Adamn-.. II
Al'OTUK DE LA CALEDONd-. 185
o( h roi lui-mr'me (jui se Iroiivail parmi eux'. Il no se horiiail pas à chanter en latin, il prêchait; mais, comme le dialecte celtiqne de ses compatriotes les Scots différait de celui des Picles, qu'il ne savait pas, il lui fallait employer un interprète\ n prêche par
^ . \ "^ / i.ilprpièlo.
Sa parole n'en était pas moins efficace, hien que partout contre-carrée par les exhortations en sens contraire ou les dérisions des prêtres païens. Son naturel passionné, aussi prompt à l'amour qu'à la colère, se faisait jour à travers ses prédications apostoliques comme naguère dans les luttes de sa jeunesse; et bientôt se formaient entre lui et ses néophytes des liens d'une tendresse intime, active et que l'on n'invoquait jamais en vain. Un Picte qui, l'ayant entendu prêcher par interprète, s'était converti avec sa femme et toute sa famille, devint son ami et recevait souvent sa visite. Un des fils du nouveau converti tomba mortellement malade; les druides profitèi'ent de ce malheur pour aller chez les parents désolés leur reprocher la maladie de leur enfant comme le châtiment de leur apostasie et
1 . Duiii cum paucis fratribus extra régis munitionem vespertinales Dei laudes ex more celebraret, quidam Magi...
2. Verbum vitœperinterpretatoremsancto praîdicanteviro. Adamn., Il, 52. — Bede constate qu'il y avait cinq langues différentes employées dans la Grande-Bretagne et les compai-e aux cinq livres du Penlateuque : Anglorum videlicet (c'est-à-dire les Anglo-Saxons), Brilonum, Scottorum, Pictorum et Latinorum quse meditatione Scripturarum cœteris omnibus est fada communis. Hist. EccL, 1, 1. — Ce texte, si important pour l'histoire de la philologie, ne l'est pas moins pour constater à quel point la connaissance de l'Écriture sainte était dès lors répandue chez les peuples catholiques.
18i SAINT COLTJMBV,
vnnter la puissance des anciens dieux du pays, si supérieure à celle du Dieu des chrétiens. Columba, prévenu, accourut auprès de son ami ; quand il arriva, l'enfant venait d'expirer. Après avoir consolé de son mieux le père et la mère, il demande à entrer seul dans le réduit où repose le corps de l'enfant. Là, il s'agenouille el prie longtemps tout baigné de larmes. Puis, se relevant, il dit : « Au nom du Seigneur Jésus-Christ, reviens à la vie et lèvetoi. » A l'instant l'âme revient vivitier le corps de l'enfant. Columba l'aide à se lever, raffermit ses pas, le conduit hors de la cabane et le rend à ses parents. La vertu de la prière était aussi invincible chez notre saint, dit Adamnan, que chez Elie et Elisée dans l'ancienne loi, ou dans la nouvelle chez saint Pierre, saint Paul et saint Jean. Son Tout en prêchant ainsi la foi et la grâce par l'in-
termediaire d un traducteur, il savait reconnaître, admirer et proclamer, jusque chez ces peuplades sauvages, les lumières et les vertus de la loi naturelle. 11 en discernait les rayons chez tel auditeur inconnu, à l'aide du don surnaturel de lire dans le secret des cœurs et dans la nuit de l'avenir, qui se
1. Quidam plebeius (ce terme est toujouis employé par Adamnan
comme synonyme de laïque, mais de laïque riche ou considérable)
Magi parentibus ssepe cum magna exprobratione cœperunt illudere, suosque quasi fortiores magnificare deos, christianorum Deo quasi infirmiori derogare... Hoc noster Columba cum Elia et Eliseo... Pelro et Pauloet Joanni... liabebatsibi commune virtutismiraculum. Adamn.,
poulies vertus nalurt'lles.
(Ic'neloppa de plus en plus en lui à mesure que s'étendait sa carrière apostolique. Un jour, pendant qu'il évangélisait l'île principale des Hébrides, et la plus voisine du continent \ il s'écria tout à coup : « Mes fds, aujourd'hui même vous allez voir arriver lîapiêmp (c dans cette île un vieux chef de cette nation des vieux ciieis
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a Pictes qui a garde hdelement toute sa vie les pre- dnnsi iiodeskv*^,
« ceptes de la loi naturelle ; il y viendra pour être
« baptisé et pour mourir. » En effet, on vit bientôt
approcher de la rive une barque où était assis à la
proue un vieillard tout décrépit qu'on reconnut
pour être le chef d'une des tribus voisines. Deux de
ses compagnons Tenlevèrent sous les bras et vinrent
le coucher devant le missionnaire, dont il écouta
attentivement la parole, reproduite par l'interprète.
Le discours fini, le vieillard demanda le baptême,
puis rendit le dernier soupir, et fut enterré à la
place même où il avait débarqué^
Plus tard, dans une de ses missions ultérieures, comme il voyageait déjà vieux aux bords du Loch-Ness et toujours dans la région située au nord de l'arête centrale du dormm Britannix^ il dit aux disciples
1. Celle de Skye, la- même où le prétendant Charles-Edouard séjourna longtemps, en 1746, après la défaite de CuUoden, et fit la rencontre de Flora Macdonald,
2. 0 lilii, hodie in hac terrula quidam gentilis senex naturale por tolaui bonum custodiens vitam, et baptizabitur et morietur... Navicula ciijus in prora adveclus est decrepitus senex Geonf€ prima rius cohortis, quem bini juvenes de navi sublevantes, ante beati conspectum viri deponunt...Verbo Deia sancto per interpretem recepto .. Adamn., I,.")").
ol dans G!ea Urquliart.
18(1 SAINT COLUMHA,
qui raccompagnaioiil : a Marchons vite' et allons aii- «- dovanl (les angesqiii sonldescendus du eii^l el qui « nous aliendent auprès d'un Picio qui a fait lo « bien selon la loi naturelle, pendant toute sa vie et « jusqu'à une extrême vieillesse; il faut que nous c( puissions le baptiser avant sa morl. » Puis, hâtant le pas et devançant ses disciples, autant que le permettait son grand âge, il arriva dans une vallée retirée qui s'appelle aujourd'hui Glen UrquhaiM et où il trouva le vieillard qui l'attendait. Ici il n'est plus question d'interprète, ce qui fait supposer que dans ses vieux jours Columba avait appris la langue des Pietés. Le vieux Picte l'écouta prêcher ^ reçut le baptême et rendit à Dieu, avec une joyeuse sécurité, l'âme qu'attendaientles anges entrevus par Columba'. Son L'humanité, non moins que la justice naturelle,
Immanité.
- revendiquait ses droits dans ce cœur s^énéreux. Ce