CHAPITRE VII
Dernières années de Columba; sa mort; son caractère.
Columba confident des joies et consolateur des douleurs de la vie domestique. — Il bénit le petit Hector aux blonds clieveux. — Il délivre une femme en coucbe; il réconcilie la femme d'un pilote avec son mari. — Vision de la femme sauvée, qui reçoit son mari dans le ciel. — Il continue ses missions jusqu'à la lin de sa vie. — Visions avant-courrières de la mort. — La Colline des Anges. — Redoublement d'austérités. — La soupe aux orties pour toute nourriture. — Une clarté surnaturelle l'entoure pendant son travail et ses oraisons nocturnes. — Sa mort est retardée de quatre ans par les prières de ses communautés. — Ce délai expiré, il va prendre congé des moines au travail ; il visite et bénit les greniers du monastère. — Il y annonce sa mort à son ministre Diarmid. — Adieux au vieux clieval blanc. — Dernière bénédiction à son île d'Iona; dernier travail de transcription ; dernier message à la communauté. — Il meurt à l'église. — Résumé de sa vie et de son caractère.
Columba A côté des terribles vengeances que l'on vient de
confident . ^ . , .
et consolateur racontcr, on aime à retrouver chez cet intrépide
des épreuves
domestiques, advcrsairo des méchants et des oppresseurs une douce et familière sympathie pour toutes les affections comme pour toutes les épreuves de la vie domestique. Riches et pauvres, rois et paysans, éveillaient dans son cœur paternel la même attentive émotion, exprimée avec la même effusion. Quand le
s. COLUMBA, APOTRE DE LA CALÉDONIE. 267 roi Aïdan lui présentait ses enfants, en s'inquiétant de leur sort futur , il ne se contentait pas de voir les aînés : « Mais n'en avez-vous pas d'autres plus ((jeunes?)) lui disait l'abbé. (( Faites-les venir! (( Qu'ils viennent dans mes bras! que je les tienne (( sur mon cœur! » Et alors on amenait les derniers venus, et un enfant aux blonds cheveux, Hector le blond (Eochaidh Buidhe) arrivait en courant au îsaint et se jetait sur ses genoux. Columba le tenait longtemps serré contre son cœur, puis le baisait au front, le bénissait et lui prophétisait une longue vie, un règne prospère et une belle postérité ^
Ecoutons maintenant son biographe nous raconter ii secourt une
, .1 ., 1 p 1 femme en
comment il venait au secours destemmes en couche couche.
et comment il réunissait les ménages brouillés. Un
jour, àlona, il interrompit tout à coup sa lecture et
dit en souriant à ses religieux : al\ faut maintenant
(( que j'aille prier pour une pauvre petite femme qui
(( est dans les douleurs deTenfantementetqui souffre
(( des tortures en vraie fille d'Eve; elle est là-bas
1. Sed nunc si alios juniores habes, ad meveniant, et quem ex eis elegerit Dominiis regera, subito super meum irruet gremium... quibus accessis... Echodius Buidbe adveniens in sinu ejus recubuit. Statimque sanctus eum osculatus benedixit... Adamn., I, 9. — Columba avait prédit qu'aucun des quatre fils aînés du roi ne lui succéderait, et qu'ils périraient tous à la g-uerre. En effet, les trois premiers périrent dans le grand combat pour lequel Columba avait fait sonner la cloche de sa communauté naissante (voir plus haut, page 194), et le quatrième mourut également les armes à la main « in Saxonia bellica, in strage. » C'est probablement du blond Hector que descendent tous les rois d'Ecosse qui font remonter leur généalogie aux Dalriadiens.
Il réconcilie la femme d'un pilote
avec son mari.
« en Irlande qui compte sur moi et sur ma prière, a car elle est ma parente et de la famille de ma c( mère.» Là-dessus il courut à l'église; puis, sa prière finie, il revint auprès de ses frères en disant : « La voilà délivrée! le Seigneur Jésus, qui a daigné a naître lui-même d'une femme, est venu à son sea cours ; elle ne mourra pas cette fois * ! »
Un autre jour, comme il était en visite dans une île de la côte d'Irlande, un pilote vint le trouver pour se plaindre de ce que sa femme l'avait pris en aversion. L'abbé la fit venir et lui rappela les devoirs que lui imposait la loi du Seigneur. c< Je suis prête « à tout, » répondit la femme, c< j'obéirai à tout ce c( que vous me commanderez de plus difficile ; je a ne me refuse à aucun des soins du ménage ; c( j'irai même, si on veut, en pèlerinage jusqu'à c( Jérusalem ou m'enfermer dans un couvent de « filles; enfin je ferai tout, excepté de rentrer dans « son lit ! »
L'abbé lui répliqua qu'il ne s'agissait ni de pèlerinage ni de couvent, tant que son mari vivait ; «mais »
1. A lectione surgit et subridens ait : Nunc ad oratorium mihi pro perandum est ut pro quadam misellula deprecer fomina, qu?c nunc in llibernia nomen hujus inclamitans commémorât Columbœ, lu magnis parturitionis, ut filia Evje, difficillimfc torta punitionibus... quia et mihi cognationis est... de parentela matris moa^... Ad ecclesiam cnrrit... Nuncpropitius Dominus Jésus, de muliere progenitus, opportune miserse subveniens, prospère proleni pepcrit; nec bac \ice morietur. Eadem hora, nomen ejus invocaus, absoluta salutem recuperavit. Ita ab aliquibus postea de Scotia et de eadem regione ubi muHer inbabitabat, transmeantibus, intimatum est. Adamx., II, 40.
ajoula-l-il, a essayons de prier Dieu, tous les trois « en jeûnant, vous, votre mari et moi. »
a Ah! dit la femme, je sais bien que vous êtes ca- « pable d'obtenir de Dieu l'impossible. » Tous les trois jeûnèrent en effet, et, déplus, Columba passa toute la nuit suivante en prière sans fermer l'œil. Le lendemain, il dit à la femme, avec la douce ironie dont il usait souvent : a Eh bien, pour quel c( couvent allez-vous partir, d'après vos projets « d'hier? » c< Pour aucun, » répondit la femme; « mon cœur s'est changé cette nuit; je ne sais (c comment il a passé de la haine à l'amour. » Et de ce jour jusqu'à l'heure de la mort, elle demeura tendrement et docilement unie à son mari\
Heureusement il était en relation avec d'autres ménages plus unis, et dont il admirait le bonheur sans être forcé d'y remettre la paix. Du fond de son sanctuaire d'iona, sa sollicitude habituelle et sa vigi-
1. De quodam guberneta... De sua querebatiir uxore quse... eum ad maritalem nuUo modo admittebat concubitum... Omnia quœcumque Jiiibi prœceperis, sum parata, quamlibet sint valde laboriosa, adimplere, excepto uno, ut menuUo modo in uno leclo dormirc cum Lugneo. Omnem domus curam exercere non recuso, aut etiam si jubeas, maria transiens in aliquo puellarum monasterio permanere... Scio quod tibi impossibile non oritut ea quœ... vel impossibilia videmus, a Deo impetrata donentur... Nocte subsequenli sanctus insomnis pro eis deprecatus est... 0 iemina, si, ut besterna dicebas die, parata bodie es ad feminarum emigrare monasteriolum?... Nuncquemberi oderam, bodie amo : cor enim meum bac nocte prœterita, quo modo ignore, in me immutatuni est de odio in amorem... Anima ejusdem maritîB indissociabiUter in amore conglutinata est mariti, ut illa maritaUs concubitus débita... nullo modo deinceps recusaret. Auamn., U, 41.
lante sympathie les suivaient jusqu'à leur dernière heure. Un jour, étant seul avec un des Saxons qu'il avait convertis et agrégés à sa communauté, et qui y exerçait le métier de boulanger ; pendant que ce Saxon pétrissait son pain, il entendit l'abbé irlan- Vision dais dire en regardant le ciel : « Heureuse, heu-
de la femme „ , , . , ^ . , i .
sauvée « reuse femme! la voua qui entre au paradis sous
qui reçoit i> . j i TT ^ •
sou mari « 1 cscortc dcs augcs 1 )) Uu an après, jour pour
dans le ciel. . i i i i
jour, se trouvant encore avec le boulanger anglosaxon, il lui dit : « Cette femme dont je t'ai parlé « l'an dernier, je la vois descendre du ciel pour « venir au-devant de l'âme de son mari qui vient de « mourir. Elle combat pour cette chère âme avec « l'aide des saints anges contre les puissances ena nemies : elle l'emporte, elle triomphe, grâce à ce c( que ce bon homme a été un juste, et tous deux « vont se rejoindre dans le séjour de l'éternelle con- « solation^ »
Cette vision avait été précédée ou suivie de beaucoup d'autres du même ordre qui lui annonçaient la morl bienheureuse de divers évêques ou religieux, ses amis et ses contemporains. Elles semblent avoir été destinées à lui entr'ouvrir le ciel où Dieu allait bientôt l'appeler.
1 . Quidam religiosus frater, Genereus nomine, Saxo, pistor, opus pistoruni exercens... Félix mulier, felix bene morata, cujus animam nunc angeli Dei âd paradisum evehunt... Ecce mulier, de qua te prsesente dixeram prieterito anno. Nunc mariti sui relig-iosi cujusdam plebeii in aère obviât animre, et cum sanctis Angelis contra sp.mulas pro eo belligerat potestàtes ; quorum adminiculo ejusdem homuncionis
missions chez les Pietés
D'ailleurs, ce n'élait pas seulement à loua que ces grâces surnaturelles lui étaient accordées ; car pas plus au déclin de sa vie que dans la première période de son émigration en Ecosse, il ne concentrait son infatigable activité dans l'étroite enceinte de l'île sacrée.
Jusque dans sa vieillesse, il eut la force et le cou- Les
, 1 1 ^ • 1 • chez les ricu
rage de retourner dans les régions plus septentrio- prolongées nales où il avait été prêcher la foi aux Pietés ; et ce sa vie. fut dans une de ces dernières missions, sur les bords du Loch Ness, au nord de la grande ligne de partage des eaux de la Calédonie, à cinquante lieues d'Iona, qu'il lui fut donné de voir venir les anges au-devant de l'âme de ce vieux Picte resté fidèle à la loi naturelle pendant toute sa vie et dont le baptême, reçu des mains du grand missionnaire, devait assurer le salut éternel \
Ces anges qu'il voyait ainsi porter au ciel l'âme du juste et du pénitent et aider l'épouse fidèle à y faire entrer son époux, il les voyait alors aussi apparaître pour lui et autour de lui. En faisant aussi large que l'on voudra la part des exagérations et des fables que la crédulité proverbiale des populations celtiques a ajoutées à la légende de leurs saints % nul
jiistitia suffragante, a dsemoniacis belligerutionibus erepta, ad œterna: refrigerationis locum anima ipsius est perducta. Adamn,, III, 10»
1. Voir plus haut, page 186. — Ultra Britannice Dorsumiter agens, secus >'isœ (luminis lacum... sanctussenex. M, III, 14.
2. Écoutons sur ce point l'avertissement du plus illustre des liagiograplies, de BoUandus lui-même, en publiant la première vie de saint
^272 SAIi>iT COLUMBA,
chrétien ne sera lente de nier les récits avérés qui
témoignent, pour Columba comme pour tant d'au-
visioiis tpes saints, des apparitions surnaturelles dont sa vie
avant-cournéres ^ a
de la inoit. et surtout sa vieillesse furent enrichies. 11 fallait à ces merveilleux soldats de la vertu et de la vérité chrétienne, de tels prodiges pour les aider à supporter les labeurs, à traverser les épreuves de leui' redoutable mission. 11 leur fallait monter de temps à autre dans ces régions célestes pour y puiser la force de lutter contre des obstacles, des périls, des tentations sans cesse renaissantes et pour y apprendre à braver les inimitiés, les farouches mœurs et les aveugles répugnances des populations qu'ils voulaient affranchir.
« Qu'aujourd'hui personne ne me suive, » dit-il un matin avec une sévérité inaccoutumée, à la communauté assemblée, « car je désire aller et rester c( seul dans la petite plaine à l'ouest de mon île. » On lui obéit; mais un frère, plus curieux et moins docile que les autres, le suivit de loin et le vit debout et immobile, les mains et les yeux levés vers le ciel,
irlandais qui s'est présentée à lui ; « Multa continet admiranda portenta, scd usitala apud gentem illam simplicem et sanctam; neque sacris dogmatibus aut Dei erga electos suos suavissiniœ providentiœ repugnantia ; sunt tamen fortassis nonnulla iniperitorum libratorum culpa vitiata autamplificata. Quod in gentilium suorum rébus gestis animadverti oportere nos docuit llenricus Fitzsimon societatis nostraî theologus, egregio rerum iisii prœditus... Satis estlectoreni monuisse ut cum discretione ea légat quse prodigiosa, et crebro siinilia niiracula commémorant, nisi ab sapientibus scripta auctoribus sunt. Act. Sanctorum Januar., t. I, p. 43,
sur un monticule de sable où il fut bientôt entouré par une troupe d'anges vêtus de blanc qui venaient lui tenir compagnie et conférer avec lui. Le monticule a gardé jusqu'à ce jour le nom de Colline des AngesK Souvent encore les citoyens de la céleste patrie, comme on les appelait à lona, venaient consoler et fortifier leur futur concitoyen, pendant les longues nuits d'hiver qu'il passait en prière, dans quelque coin retiré, volontairement exposé à tous les tourments de l'insomnie et du froid ^
Car, parvenu au terme de sa carrière, ce grand serviteur de Dieu se consumait en vigiles, en jeûnes, en macérations formidables. Sa vie, remplie de tant de généreux combats, de tant d'épreuves, de tant de travaux consacrés au service de Dieu et du prochain, ne lui semblait encore ni assez pleine ni assez pure. A mesure qu'il approchait du but, il redoublait d'austérités et de mortifications. Chaque nuit, selon un de ses biographes, il se plongeait dans une eau glacée et y restait pendant le temps qu'il fallait pour réciter tout un psautier^. Un jour
1. Cnocan Aingel (colliculus Angelorum), sur la carte de l'île par Graham.
2. Cum iiigenti animadversionc dixit : Ilodie... solus exirc cupio, nemo itaqiie ex vobis me sequatur... Cœlestis patriai cives... sanclum virum orantenicircumstare... albatis induti vestibus, et post aliquam sermocinationem cum beato viro... Quanta} et quales ad beatum virum in hyemalibus plerumque noctibus insomnem, et in locis remotioribus, aliis quiescentibus, orantem, angelicœ fuerint et suaves frequentationes. Adamn., III, 10.
3. O'DoNNELL, ui, 37. — Cette incroyable dureté à rencontre du
MOINES DOCC. II. 18
274 SAIIST COLUMBA,
que, déjà tout courbé de vieillesse, il avait cherché, peut-être dans une île voisine, un recoin encore plus reculé que de coutume, pour y prier seul, il vit une pauvre femme qui ramassait des herbes sauvages et même des orties, et qui lui raconta que sa misère la réduisait à n'avoir pas d'autre nourriture. Sur quoi le vieil abbé se reprocha amèrement de n'en être pas encore arrivé là : « Voilà, » dit-il, a cette pauvre c( femme, quitrouve que sa misérable vie vaut la peine c( d'être ainsi prolongée ! et nous qui prétendons méc< riter le ciel par nos austérités, nous vivons dans le c( relâchement. » Rentré au monastère, il ordonna qu'on ne lui servît plus d'autres mets que les mêmes herbes sauvages et amères dont la mendiante faisait sa réfection, et il gronda sévèrement son ministre Diarmid, parce que celui-ci, venu autrefois d'Irlande aveclui\ par compassion pour la vieillesse et la faiblesse du maître, avait jeté un peu de beurre dans la chaudière où cuisaient ces aliments misérables ^
froid, dans le climat humide et glacé des îles Britanniques, est un des traits les plus marqués dans les pénitences que s'imposaient les saints irlandais. Voir Colga>-, Acta SS. Hlbeniix, passim.
1. Manuscrit cité par Reeves, p. 245, Appendix. — Ce nom de Diarmid ou Diormid, le même que celui du monarque d'Irlande contre tequel Columbd avait excité la guerre civile, s'est transformé plus tard en celui deDermott, encore usité chez les Irlandais.
2. Cum senio jam gravatus in quodam secessu ab aliis remotiori orationi vocali intcntus deambularet... Ecce paupercula hœc femina... Et quid nos qui... laxius vivinuis?... Dicrmitius... qui debebat eam niisellam escam parare... per fistulam instillatoriam modicum liquefacti butyri et ollic... infudit... Sic Christi miles ultimam senectutem
APOTRK 1)1<: LA CALEDONIE. 275
La céleste lumière qui allait bientôt le recevoir tne ciarto
surnaturel lo
dans son sein commençait déjà à lui servir de pa- l'entourependaut
son travail
rure ou de linceul. Ses moines se racontaient les et ses oraisons
nocturnes.
uns aux autres que la cellule isolée qu'il s'était fait construire dans l'île d'Himba, voisine d'Iona, s'illuminait toutes les nuits d'une clarté immense, qui s'apercevait à travers les fentes de la porte et les trous de la serrure, pendant que l'abbé chantait des cantiques inconnus jusqu'à ce jour de ses auditeurs. Après y être resté pendant trois jours et trois nuits sans y prendre aucune nourriture, il en était sorti avec la joie d'y avoir découvert le sens mystérieux de plusieurs passages de l'Ecriture sainte qu'il n'avait pas encore oompris\ Revenu à lona pour y mourir, et fidèle à son habitude de passer une grande partie de la nuit en oraison, il portait partout avec lui cette lumière miraculeuse qui rayonnait déjà autour de lui comme l'auréole de la sainteté. Toute la communauté s'agitait à son insu, pour jouir de cet avantgoût du paradis. Une nuit d'hiver un jeune homme, destiné à lui succéder comme quatrième abbé d'Iona, était resté dans l'église pendant le sommeil des autres ; tout à coup il vit entrer Columba, précédé
in continua carnis maceratione usque ad exitum... perduxit. O'Don- NELL, Vita quinta, m, 32.
1. De qua domo immensse claritatis radii, per rimulas valvaruni et clavium foramina, erumpentes, noctu videbantur. Carmina quoque spiritalia et ante inaudita decantari ab eo audiebantur... Scripturarum... quteque obscura et difficillima, plana et luce clarius aperta, mundissimi cordis oculis patebant. Adamn., III, 18.
276 SALNT COLUMBA,
d'une lumière dorée qui descendait à travers la voûte, et qui éclairait tous les recoins de l'édifice, y compris le petit oratoire latéral où se cachait tont effrayé le jeune religieux ^ Tous ceux qui passaient la nuit devant l'église pendant que leur vieil abbé y priait, étaient également frappés de cette lumière qui les éblouissait comme réclair\ L'un des jeunes moines, dont l'abbé dirigeait spécialement l'instruction, voulut voir s'il en était de même dans la cellule de Columba, et, malgré la défense expresse qu'il avait reçue, il se leva la nuit et alla à tâtons jusqu'à la porte de la cellule regarder à travers le trou de la serrure; il s'enfuit aussitôt comme aveuglé par l'éclat de la lueur qui remplissait la cellule^
Ces symptômes avant-coureurs de la délivrance se manifestèrent pendant plusieurs années avant la fin de sa vie, dont il croyait, dont il espérait surtout que le terme serait plus rapproché. Mais ce reste d'existence, dont il aspirait à être déchargé, lui était disputé par l'amour filial de ses disciples , par les ardentes
1. Simulque cum eo ingreditur) aurea lux, de cœli altitudine descendens, totum illud ecclesiaî spatium replens... et penetrans usque in illius exedriolse separatum conclave ubi se Virgnous in quantum potuit latitare conabatur... exterritus... Adamx., III, 19. Virgncms. ou FergnaBrit, quatrième abbé d'Iona, de 005 à G25. II raconta ce trait à son neveu, de qui Adamnan le tenait.