendre, ce sera à cause de mon grand amour pour lesGaëls\ »

héraldique des deux royaumes, comme un titre porté par les princes de la maison royale. Tout le monde sait que la veuve du prétendant Charles-Edouard, remariée à Alfieri, s'appelait comtesse d'Albany.

1. Ce passage semble être une allusion au vcéu qu'on lui attribue, au moment de son départ, de ne voir ni hommes ni femmes de son pays, vœu qu'il éluda lors de son voyage à l'assemblée nationale de Drum-Ceitt, en se couvrant les yeux d'un bandeau et en abaissant sa coule sur le bandeau. Reeves, loc. cit.

2. Les Gaoidhil ou Gaëdhil. C'était le nom que les Irlandais se

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Persévérance Mais co n'était pas seulement dans ces éléffies,

de ce regret ^ ^

pendant répétées et peut-être retouchées par les bardes et

toute sa vie. ^ ^ •*•

les moines irlandais, c'était à chaque instant et à tout propos que cet amour, ce regret passionné de la patrie absente éclatait dans ses paroles et dans ses préoccupations : les récits de ses biographes les plus avérés le démontrent à chaque page. La plus sévère des pénitences qu'il imaginait d'imposer aux plus coupables d'entre les pécheurs qui venaient se confesser à lui était de subir le sort qu'il s'était volon-

donnaient à eux-mêmes avant que les jnissionnaires romains leur eussent attribué la dénomination de Scott. Le mot Gaelic est encore usité pour désigner le dialecte parlé par les populations celtiques de l'Ecosse.

On s'accorde généralement à faire dater des premières années du séjour de Columba dans son île, à lona, le plus connu et le plus authentique de ses poëmes latins, mais à notre sens le moins intéressant de tous ceux qui lui sont attiubués. Il est désigné sous le nom iVAltus, à cause du premier mot du premier vers :

Allus prosator vetustus dierum et ingenitus.

Il se compose de vingt-quatre stances. Le premier mot de chaque stance commence par une lettre différente, dans l'ordre même des vingt-quatre lettres de l'alphabet. Cliaque stance commente en langage très-imagé un texte de l'Écriture, indiqué dans l'argument; ces textes roulent sur la Création, la Chute, l'Enfer, le Jugement dernier, etc. L'argument irlandais de ce poëme dit expressément qu'il a été inspiré à Columba par le désir d'obtenir le pardon de Dieu pour les trois batailles dont il avait été la cause en Irlande (voir plus haut page 134). Le texte en a été publié par Colgan, dans le Trias Thaiwiaturga, p. 473. Le docteur Todd en annonce une édition plus complète. Colgan dit formellement que le poëme a été composé à lona. Il ajoute que, selon quelques-uns, le saint aurait mis sept ans à méditer son sujet avant de l'écrire; et que, selon d'autres, il l'envoya au pape saint Grégoire le Grand, qui le reçut avec le plus sympathique respect.

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taircmciiL infligé, et de uc jamais remellrc le pied sur le sol de l'Irlande \ Mais lorsque, au lieu d'interdire aux criminels l'accès de cette île chérie, il lui fallait envier ceux qui avaient le droit et le bonheur d'y séjourner à leur gré, c'est à peine s'il osait la nommer ; et en parlant à ses hôtes ou à ses religieux destinés à rentrer en Irlande, il leur disait simplement : « Vous retournerez dans cette patrie que vous aimez \ »

Jamais cette mélancolie patriotique ne s'effaça de son cœur, et bien plus tard dans sa vie on la voit reparaître dans une circonstance où perce le regret obstiné de son Irlande perdue à côté de sa tendre et vigilante sollicitude pour toutes les créatures de Dieu. Unmatin, il appelle un des religieux d'Iona, et lui dit : « Va t' asseoir au bord de la mer, sur la « grève de notre île, à l'ouest ; et là, tu verras arri- « ver du nord de l'Irlande une pauvre cigogne voyage geuse, longtemps ballottée par les vents, et qui, a tout épuisée de fatigue, viendra tomber à tes c( pieds sur la plage. Il faut la ramasser avec miséri- (c corde, la soigner et la nourrir pendant trois c( jours; après ces trois jours de repos, quand elle c( sera ranimée et qu'elle aura repris toutes ses « forces, elle ne voudra pas prolonger son exil parmi c( nous; elle revolera vers la douce Irlande, sa chère c( patrie, où elle est née. Je te la recommande ainsi,

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