I.'osclave
iiianiiaiso. fut au noui de l'humanité^ nous dit expressément son biographe, qu'il implora la lil)erl(' d'une jeune esclave née eu Irlande et captive d'un des principaux mages ou druides. Ce mage s'appelait Broïchan et vivait auprès du roi, dont il avait été le père nourri-
1. UJtra Britanniœ dorsum iter agens... Properemus sanctisobviam angelis qui de cœlis ad prœferendarn alicujus gentilici animam emissi nos illuc cxpeclant, ut ipsum naturale l)onum pcr tolam \ilam usque ad extremam senectutem conscrvanteni. priusquam morialur, opportune baptizemus .. Sanctus senex in quantum potuit comités festinns pr.rcedebat .. et credens baptizatus est et conlinuo la'tus et securus, cum angelis observantibus, ad Deum commigravit. Adam\., III, 14.
2. Scoticam postulavil sorvam... Immanitatis misoratione liljeran- 'hnn /(/., Tf. 5,'.
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cior, ce qui coiislitiiaiL chez los peuples celtiques un lien d'une force et d'une aulorilé singulières\ Soit par orgueil sauvage, soit par animosité contre la religion nouvelle^ le druideécarta durement et obstinément la prière deColumba. «Eh bien,)) lui dit l'apolre en présence du roi, « apprends, Broïchan, « que si tu refuses de lendre la liberté à cetle capce tive étrangère, tu mour]\as avant que je sorte c< de cette province. » Gela dit, il sortit du château, se dirigeant vers cette rivière de Ness qui figure si souvent dans son histoire. Mais il est bientôt rejoint par deux cavaliers qui viennent lui annoncer de la part du roi que Broïchan, victime d'un accident providenlicl, étail à l'agonie et lout disposé à mettre en liberté la jeune Irlandaise. Le saint ramassa au bord de l'eau un caillou qu'il bénit et qu'il remit à deux de ses religieux, avec l'assurance que le malade
I . Les devoirs réciproques des nourriciers et de leurs nourrissons (Fosterage) étaient minutieusement réglés par les lois des Bretons.
Au douzième siècle, Girnldus Cambrensis remarquait encore que chez les Irlandais les frères et les sœurs de lait étaient unis par un lien plus fort et plus tendre que les frères et les sœurs du môme sang. Le docteur Lynch, dans son Cambrensis Eversus (d'abord publié en 1G62 et réédité par la professeur Kelly en 1850), s'étend sur l'importance du lien qui unissait les princes et les seigneurs irlandais à leur père nourricier et à leurs frères de lait; il rappelle Mardochée, le père nourricier d'Esther ; Clilus, le frère de lait d'Alexandre le Grand, parmi divers exemples de l'Jiisto re sainte et profane à l'appui de sa thèse. Son nouvel éditeur affirme (t. II, p. 141, 102) qu'au concile de Trente, l'évêque irlandais de Raplioë, Donald Mac Congal, démontra que le fosterage et le gossipred (cognalio spiritualis) étaient la prini-.ipale sauvegarde do la ]ini\ pul>li(|iio ou Irlande,
188 SAIiNT COLUMBA,
guérirait on buvant de l'eau où cette pierre aurait trempé, mais seulement à la condition expresse que la captive serait délivrée. Elle fut aussitôt remise aux compagnons de Columba et retrouva ainsi sa patrie en même temps que sa liberté \
Le druide guéri n'en demeura pas moins hostile à l'apotre. Gomme les mages de Pharaon, il voulut susciter contre le nouveau Moïse les résistances de la nature. Au jour fixé pour son départ, Columba, en arrivant, suivi d'une foule nombreuse, au lac étroit et allongé d'où sort la Ness et où il devait s'embarquer, trouva, comme l'en avait menacé Broïchan, un très-fort vent contraire et l'air obscurci par un épais brouillard. Les druides triomphaient déjà. Mais Columba, montant dans sa barque, ordonna aux rameurs effrayés de tendre la voile contre lèvent, et tout le peuple le vit naviguer rapidement et comme poussé par des brises favorables vers l'extrémité méridionale du lac par où il retournait Il achève à loua. Il uc partait d'ailleurs que pour revenir
de son vivant i • ^ «i • i i
la conversion bu^utot, ct il rcviut asscz souvcut pour achcvor la
fies . , , . . , , . ^
Picies. conversion de toute la nation picte en détruisant a jamais l'autorité des druides dans ce dernier refuge du paganisme celtique \ Cette race sanguinaire et
1. Scito, Broichane, scito quia si mihi banc pcregrinam liberaro captivam nolueris, priusquam de hacrevertar provincia, citiiis mnrieris... Nunc formidabiliter correptus ancillulam liberare est pnratus... eademque bora liberata f'amula sancli iogatis viri assignatur. Adamn., II, 35.
2. Venlum tibi contrariuni caliginemque umljrosani siipcrindu-
Al'OTRE DE LA CALÉDONIE. 189
iudoiiiptablc fui culiii conquise par le missionnaire irlandais. Avant d'achever sa .glorieuse carrière, il avait parsemé leurs forêts, leurs défilés, leurs montagnes inaccessibles, leurs bruyères sauvages, leurs îles à peine habitées, d'églises et de sanctuaires monastiques.
Columba eut pour collaborateurs dans ses nom- Ses breuses missions chez les Pictcs des religieux irlandais, venus avec lui à lona ou qui l'y avaient rejoint ])lus tard. La renommée de ces bienfaiteurs, de ces civilisateurs obscurs d'une région si reculée, a disparu bien plus complètement encore que celle de Columba ; c'est à peine si Ton peut démêler leur souvenir dans les traditions de quelques églises dont on retrouve l'emplacement sur les vieilles cartes d'Ecosse, Tel fut Malruve (642-722 '), proche parent de Columba et descendant comme lui de la race royale des Nialls, maisformédans le grand monastère de Bangor, qu'il avait quitté pour suivre son illustre cousin en Albanie, en passant par lona. 11 lui survécut longtemps, car il fut pendant cinquante et un ans abbé d'une communauté située à Apercrossan-,
cani... Cliristum invocat, cymbulamque ascendens nautis hœsitaiiti- Ims, ipse constanter factus vélum contra ventuinjubetsubrigi... oinnique inspectante turba, navigiuni flatus contra adversos mira occurrit velocitate... Adamx., II, 5i. — Le lieu où il débarqua est aujourd'hui occupé par le fort Augustus, où commence le canal Calédonien.
i. W. Reeves, Saint Maelrubha : his history and churcJies. Edinbnrgh, 1861. — Cf. Act. SS. Bolland., t. VI August., p. 152.
2. Aujourd'hui Applecross. — Vingt et une paroisses du nord de rÉcosse ont été primitivement dédiées à ce saint.
l'iO SALNT COLUMl'.A,
sur la ])la<^c uord-oucsl de la Calédoiiic, en l'aee de la grande île de Skye, avant d'expirer, selon la tradition locale, sous le fer des pirates norvégiens.
Sur la rive opposée, dans ce massif saillant qui forme l'extrémité orientale de l'Ecosse et qui s'est appelé depuis le comté de Buchan, diverses églises font remonter leur origine à Columba et à l'un de ses disciples irlandais nommé Drostan. Le mor-maer ou chef du pays leur avait d'abord refusé la permission de s'y établir; mais, son lils étant tombé mortellement malade, il courut après les missionnaires en leur offrant le territoire nécessaire à leur fondation et en leur demandant de prier pour le moribond. Ils prièrent, et l'enfant guérit. Après avoir béni le nouveau sanctuaire, et prédit qu'aucun de ceuv qui le profaneraient ne vaincrait ses ennemis ou ne vivrait longtemps, Columba y installa son compagnon et se mit en devoir d'aller plus loin. En se voyant ainsi condamné à vivre loin de son maître, Drostan ne put retenir ses larmes ; car tous ces vieux saints dans leur rude et laborieuse carrière s'aimaient avec une tendresse passionnée, qui n'est certes pas le trait le moins attacbant de leur caractère, et qui fait reluire sur leurs fronts, au milieu des obscurités de la légende , une flamme inextin- Le Monastère guiblc. Alors Columba dit : « Nous appellerons ce Larmes. Hcu le Mouastèrc des Larmes ; » et ce nom est toujours resté depuis lors à la grande abbaye^ quia
1. Said Culuiub-cille : « Ici Dear [Teixr] l)C ils iiame llClîcet'o^^\■arcl. «
duré mille ans sur cet cuiplacemciiL : Qui semhianl in lacrymh^ in exultatione mêlent.
— Ce récit se trouve en langue celtique dans le plus ancieu uiaïuibcrit connu qui soit relatif à l'Ecosse; c'est un Évangéliaire culuiniiié du neuvième siècle, avec des annotations marginales en irlandais (jui constatent les donations faites à Columba et à Drostan. Récemment découvert à Camliridgo, il va être publié sous le nom de Bookofdeir par M. Stuart, qui en a déjà donné des extraits dans ses Sculptured Stoncs of Scotland, p. 74. Cfer Gosmo Inxes, Scotland in the middle âges, p. 325. — le monastère de Deir fut reconstruit pour- les Cisterciens par le comte de Buclian, en 1213. La prédiction de Columba se vérifia au détriment de la famille du comte Maréchal, qui fut le premier dévastateur du monastère, après la Réforme. Ce comte, chef de la grande maison de Keilh, l'avait reçu en don du roi Jacques VI. En vain sa femme, fille de lord Home, lavait-elle supplié de ne pas accepter cette donation sacrilège. 11 ne l'écoulapas. La nuit suivante elle vit en songe une quantité de moines, vêtus comme ceux de Deir, entourer le château principal du comte, le Craig deDuunotijr, situé sur un rocher immense au bord de la mer. Ils se mettent à démolir le l'ocher, sans autres outils que des canifs ; à cette vue, la comtesse va chercher son mari pour qu'il les détourne de celte entreprise ; mais quand elle revient, le rocher et le château avaient déjà été mines et renversés par les canifs des moines, et l'on ne voyait plus rien que le débris du mobilier flottant sur la mer ! — On intei-préla aussitôt cette vision comme l'annonce d'une catastrophe future, et l'emploi des canifs par la longueur du temps qui s'écoulerait avant sa vérification. Dès ce moment cette puissante maison alla s'appauvrissantet succomba en 1715 dans la rébellion stuartiste.